POLICE GÉNÉRALE. - 2 9 DIVISION. — CONFIDENTIELLE
Paris, le 29 may 181 2.
A M. le capitaine Lagorsse, commandant à Savonne*
Le départ de Sa Majesté pour l'Allemagne, et l'idée d'une guerre dans le Nord, sont des circonstances nouvelles propres à travailler certains esprits remuants et à exciter leurs espérances et leurs intrigues.
Savonne est un des points sur lesquels la malveillance peut diriger ses vues et tenter de mettre votre surveillance en défaut, soit pour obtenir du Pape quelque bulle qui porterait encore le trouble dans l'Église, soit pour lui faire parvenir de faux avis sur de prétendues oppositions qui n'existent nulle part, ou sur des désastres imaginaires; il n'est pas même hors dç vraisemblance que des émissaires soudoyés se portent à quelque tentative d'enlèvement ; et ce projet, tout hardi qu'il paraît être, pourrait cependant s'exécuter par un coup de main du côté de la mer, ou par quelque bande italienne qui espérerait emmener le Pape à travers le pays ; vous apprécierez aisément les conséquences qui résulteraient de cet événement.
Vous devez, en conséquence, redoubler de soins et d'activité dans la surveillance qui vous est confiée;
maffia
porter une observation constante et bien dirigée sur tous les voyageurs arrivant à Savonne, sur les communications avec Tintérieur de la maison, et vous tenir soigneusement informé de tous les mouvements qui pourraient avoir lieu dans les campagnes voisines et vers la côte.
Je ne vous donnerai, Monsieur, aucune direction sur les dispositions de détail que vous avez à faire; le zèle, l'intelligence que vous avez apportés jusqu'ici dans votre service, et le succès que vous avez obtenu, me. garantissent votre attention à ne négliger aucune des précautions que les circonstances rendront nécessaires.
Je vous recommande de m'informer, par 4e fréquent» rapports, de tous les résultats de votre surveillance.
Agréez, je vous prie, Monsieur, l'assuranc#de ma parfaite considération.
Le duc de Rovigo.
A Monsieur .Lagorsse, capitaine de gendarmerie d'élite.
CABINET DU PRINCE GOUVERNEUR GÉNÉRAL
Stupinis, le 6 juin 1812.
M. le capitaine Lagorsse, j'ai pris connaissance des instructions que vous trouverez jointes à cette lettre. D'après les ordres directs que j'ai reçus de l'Empereur, relativement à votre mission , j'ai écrit en Italie pour faire venir Mgr Bertalozzi, il doit rencontrer le Pape, monter dans sa voiture et l'accompagner jusqu'à Fontainebleau. Ce prélat sera probablement ici le 8, peutêtre seulement le 9 de ce mois; ainsi, il conviendrait que vous partissiez de Savonne dans la nuit du 9 au 10. Vous pourriez être au relais de Truffarello le 10 au soir, éviter Turin en allant directement de Truffarello à Rivoli et continuer votre route sur le Mont-Cenis, où vous savez que le Pape doit se reposer* Mgr Bertalozzi trouvera le Pape sur un point de la route que je ne puis encore vous indiquer, peut-être sera-ce au Mont-Cenis. J'enverrai quelqu'un vous parler à Truffarello; cette personne vous remettra les 12,000 francs que j'ai pour vous, et vous informera des ordres que j'aurai donnés au Mont-Cenis, à Lans-le-Bourg et ù Suze. L'agent des postes qui vous est annoncé par
le ministre est déjà ici, je vous l'enverrai en même temps. J'écris au préfet de se concerter avec vous pour les mesures à prendre afin que le départ du Pape soit ignoré le plus longtemps possible. Je vous engage à communiquer vos instructions à M. de Chabrol, en ce qu'elles concernent les rapports que vous devez encore avoir ensemble. Si des circonstances que je ne pouvais prévoir vous empêchent de partir le jour que je vous ai indiqué, vous pourrez retarder votre départ, pourvu que cela puisse être sans inconvénient majeur; mais dans tous les cas ayez soin de m'envoyer un de vos courriers qui soit rendu à Stupinis sept à huit heures avant votre passage à Truffarello, afin que tout puisse être préparé sur la route, tant à Tégard de Mgr Bertalozzi qu'au sujet des dis* positions que je dois faire au Mont-Cenis et à TrufFarello.
Je n'ai rien à ajouter aux instructions que le ministre vous a adressées; la confiance qu'il vous témoigne m'est un sûr garant, aussi bien que votre conduite à Savonne, de l'exactitude avec laquelle vous vous y conformerez. J'ai reçu avis de l'arrivée au Mont-Cenis de M. Hailouin, M. Garbé est sans doute aussi à Lans-le- Bourg; ils attendent mes ordres.
Recevez, M. le capitaine Lagorsse, les nouvelles assurances de mes sentiments et de ma parfaite considération.
Camille.
CABINET DU PRINCE GOUVERNEUR GÉNÉRAL
Stupinis, le 10 juin 1812.
- M. le capitaine Lagorsse, la personne qui vous remettra cette lettre est l'agent des postes qui vous a été annoncé par le ministre de la police, pour vous servir de courrier. Le directeur général des postes m'assure de son intelligence et de sa bonne volonté. Vous trouverez une personne que je vous envoie à Truffarello pour vous remettre les 12,000 francs que j'ai pour vous ; au relais de Pogrino ou près de là, vous trouverez Mgr Bertalozzi qui montera dans la voiture du Pape. Il faudra que vous l'indemnisiez des dépenses de son voyage et que vous lui donniez les moyens de faire suivre son domestique et ses effets sur les fonds que vous avez à votre disposition; je vous invite à ne pas laisser le prélat dans l'embarras; j'ai prévenu M. Hallouin au Mont-Cenis qu'un de vos courriers lui remettra une lettre que vous lui adresserez, pour que les oppositions mises à Suze au passage de tous les voyageurs cessent pour vous et pour les personnes qui vous précèdent et vous suivent; écrivez donc deux mots à M. Hallouin qui vous attend, sans savoir encore que c'est de vous qu'il doit recevoir des ordres ultérieurs.
Recevez, Monsieur, les nouvelles assurances de mes sentiments et de ma parfaite considération.
Camille.
CABINET DU PRINCE GOUVERNEUR GENERAL
Stupinis, le 12 juin 181 2.
M. le capitaine Lagorsse, j'apprends avec une peine infinie que vous ne croyez pas à la possibilité de continuer votre route. Si vous vous arrêtez au Mont-Cenis, le but de votre mission est absolument manqué en ce qui concerne le secret tant recommandé par l'Empereur et par les instructions que le ministre de la police générale vous a envoyées. Je sens bien toute la difficulté de votre position, mais je ne puis que vous engager à partir aussitôt après le retour de votre courrier. Je vous le renvoie sans les objets que vous m avez demandés; ils sont inutiles si vous partez, et le sont également si vous retardez votre départ, car toute précaution deviendra superflue quand le secret de votre voyage sera divulgué. Ce secret est connu à Suze où le Pape a été reconnu , il l'est aussi à Lansle-Bourg pour peu que M. Hallouin ait laissé passer un seul homme, et bientôt toute la France en retentira. Les mesures que vous proposez pour le passage des voyageurs par bandes de dix à douze, sont plus qu'inutiles, je n'y vois que des inconvénients. Partez,
-«4mais si vous le jugez absolument impossible, envoyezmoi de suite un autre courrier, j'écrirai alors au ministre de la police, si le temps me permet de le faire, par le télégraphe; je lui exposerai brièvement votre position et lui demanderai de nouveaux ordres pour vous, car ceux qu'il vous a précédemment donnés ne vous seront plus bons à rien.
Recevez, M. le capitaine Lagorsse, les nouvelles assurances de mes sentiments et de ma parfaite considération.
Camille .
P. S. Si vous vous décidez à partir, il faudra m'en informer par un courrier.
CABINET DU PRINCE GOUVERNEUR GENERAL
Stupinis, le i3 juin 1812.
Monsieur le capitaine Lagorsse, la nuit est arrivée sans que j'aie obtenu une réponse du ministre de la police; vous pouvez, en attendant de nouveaux ordres, rétablir les communications ; elles ne sauraient demeurer plus longtemps interrompues sans les plus graves inconvénients. Il suffira que vous ayez soin d'empêcher que personne ne s'arrête à l'hospice, quels que soient son rang, ses fonctions ou les prétextes qu'il pourrait alléguer pour y séjourner. Puisque vous ne pouvez pas partir, il faut au moins que votre séjour
au Mont-Cenis donne le moins possible l'occasion de tenir des propos contraires aux vues du gouvernement. Vous êtes dans une position où votre intelligence et votre dévouement à l'Empereur doivent vous donner les conseils les plus adaptés à la circonstance où vous vous trouvez. Faites pour le mieux pendant le peu de temps que vous serez livré à vous-même, cela doit durer jusqu'à ce que je puisse vous avoir fait connaître les intentions ultérieures du gouvernement. Je ne puis pas vous envoyer par votre courrier les objets que vous me demandez. Si vous êtes longtemps au Mont- Cenis., vous pourrez vous les procurer facilement, même je pense de Suze.
Recevez, Monsieur, les nouvelles assurances de mes sentiments et de ma parfaite considération.
Camille.
Ecrivez-moi tous les jours par l'estafette. Je me servirai de la même voie pour vous faire parvenir mes lettres.