‹ L'Empire et la défense de Paris devant le jury de la SeineChapitre 49 sur 65 · M. ALFRED BLANCHE · texte numérisé non relu

M. ALFRED BLANCHE

M* Lachaud : Voici ce que j'ai répondu au témoin, à l honorabilité duquel je me plais à rendre toute justice.

Le témoin, en finissant ses explications, expliquant ses sentiments d'amitié pour le général Trochu, a apprécié le procès lui-même; il a parlé « des attaques intéressées »; j'ai dit à cela que je n'avais pas à répondre à des mots comme ceux-là sortant de la bouche d'un témoin. Tout autre qu'un ami du général Trochu qui, à l'audience, serait venu apprécier le procès, et dire que les articles étaient intéressés, aurait trouvé immédiatement une réponse; je me suis arrêté devant un sentiment que chacun comprend ; je n'ai pas autre chose à dire.

M. l'amiral Fourichon : Je ne sais pas si j'ai commis une faute en disant que les accusations étaient aveugles et intéressées, mais ce que M*" Lachaud a dit infirmait les réponses que j'avais faites.

M* Lachaud : Vous vous trompez : si j'avais à infirmer vos réponses, je le ferais dans la discussion. Mais permettez-moi d'ajouter ceci : vous êtes témoin, les faits qui vous appartiennent doivent être déposés par vous; mais quand vous qualifiez l'article, quand vous dites que ce sont des accusations aveugles et intéressées, laissez-moi vous dire que la défense ne peut accepter de semblables paroles, et qu3 si vous n'aviez pas affirmé vos sentiments d'amitié pour le général, je les aurais combattues.

M. l'amiral Fourichon : Je n'ai aucune expérience des débats.

M. LE Président : Messieurs les jurés ont retenu l'explication; l'incident peut être terminé.

M. l'amiral Fourichon : Dans ce même numéro du Figaro^Xdi lettre du général Trochu qui a fait l'objet de ma déposition est incomplètement reproduite. Elle l'a été complètement par d'autres journaux. Je dis que le Figaro devait en reproduire le texte entier, attendu que cette lettre met en pleine lumière les sentiments qui ont déterminé la conduite du général Trochu, au moment où le Gouvernement impérial tout entier s'écroulait comme foudroyé par les malheurs de la guerre et le désastre de Sedan. -

M. LE Président : Votre lettre a été lue, messieurs les jurés l'ont entendue, veuillez ne pas vous occuper de ce qui se dit et s'écrit en dehors de cette enceinte.

Me Lachaud : Je suis de l'avis de l'honorable amiral ; si cette lettre n'a pas été reproduite d'une façon totale, c'est une erreur. {Rires.) Ce serait une faute, si cela avait été fait d'une façon intéressée, on a simplement retiré la phrase qui concernait M""® Fourichon.

Dans tous les cas, l'observation qui est faite par l'amiral sera retenue, et je lui promets que, dans le numéro de demain, la lettre tout entière, sans aucune espèce de réduction, sera insérée; je le répète, il n'y a eu d'omis que le passage dont j'ai parlé, et chacun comprend qu'on ait laissé en dehors du débat uni personne fort honorable, mais étrangère à la cause,

M. LE Président : L'incident est clos.

Me Allou a la parole.

M« A LLOU s'exprime ainsi: [Profond sileïice.)

Messieurs de la Cour, messieurs les Jurés,

Le général Trochu sait ce que sont les sacrifices de la vie publique ; il sait ce que c'est que d'attacher son nom au souvenir du plus effroyable désastre qui puisse atteindre l'orgueil d'une grande nation et comment, lorsque l'ébranlement de la secousse dure encore, il faut se résigner à toutes les passions, à toutes les colères, à toutes les injustices et confier courageusement à l'avenir l'honneur de sa mémoire !

Le général l'a bien montré : depuis une année, à travers tant de récriminations, personne n'a été plus que lui l'objet d'attaques insultantes ; son grand crime, c'était de n'avoir pu faire V impossible^ et de n'avoir pu se résoudre à ces immenses hécatombes, pour lesquelles les victimes exaltées étaient prêtes, mais dont sa conscience ne lui permettait pas de consentir l'inutile sacrifice.

Les outrages ont été de tous les jours, de toutes les heures; le général est resté calme. Une seule fois il lui aété permis d'élever la voix, pour sa défense, dans l'Assemblée des représentants du pays; il l'a fait avec modélation, avec droiture, et il conserve un souvenir reconnaissant de l'accueil sympathiqiïe qui lui a été fait.

Cette attitude réservée et digne, le général Trochu était bien résolu à n'en pas sortir. Mais la patience la plus déterminée a ses limites, et lorsqu'un journal s'est emparé de sa vie tout entière pour la flétrir, lorsqu'il a déshonoré toute sa carrière de soldat et lorsque dans un large cadre il a eu la prétention de fixer les traits définitifs de sa figure miUtaire pour la clouer au pilori de l'histoire, il s'est dit que la mesure était comble et il est venu devant vous, messieurs, bien convaincu que les adversaires qu'il allait rencontrer en face de lui n'avaient frappé si fort qu'afin de l'arrachera sa retraite et de chercher, dansle retentissement d'un grand débat judiciaire, une tribune pour la manifestation hautaine de leurs regrets et de leurs espérances !

Cette tribune, le général ne s'est pas effrayé de la leur donner, plein de confiance, messieurs, dans votre justice et dans celle de tous.

Le Figaro a inséré et livré à tous les vents de son immense publicité deux longs articles consacrés au général Trochu; ces articles étaient signés Minos. Dès le premier jour de la poursuite, M. Yitu s'en est reconnu loyalement l'auteur.

lis appartiennent dans leur inspiration, dans le souffle qui les anime, à un ordre d'idées qui n'est pas l'ordre d'idées habituel du Figaro. M. Vitu représente au Figaro ce courant bonapartiste qui circule à travers la rédaction légitimiste du journal, comme le Rhône à travers les eaux du grand lac, sans s'y confondre. [Mouvement.) M. Yitu,

192 DE IVP ALLOU.

dans la rédaction qui lui est spéciale des articles de théâtre, donnait déjà librement coursa ses rancunes bonapartistes; tout le monde a gardé le souvenir de sa lutte si vive avec M. Sardou, dont il a bien dû être un peu embarrassé quand est venue l'heure de Rabagas. [Rires.) Mais M. Vitu est habitué à des combats plus sérieux, à une polémique plus grave, et il s'est attaqué directement, dans les deux articles que nous poursuivons, à celui sur lequel toutes les colères bonapartistes sont avant tout déchaînées : il l'a fait avec une violence qui, j'imagine, n'a jamais été dépassée.

Vous ne connaissez pas encore^ messieurs, les articles mêmes qui ont été publiés dans le Figaro ; j'aurai besoin de vous les faire connaître à peu près entièrement, les passages relevés par l'acte d'accusation ne pouvant suffire à vous en donner une idée exacte ; une lecture complète est cependant impossible, en raison de leur développement. Ce que je veux, c'est d'en bien reproduire pour vous le sentiment général et l'accent.

Il y a trois divisions bien tranchées dans les accusations dirigées contre le général Trochu; on s'attaque d'abord à sa carrière militaire: c'est un homme médiocre, qui a toujours eu un sentiment très-élevé de sa valeur personnelle, beaucoup d'orgueil, beaucoup d'ambition ; il a fait un jour un mauvais livre, autour duquel s'est fait, on ne sait pourquoi, un certain bruit ; voilà au point de vue militaire ce qu'est le général Trochu.

Politiquement, il a été le collaborateur du coup d'Etat, il a été un des instruments des commissions mixtes, puis, après avoir fait l'Empire, il a rêvé de le défaire ; s'introduisant à l'heure de la crise suprême au milieu môme du Gouvernement, il a trahi l'Empire et, chose plus grave et plus douloureuse,, dont M. de Yillemessant s'indignait avant-hier, il a trahi une femme! c'est là la seconde partie des accusations du. Figaro.

La dernière se rattache au siège, non pas dans l'ordre même des idées, car c'est par Buzenval que le premier article commence, mais dans l'ordre chronologique des idées; après le soldat vaniteux, après le serviteur infidèle de l'Empire, c'est le défenseur incapable de Paris que le Figaro poursuit .

Je le dis dès à présent, la conduite du Gouverneur pendant le siège, elle appartient sans réserve à l'histoire, à ses frères d'armes qui savent son courage et son dévouement. Mais on l'appelle l'assassin de Buzenval ! Buzenval a été un assassinat calculé et intéressé pour arriver, par -un derniei sacrifice, à faire accepter à la population de Paris frémissante une capitulation à laquelle elle ne pouvait se résoudre, et pour sauver les hommes qui se trouvaient à la tète du Gouvernement de la Défense nationale !

On ajoute : Le général Trochu avait dit : « Le Gouverneur de Paris ne capitulera pas » , et il a capitulé quelques jours après, et s'abritant derrière une démission volontaire, à l'heure où le péril approchait, il a déserté son poste, le poste du devoir et de l'honneur.

Tout cela est émaillé d'accessoires charmants, et la forme rehausse encore le fond. Le général, dans le musée de ^me Xussaud, à Londres, est placé entre Dumolard et Troppmann, comme à sa place naturelle ; le maréchal Mac- Mahon, quand il parle aujourd'hui du général Trochu, dit : (c Je le croyais un honnête homme ! » Le général Changarnier, dont la déclaration, je le confesse dès à présent, n'a pas été bien nette,, et qui pour la première fois de sa vie peut-être a battu en retraite, le général Changarnier le compare à la fois à Tartufe et à Mangin.

Voilà l'accusation ! eh bien, voici la réponse !

J'examinerai successivement la carrière mihtaire du général, la conférence de Châlons et les événements du 4 septembre j je détacherai des faits relatifs au siège la

page isolée de la bataille de Buzenval, de la capitulation et delà démission.

Je fais appel, messieurs, à votre patience et à votre bienveillance.

Voici le premier numéro du Figaro^ c'est celui du 19 janvier dernier, dans tous ses passages essentiels :

(( Le 19 janvier 1872 ! Anniversaire d'un jour de deuil, où le sang le plus pur coula dans une entreprise ténébreuse, que la conscience publique a flétrie du nom d'assassinat ! Au moment où les régiments de marche de la garde nationale furent lancés à travers le brouillard contre les batteries prussiennes, le Gouvernement de la soi-disant Défense nationale était déjà résolu à capituler. Une seule chose troublait ces âmes de sycophantes : ils craignaient l'indignation de la population parisienne et ses suites possibles quant à la sûreté de leurs précieuses personnes. Ils s'attendaient à être écharpés. «Le Gouverneur de Paris ne « capitulera pas », avait dit le général Trochu dans une proclamation solennelle. Et cependant il savait qu'avant dix jours il aurait rendu la ville, les forts, les fusils, les canons de l'armée, payé 200 millions de contribution de guerre, et signé, avec les préliminaires de la paix, l'abandon implicite de l'Alsace et de la Lorraine.

(( Contre toute attente, le farouche bombardement qui dévastait la rive gauche n'avait pas ébranlé le courage des Parisiens. L'expédition de Buzenval fut résolue. C'était l'élite de la jeunesse qu'on envoyait au feu. Les résultats étaient prévus; le lendemain du désastre, la garde na-

tionale et la population viendraient supplier le Gouvernement de mettre fin à une boucherie inutile ; et le Gouvernement déférerait, non sans résistance, aux vœux de la population.

il Vains calculs, crime sans résultat ! « La consternation fut grande, il est vrai. Presque tous les morts portaient des noms connus dans le monde, dans les arts, dans la marine et dans l'armée : Henri Regnault Frank Mitcliell, Perodeaud, Seveste, Perelli, Montbrison, Lesseps,Coriolis, Rochebrune! Pardonnez-moi, chers morts, de ne pas vousciter tous ! Mais si l'on pleurait, on ne songeait encore qu'à vous venger. On lisait avec plus d'étonnement que d'épouvante les dépêches en style macabre où le Gouverneur cherchait à méduser la population, en ne lui parlant que de blessés, de brancardiers, de morts et d'enterrements . Rien n'y fit : les Parisiens demeurèrent stoïques ; ce que voyant, le Gouverneur et le Gouvernement prirent leur parti et se dirent : « Eh bien ! nous capitulerons tout « de même ! »

(( Le Gouverneur de Paris, qui avait juré de ne pas capituler , donna simplement sa démission, et ne coucha

dans son linceul que son honneur militaire. Nos pauvres morts du 19 janvier en furent pour leurs frais.

«Je mie rendais hier à Versailles par le train de midi. Des députés, des journalistes se mêlaient dans la gare, au commun des voyageurs. Au milieu d'un groupe pérorait, en gesticulant, un homme de petite taille^ à la tête osseuse et ronde, aux moustaches noires, cirées avec soin et ondulées en queue de rat, comme celles de Scaramouche. Œil vif, brillant; la voix animée, joyeuse; un air de contentement répandu sur toute la personne et circulant jusqu'au bout des doigts de la main gauche qui battaient gaiement la mesure sur un portefeuille de chagrin noir.

(< Je reconnus à l'instant même le personnage que j'avais

va de près à Londres, dans le musée de cire de M'"'' Tussaud, entre Dumolard etTroppmann.

((. C'était M. 1^ général Trochu.

« — Voilà donc, pensai-je, où nous en sommes! En ce « pays, on peut arriver au pouvoir par l'intrigue, la trace hison ou l'émeute ; saisir son pays au collet comme une « proie, lui extorquer sa confiance, son sang et son or, « puis le rejeter pantelant, mutilé, courbé dans la misère (( et dans la honte, et se frotter les mains, et se glorifier, (( et monter au Capitole en jurant qu'on a sauvé la patrie, (( et rire encore comme si le châtiment n'était ni de ce « monde ni de l'autre ! »

«Et personne ne s'émeut, et personne iie s'écrie, personne ne demande justice î »

Permettez-moi, messieurs, de mettre à l'écart pour un moment cette première partie. Elle sert d'introduction aux articles que nous incriminons, mais elle se place, dans l'ordre des événements, à la fin même du siège de Paris, et j'y reviendrai à son heure.

L'article continue:

c( Personne ne s'émeut, et personne ne s'écrie, et personne ne demande justice! Et les mois s'écoulent et les années ! Et demain on nous répondra : « C'est de l'his- (( toire ancienne ! D'ailleurs M. le général Trochu s'est (( défendu devant la Chambre. Relisez son discours. »

« La notoriété du général Trochu, en dehors de l'armée, ne remonte pas plus haut que l'année 1867. On savait seulement qu'en 1851, aide de camp du général Saint- Arnaud, ministre de la guerre, il avait été l'un des collaborateurs en sous-ordre du coup d'Etat du 2 décembre ; le lendemain du succès, il fut nommé directeur-adjoint du personnel au ministère de la guerre, fonctions qui comprenaient en pre-

mière ligne la correspondance avec les autorités civiles et militaires pour tout ce qui concerne la sûreté intérieure de l'Etat, le maintien de l'ordre et de la tranquillité publique. Ces attributions mirent dans les mains du lieutenant-colonel Trochu l'exécution des décisions 'rendues par les commissions mixtes, et les souvenirs contemporains affirment qu'il n'entrait pas alors dans ses sentiments d'en tempérer la rigueur, au contraire !

« Comment l'aide de camp de Saint-Arnaud, qui,, lieutenant-colonel en 1852, se retrouve général de division en 1859 et pourvu d'un commandement à l'armée d^Italie, osa-t-il prendre, dès cette époque^, après un avancement fabuleusement rapide, les allures attristées du mérite méconnu? Je ne sais. Pendant six ans, le général Trochu travailla sous terre, avec tant d'adresse et de bonheur, que lorsqu'il publia le très-médiocre opuscule qui s'appelle r Armée française en 1867, ce fut comme une explosion. Il semblait qu'un César, unPolybe, un Végêce ou un Jomini fussent éclos parmi nous . La vogue s'en mêla ; le livre se vendit comme un roman ; malheureusement il pénétra dans les régions où les romans d'ordinaire ne trouvent pas créance, je veux dire au Corps législatif.

« M. le général Trochu, dans son discours des 13 et 14 juin, n'a pas craint de prononcer les paroles suivantes: (( En 1867, après Sadowa, j'ai fait un petit livre intitulé : c( r Armée en 1867. Il avait pour objet de montrer que, si « la guerre éclatait^, comme j'en avais la conviction, nous ne c( serions pas préparés . »

« Il est temps que le jour se fasse sur cette assertion audacieuse .

(( Voici la vérité :

« L'Empereur, à peu près seul de son avis, proposait le service obligatoire, qui fut écarté à la presque unanimité.

c( Au contraire, les idées du général Trochu, habilement

défendues, par quelques esprits séduits, devant le Conseil d'Etat et devant la Chambre, entrèrent intégralement dans le projet de loi qui fut adopté définitivement

« M. le général Trochu se moque de nous lorsqu'il se vante d'avoir tout prévu .

<( Il n'a rien prévu du tout.

« La loi de 1868 est son œuvre, c'est parce que ses idées ont été adoptées que nous avons été battus.

(c Yoilà pour l'organisateur militaire ; à demain l'homme politique î »

Je m'arrête ici. Le premier article vous est maintenant suffisamment connu et je veux apprécier tout ce qui, dans, cet article, se rattache à la carrière militaire du général, au concours qu'il aurait prêté au coup d'Etat et à son livre de P Armée en 1867, dont toutes les idées acceptées auraient amené notre ruine. M. de Yillemessant, assure-t-on, avait trouvé trop violent ce premier article, il avait envoyé une dépêche pour recommander d'arrondir désormais un peu les angles; vous verrez qu^il a été mal écouté. Le second est plus insultant encore.

Je vous parlerai, messieurs, très-rapidement et trèssimplement de la carrière militaire du général Trochu ;

je suis plus à l'aise assurément pour vous en entretenir qu'il

ne le serait lui-même, mais je suis bien près de lui, j'ai l'honneur d'être son défenseur et je prends ma part de cette modestie qui lui conviendrait à lui-même, s'il parlait de lui. X

Le général Trochu est le fils d'un officier comptable des vivres très-estimé, retiré àBelle-Isle-en-Mer, après de longs et honorables services, dans un petit domaine qu'il a cultivé lui-même jusqu'à sa mort. Il avait deux frères et quatre sœurs; il est entré dans la carrière militaire en 1835, admis l'un des premiers à l'Ecole militaire et plus tard i\

l'Ecole d'état-major ; il a fait ses premières armes en Afrique, daiïs cette grande école guerrière dont les illustrations devaient mettre leur vie au service de la patrie, mais dont le 2 décembre a brisé la carrière, perdu l'existence, confisqué la gloire, si bien que tant d'énergie, tant de courage, un apprentissage si brillant, tout cela nous a manqué à l'heure des périls où la France avait besoin do tous ses enfants !

Trochu a été successivement aide de camp du général de Lamoricière et du maréchal Bugeaud. En 1840, il était lieutenant; en juin 1841, dans l'expédition de Tagtempt, Trochu est cité à l'ordre du jour pour sa belle conduite ; en juillet 1841, il est de nouveau cité à l'ordre du jour. En septembre 1843, il est capitaine, il est encore cité à l'ordre du jour par le général Lamoricière pour s'être distingué au combat de Sidi-Jusef, livré à Abdel-Kader, et le rapport établit qu'il a eu son habit percé de quatre balles; le 14 août 1844, il est cité comme s'étant fait remarquer à la bataille d'Isly ; et dans la proposition pour sa nomination comme chevaher de la Légion d'honneur, voici la note que je trouve en marge de la main même du général Lamoricière :

(c Officier très-capable, dont j'ai souvent eu lieu de remarquer la bravoure, l'aplomb, la vigueur d'exécution et le zèle infatigable. Il mérite à tous égards la récompense demandée pour lui. »

Le maréchal Bugeaud à cette époque envie au général Lamoricière son aide de camp, et il lui demande comme une grâce de le lui céder ; bientôt après, voici comment le maréchal sollicitait pour le jeune officier du roi Louis- Philippe un avancement que mon adversaire trouve inexplicable. Ecoutez la lettre du maréchal au ministre de la guerre : vous verrez ensuite la lettre du maréchal au Roi lui-même :

ALGÉRIE, (louverneinent général. « Alger, le 2 juin 1846.

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