M. ARNAUD DE L'ARIÉGE
a eu lieu... Mais je ne sais vraiment pas au juste sur quel point porte votre question...
M« Allou : M. Arnaud de FAriége a parfaitement répondu su^r la première partie de la question, sans s'en douter. (On rit.) Bans la seconde partie de la question, voici ce que nous lui demandons : N'est-il pas vrai que dans la seconde réunion, après Buzenval, une proposition ardente et passionnée, sortant du sein même du Gouvernement, ait été adressée au général, d'avoir à faire sortir la population de Paris tout entière, le Gouvernement au milieu?
M. Arnaud de l'Ariége : Mon 'Dieu, nous remarquions que; malgré la perte de cette bataille, le moral de la population se maintenait. Pour ma part, j'avais vu partir les compagnies de marche, j'avais été les saluer au moment de leur départ, comme maire du septième arrondissement. Il y avait là des bataillons pleins de cœur. Hélas ! fous ceux que nous avons salués ne sont pas revenus, et malgré cela, messieurs, malgré ces pertes qui avaient été bien douloureuses pour quelques familles de l'arrondissement, nous remarquâmes — et il en était de même dans tout Paris — qu'il y avait encore une grande énergie, que la population ne pouvait se faire à l'idée que tout était fini, bien que cependant on commençât à soupçonner que les vivres manquaient.
Nous n'avions pas pu tout dire, nous étions un peu dans la confidence du Gouvernement, puisqu'enfin c'était nous qui étions chargés de nourrir la population par le rationnement; nous savions que nous ne pouvions pas tenir longtemps à cause du manque de vivres, mais nous ne le disions pas, nous attendions pourdirele dernier mot que le Gouvernement nous y eût autorisés, et cependant nous laissions pour préparer un peu les esprits percer une partie de la vérité. Eh bien, malgré tout, il y avait dans la population une telle énergie, un tel ressort, un tel bon vouloir, et en même temps une si grande douleur, en sachant que peut-être le moment viendrait où il faudrait capituler, qu'on voulait absolument faire encore une tentative. C'est dans ces dispositions que nous nous sommes mis de nauveau en rapport avec le général Trochu, et alors, pour mon compte, ~ et au fond c'était'un doute que j'exprimais, puisque je n'avais aucune compétence pour juger des questions militaires, — je lui dis : « N'êtes-vous pas entouré de chefs militaires qui n'ont pas assez de confiance, auxquels même la confiance a manqué dès le commencement, et ne pourriez-vouspas trouver soit dans l'armée, soit môme hors de l'armée, des hommes qui croient encore à la possibilité de tenter un effort qui puisse aboutir à un résultat? »
Le général Trochu nous répondit : « Je n'ai pu prendre que ce que j'avais sous la main, je n'avais qu'un personnel qui avait subi le régime de l'Empire, j'ai dû l'accepter tel qu'il était. Si par hasard on pouvait trouver quelqu'un dans l'armée qui pût nous venir en aide, je sera is le premier à accepter son concours, mais j'en doute, parce que j'ai déjà consulté les généraux qui me secondent, et ils m'ont déclaré qu'ils ne croyaient plus à la possibilité d'une action dans ce moment. — Mais, dis-je tout à fait à la fin de la conférence, si nous trouvions quelqu'un?— Nous ne demandons pas mieux », répondit le général.
A la suite de cette réunion, nous nous rendîmes le lendemain au mi-
nistère de l'instruction publique 1 Nous convoquâmes quelques officiers, chacun donna son avis, chacun fit sa critique des plans adoptés jusqu'alors; mais s'ils difîéraienl quant aux critiques, tous ont été unanimes pour déclarer qu'il était impossible d'engager une action au point oii en étaient arrivées les choses. Nous n'en trouvâmes pas un qui crût à la possibilité de faire une sortie utile.
Dans ce moment, il faut le dire, se faisant en cela l'écho du vœu de la population de Paris, quelques-uns des maires ont supplié le général Trochu de se retirer et de donner sa démission.
Le général répondit : « J'ai été mis à ce poste par la confiance de la population parisienne, et à la suite du 31 octobre un vote a confirmé les pouvoirs du Gouvernement de la Défense; ce n'est pas au moment où la responsabilité devient complète que je puis me retirer. » On insista beaucoup vis-à-vis de lui pour obtenir sa démission, il refusa de la donner.
M. MoNTAGUT (Charles Gabriel).
Aux questions d'usage qui lui sont faites par M. le Président, il répond : Capitaine d'artillerie, rayé des cadres de l'armée pour avoir refusé de prêter serment après le 2 décembre; rentré au service lorsqu'il s'est aperçu que, par l'envoi de l'armée de Mac-Mahon à Sedan, on précipitait Paris dans l'abîme.
M. LE Président : Témoin, réservez cela pour plus tard.
M. MoNTAGUT : Voulez-vous me permettre une observation? Je suis militaire, j'ai rempli les fonctions de chef d'état-major de la garde nationale, il me semble indispensable pour la valeur de ma déposition que les jurés sachent ce que j'ai été.
M^ Allou : Voici l'intérêt qu'a pour nous la déposition du témoin. Pour nous, il représente le malheureux général Clément Thomas et la garde nationale, et nous voulons lui demander de faire connaître au jury les conditions sérieuses dans lesquelles la bataille du Sud avait été organisée, et les préparatifs sérieux qui avaient été faits par le général Trochu en vue de cette bataille avec le concours de la garde nationale.
M. MoNTAGUT : La bataille du Sud? Il y a peut-être une confusion dans la manière dont la question m'est posée?
M« Allou : Ce dont je veux parler, c'est de la bataille qui devait être dirigée sur Châtillon et qui a été dirigée sur Buzenval.
M. MoNTAGUT : C'est la bataille qui n'a pas eu lieu que jious appelons la'bataille du Sud.
Dans les derniers jours de décembre ou les premiers jours de janvier, j ai reçu le dispositif d'une bataille, dispositif en vertu duquel je devais fournir 50,000 hommes de garde nationale. J'ai pris toutes les mesures nécessaires, j'ai donné tous mes ordres, les vivres ont été distribués aux troupes, les officiers convoqués. J'ai préparé les lettres de service qui indiquaient à chaque colonel commandant le régiment le point où il devait se rendre, lettres que je ne devais délivrer qu'au moment du départ.
J'ai été appelé dans la soirée chez le général Vinoy, qui devait avoir le