‹ L'empire, les Bonaparte & la courChapitre 13 sur 59 · POLICE GENERALE. — CABINET DU MINISTRE · texte numérisé non relu

POLICE GENERALE. — CABINET DU MINISTRE

Paris, i3 juin 1812, à minuit.

Monsieur le capitaine Lagorsse,

S. A. I. le prince Camille me fait l'honneur de maviser aujourd'hui après midi, par le télégraphe, Mon-

sieur, que vous êtes au Mont-Cenis depuis trentequatre heures. Je vous félicite d'avoir si bien compris l'instruction que je vous ai adressée pour votre départ de Savonne; mais'si vous manquez de force et de présence d'esprit dans la position où vous êtes, vous allez échouer avant d'être à la première partie de votre opération.

Vous êtes un homme raisonnable et vous connaissez toute rétendue de vos devoirs. Ne faites point une chose qui serait contre l'humanité, c'est-à T dire que si votre voyageur est dans l'impossibilité physique et morale de continuer, laissez-le reposer au Mont-Cenis tout le temps qui sera nécessaire et tenez ce passage fermé douze heures après votre départ, conformément aux instructions que je vous ai adressées. Je laisse cependant à votre discernement de ne pas pousser cela jusqu'à une rigueur gênante. Vous voyez donc qu'il est instant de hâter votre départ.

En réfléchissant bien au refus qui vous a été fait de continuer le voyage, sous prétexte de mauvaise santé i je trouve que vous êtes la dupe ou d'une hypocrisie, ou d'un subterfuge employé pour résister à l'ordre qui a été signifié. Je vois que, de Savonne au Mont-Cenis, vous avez fait votre voyage paisiblement, vous avez donc pu juger vous-même si les souffrances, qui ont été éprouvées dans ce voyage, ont dû mettre dans l'impossibilité de le continuer. Mais il est bon que vous sachiez que ce n'est pas par la lettre du ministre des cultes, remise par M. l'archevêque d'Edesse, lorsqu'il

- 8 7 vous a rejoint, que Ton a appris qu'il était question de venir à Fontainebleau. Je vous fais connaître cette particularité afin que vous compreniez que vraisemblablement l'opposition que vous éprouvez aujourd'hui ne s'est manifestée que depuis qu'est venue se joindre à cet entêtement prononcé depuis deux ou trois ans la petite aigreur résultant d'un amour-propre blessé de se voir aussi complètement joué.

Je ne doute point que la résolution de ne pas passer outre soit bien prise, mais il faut en triompher, et ce n'est que parce que c'était difficile et délicat que vous avez été choisi. Pénétrez- vous bien de vos devoirs, et sans sortir de vos formes douces et honnêtes, bronzezvous le cœur sur toutes ces hypocrisies. Vous savez bien qu'on ne meurt pas pour avoir fait cent lieues en poste, dans une bonne voiture. 11 n'y a pas de petite maîtresse de Paris qui n'en fasse autant et sans s'en plaindre; au besoin, faites faire un lit dans une des voitures, mettez-le seul avec son médecin, et n'ayez pas peur qu'il en meure, il s'en gardera bien. Vous avez vu faire voyage par de bien plus mauvais temps et dans une bien plus mauvaise position, des hommes bien plus malades.

En résumé, de deux choses lune : si vous êtes encore dans sa confiance comme vous y étiez avant votre départ, c'est-à-dire jusqu'au moment où vous avez été choisi pour mettre à exécution le projet dont on doit se plaindre; si, dis-je, vous êtes encore dans cette confiance, il doit vous rester les moyens de persuader

qu'il n'y a pas à transiger avec l'invitation manifestée , dans la lettre du ministre des cultes. Mais si, comme

je le crois, vous avez perdu cette confiance, et que vous partagiez même une partie du ressentiment de cet entêté, et qu'après avoir employé les moyens que vous offrent le docteur Porta , l'archevêque d'Edesse

* pu autres, vous n'entrevoyez aucune espérance de persuasion, il ne vous restera plus qu'à suivre stric-

«* tement l'instruction que S. A. I. le prince Camille

vous a remise de ma part, et à vous faire obéir ponc-

# tuellement et avec fermeté.

• Agréez, Monsieur, l'assurance de ma considération distinguée.

Le duc de Rovigo.

Adi, i3gin. 1812, ore Gdella mattina.

S.S. hà passato la nottecon meno dolori ; ma il sonno e stato interrottisso a cagione dei stimoli di orinare. La febbre è minore, e vi è ora un blando transpiro; una leggiera tumefazione, che erasi jeri sera presentata al pabe è suanita. Nello spajio di sei ore circa si è avuto la scarico di oncie cinque di orina ; ma sempre a goccié : S. S. è in una gran debolezza. La malattia che soffre il S. Padre vu senya dubbio nel totale migliorando e per consequenza è sperabile, quando non sopra giunga nuovità, coi mezri che si rifano e col

riposo corrispondente poterlo ristabilirc : al contrario, se si dà occasionne à nuovi irritamenti nelle vie 01 inaria vi è con tutta ragione a temore, che porra rinnovasi, e forse con maggior vigora, il medesimo morbo, a portar seco la prouta inflammazionne délia vessica, la quale ognun conosce diqual .pericolo sia, e quante volte tolga la vita in brève tempo, anche afronte dei piri opportuni, ed addatati rimedi.

Questa è quanto secondo la mia perijia, e coscienza posso attestare e con una giuramento rattificare.

Quato di i3 gin. 1812.

Carlo Porta, nr:d. p.

CABINET DU PRINCE GOUVERNEUR GÉNÉRAL

Turin, le 14 juin 1812.

Monsieur le capitaine Lagorsse, pour toute réponse à votre dernière lettre, en date du i3, je vous envoie copie de celle du ministre de la police générale que je viens de recevoir par le télégraphe.

Copie : « Le capitaine ne peut, dans aucun cas, » rester au Mont-Cenis; en conséquence, il faut qu'il » fasse faire un lit dans sa voiture et qu'il y mette » son médecin. Je vous envoie une estafette avec

» <fes instructions pour le cas où il ne serait pas » parti. »

D'après cette réponse, vous pouvez juger s'il est possible que je sois tranquille tant que je vous sais au Mont-Cenis. Le chirurgien de Suze et celui de Lansle- Bourg doivent vous suffire.

Recevez, Monsieur, les nouvelles assurances de mes sentiments.

Camille.

A M. Lagorsse, capitaine de gendarmerie d'élite, à l'hospice du Mont-Cenis.

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