‹ L'Empire et la défense de Paris devant le jury de la SeineChapitre 5 sur 65 · B ARTICLES · texte numérisé non relu

B ARTICLES

naisons politiques ayant fait passer le portefeuille de la guerre aux mains du général comte de Palikao, celui-ci confia au général Trochu le commandement du 12" corps, qui s'organisait au camp de Châlons avec l'infanterie de marine, les régiments de marche et les mobiles de Paris.

«Le général Trochu arriva de Parisau campde Châlons le IG août, en même temps que l'Empereur yarrivait de Metz. La conférence solennelle du lendemain 17 août est trop connue pour qu'il soit besoin de la raconter ici. 11 suffit de rappeler que le général Trochu y reçut de l'Empereur le gouvernement de Paris, qu'il lui adressa ces paroles textuelles : « Sire, « dans la situation pleine de périls ouest le pays, une révolution le prête cipiterait dans l'abîme; tout ce qui pourra être fait pour éviter une « révolution, je le ferai... », et qu'il embrassa deux fois 1 Empereur en j)rotestant de sa fidélité.

« Ce n'est pas sans perplexité que l'Empereur accédait au choix dicté par tout le conseil et par le prince Napoléon : il avait des doutes, non sur les talents du général Trochu, mais sur son caractère. Il s'en ouvrit au maréchal de Mac-Mahon, et lui demanda ce qu'il pensait du général Trochu : « Sire, dit l'illustre maréchal, je crois que c'est un honnête « homme.» Ce mot, qui répondait à la pensée secrète de l'Empereur, fit pencher la balance. Le général partit immédiatement pour Paris, où il devait arriver à une heure avancée de la soirée ; il était convenu que l'Empereur partirait un peu plus tard, mais en tous cas serait de retour aux Tuileries le lendemain matin et reprendrait immédiatement les rênes du gouvernement.

« Voilà ce qu'était le général Trochu en quittant le camp de Châlons le 17 août au soir. On va voir ce qu'il était devenu en abordant l'Impératrice aux Tuileries à quelques heures de là. »

«L'Impératrice, en recevant, après minuit, le nouveau Gouverneur de Paris, ne lui cacha pas qu'elle désapprouvait le retour de l'Empereur, et qu'elle allait le supplier par le télégraphe de changer sa résolution. Elle était sous le coup des déclarations du ministre de l'intérieur et du préfet de police, qui prévoyaient des scènes de désordre si l'Empereur se séparait de l'armée. C'était aussi, dans le fond, la pensée du ministère Palikao, qui ne se croyait maître de la majorité qu'à la condition d'exercer la plénitude du pouvoir et d'annuler l'inlluence de l'Empereur.

«Cette détermination créait une première difficulté. Le général Trochu était en possession d'une lettre où l'Empereur lui disait : « Dès mon ar- « rivée à Paris, vous recevrez notification du décret qui vous investit « de vos fonctions. » Il réclama de la régente, à défaut de l'Empereur, un décret qui consacrât immédiatement sa nomination.

( L'Impératrice lui assigna tout naturellement le conseil qui devait se réunir le lendemain matin à dix heures. C'est ici que la situation commence à se dessiner sous son vrai jour.

u —Madame, dit le général, je ne puis pas attendre jusqu'à demain;

« je ne puis pas sortir des Tuileries sans emporter avec moi le décret « qui me nomme Gouverneur de Paris.

« — Mais, général, objecta l'Impératrice, je ne suis qu'une régente « constitutionnelle; et je n'ai pas le droit de donner ma signature sans « qu'elle soit couverte par celle d'un ministre responsable.

« — Madame, repartit avec véhémence le général Trochu, les plus « grands malheurs peuvent résulter de votre refus. J'ai donné l'ordre « aux douze mille mobiles de la Seine de quitter le camp de Châlons et « de se diriger sur Paris par les voies rapides. Ils seront ici demain. «11 n'ont confiance qu'en moi. Si, à leur arrivée, ils ne trouvent pas pla- « cardé sur les murs le décret qui me nomme Gouverneur de Paris, ils « se croiront trompés, et je ne saurais répondre des conséquences. »

« Devant ces menaces peu déguisées, l'Impératrice, malgré sa fermeté d'âme, céda.

« Un autre incident marqua cette sinistre entrevue.

« Le général Trochu avait improvisé en chemin de fer la proclamation qui devait ouvrir sur les murailles cette longue série de feuilletons militaires dont les Parisiens ont tant ri quand ils n'en pleuraient pas.

« Cette première aux Parisiens commençait ainsi : « Devant les périls « qui menacent le pays, l'Empereur m'a nommé Gouverneur de la capi- « taie en état de siège, où je le précède de quelques heures. »

« — Il faut supprimer cela, dit l'Impératrice, puisque l'Empereur ne « revient pas.

« — C'est juste, » répondit le général Trochu.

«La proclamation fut affichée dans la matinée. On remarqua qu'elle ne contenait pas le nom de l'Empereur. Les uns s'en réjouirent, et portèrent le général aux nues; les autres s'en indignèrent. A ceux-ci le général Trochu répondait : « J'avais nommé l'Empereur, mais l'Impératrice « m'a fait supprimer le passage. »

«La première proclamation du général Trochu aux Parisiens avait éveillé les espérances des révolutionnaires; la seconde les combla de joie. Elle était adressée aux gardes mobiles de Paris, revenus au camp de Saint-Maur, et leur disait : « Je vous ai fait revenir à Paris : c^était « votre droit. » Le général Trochu avertissait la Révolution que douze mille prétoriens de l'émeute, déjà signalés par les scènes scandaleuses de Châlons, étaient campés sous les murs de la capitale. Les faubourgs tressaillirent et la gauche législative comprit que l'heure allait sonner.

« Il n'y avait pas à s'y méprendre : après les deux proclamations se place une lettre adressée au Temps, où le Gouverneur semble prendre l'engagement de ne pas réprimer par la force les désordres de la rue. Le conseil des ministres s'émeut : on lui demande quelle serait son attitude si dos manifestations hostiles se produisaient contre les Chambres. Le général parle pendant deux heures, chaleureusement, éloquemment;

Page 1