CHAPITRE IV
Les menées ambitieuses. — Le duc de Reichstadt. — Profession de fou — L'acte de mariage, — Un portrait de VImpératrice par l'Empereur ♦
On le voit, la tête fumante de projets* d'espérances, de rêves, Louis-Napoléon s'était fêté daas la bagarre poli* 1 tique. La mort du fils de l'homme, comme on appelait le duc de Reichstadt, ouvrait, toutes grandes, les perspectives à son ambition. Maintenant que Napoléon II reposait sous les voûtes de l'église des capucins de Vienne, la terre, le rôle, la scène, appartenaient à celui qui se croyait déjà Napoléon III.
A propos de la mort de Napoléon I er , la reine Hortense écrivait au prince Eugène :
Mon cher Eugène, plus on réfléchit, plus on se dit : c'est trop heureux pour la personne qui souffrait et qui n'existe plus; mais qu'il est pénible dépenser que celui à qui l'on doit tout, qui a été un père pour nous,
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est mort dans le malheur et loin de ses affections, sa femme et son fils ! On lui avait tout ôté, et le grand homme, qu'on accusait tant d'inhumanité, n'a jamais été aussi inexorable qu'on l'a été pour lui. Louis, à ce qu'on m'écrit, a beaucoup pleuré son oncle. 11 avait frappé l'imagination de tous ces enfants ' et ce seront ceux-là qui sentiront le plus vivement la perte qu'ils viennent de faire. Tu ne croirais pas combien je regrette que ma lettre ne lui soit pas parvenue.
Louis-Napoléon, en effet, avait beaucoup pleuré son oncle, li pleura même Napoléon II, son cousin :
« Le duc de Reichstadt, dit-il, avait reçu, par l'ambassade suisse, une lettre de moi peu de jours avant sa mort ; il en avait été très touché et on m'a dit qu'il voulait me laisser l'épée de son père.
« Il est inutile de vous dire tout ce que j'ai souffert en apprenant la mort de mon cousin. Quelle fatalité ! mourir à vingt-un ans, au moment où toutes les espérances étaient tournées vers lui, où il eût pu réaliser de*si beaux projets ! »
{Lettres au roi Jérôme.)
Mais déjà le duc de Reichstadt était oublié, et les projets, les menées, les intrigues allaient leur train.
i . Et des Français, ces autres enfants J. C.
D'Àrenenberg, le i5 août i833, Louis-Napoléon écrivait :
A M. le comte de Survilliers (le roi Joseph), 23, Park Cressent, Portland Place {Londres).
Faute d'un parti qui ralliât à lui les intérêts du plus grand nombre, la France se trouve partagée aujourd'hui en deux camps : la monarchie et la république. La royauté fait croire que sans elle on tomberait dans l'anarchie et dans la république de g3, et les républicains font croire que tout gouvernement monarchique est en opposition obligée avec les intérêts populaires. Mais, comme d'un côté la pluralité des Français méprise et déteste le gouvernement actuel et que de Tau tre elle craint la république, tout se tient par la loi de l'équilibre, c'est-à-dire par des forces égales agissant dans une direction opposée.
Mon adresse incognito est à Mi Schneider, chez M. Amann, aubergiste à la Couronne, à Schaflhouse, (Suisse).
Une autre fois :
Mon cher oncle,
Tout le monde est persuadé de l'impossibilité du
maintien de Louis-Philippe ; notre rôle est donc de
tâcher d'attirer sur nous les vœux du plus grand
nombre afin d'être en mesure de profiter de sa chute.
— m — H est trte important de ne pokit rompre les relations
entamées précédemment et de prouver par la voix pu* blique que le sang du héros n'est point éteint.
Mais que d'argent il fallait pour ces intrigues! Les amis déroulé aimaient la vie fccile et trouvaient lot bantaotes un peu rare*,
Ans* L,ouis fematHl A son «aele Jérôme ;
Des personnes qui sont à la tête des affaires me de» mandent de l'argent avec la plus vive instance ; comme je n'en ai point et que les tableaux sont je ne sais où, j* ai pris sur moi d'emprunter 5o,ooo francs polir le* besoins les plus urgents. J'espère que vous voudrez me les rembourser, car je pourrai Vous en rendre un compté exact et vous verfea qu'ils ont été dépensés utilement pour la cause. Ne croyez pas que mon âge m'empêche de juger les hommes; depuis deux ans j'ai acquis bien de l'expérience j j'ai pu, comme beaucoup d'autres, être trompé par dés intrigahtsj iilaià aUssi sais-je aujourd'hui à quoi m'en tenir sur les personnes avec lesquelles je compte.
J. M. A. Sari, agent du roi Joseph, écrivait alors de Paris, à la date du 24 septembre i838 :
Il est un obstacle à la dynattie napoléonienne, c'est la division existant au milieu de ses membres. Le roi
Jértmey par exempte, imite publiquement te prince Louis de rebelle*
Le prince Louis a demandé te fille du roi Jérôme en mcriege. Le père a répondu qu'il ne donnerait jamais sa fi% à un rebelle. Je teie qu'il luit été répliqué : Que la duchesse (FAngoulême avait refksé te prfaee Outrles four épouser un crétin de sa famille, et f*# ce sacrifice étûit peut-être urne des &mses qui antit rendu la restauratiom possible*
Cène anecdote ml* rappelé que vous m'avez fait lire des instruction* de l'Empereur dan* leaquelka il recommandait aux enfanta de ses frère* et sœurs de ne s'allier que dans leur propre famille et do te rappeler qu'il* étaient le* neveux du roi des roi*.
Bientôt, débarquant à Boulogne, Louis Bonaparte allait encore une foi*, après l'aventure de Strasbourg, tenter la fortune et essayer de crocheter le succès* L'affiche Suivante fut collée sur les mur* de cette mime ville de Boulogne, où il avait si piteusement échoué.
Français, mes chers concitoyens, Je viens répondre à l'appel que voua ave* fait à mon patriotisme. La mission que voua m'imposes est glorieuse et je la saurai remplir. Pénétré de reconnaissance pour l'affection que vous me témoignée» je vous apporte toute ma vie, toute mon Ame; elles vous appartiendront désormais* cpnmt vous appartenaient
calles de cet homme dont la gloire, patrimoine de tous, est venue, de son reflet, signaler à vos suffrages mon dévouement que, jusqu'à ce jour, on avait condamné à l'obscurité, mais que je saurais rendre éclatant si des dangers menaçaient Jamais la commune patrie.
Frères et citoyens, ce n'est pas un prétendant que vous recevez au milieu de vous. Ce n'est pas inutilement que j'ai médité dans l'exil. Un prétendant, c'est un fléau : je ne serai pas le vôtre; je ne serai jamais ni ingrat, ni infâme. C'est comme républicain démocrate sincère et ardent que je me présente à vous. Je prends la grande ombre de l'homme du siècle à témoin des promesses que je fais ici solennellement.
Je serai, comme je le fus toujours, l'enfant de la France.
Dans chaque Français, je verrai toujours un frère.
Les droits de chacun seront mes droits.
La République démocratique sera l'objet de mon culte; j'en serai le prêtre;
Jamais je n'essaierai de m'envelopper dans la pourpre impériale.
Que mon cœur se dessèche en ma poitrine le jour où j'oublierais ce que je vous dois à tous, ce que je dois à la France!
Que ma bouche se ferme pour toujours si je prononçais jamais un mot, un blasphème contre la souveraineté républicaine du peuple français!
Que je sois maudit le jour où, par faiblesse, je per-
mettrais qu'on propageât, à l'abri de mon nom, des doctrines contraires au principe démocratique qui doit diriger le gouvernement de la République! * Que je sois condamné aux gémonies le jour où, coupable et traître, j'essaierais de porter une main sacrilège sur les droits du peuple, soit de son aveu, en le trompant ; soit contre son vœu, par la force et la violence!
Et maintenant, croyez en moi comme je crois en vous, et qu'un même cri sorte de toutes nos poitrines, comme une prière adressée au Ciel :
Vive à jamais la République!
Louis Bonaparte.
Ce placard, de 43 centimètres sur 33 de large (Dépôt : galerie Richer, n° 9), ajoute à la proclamation ces réflexions sympathiques :
« Accueillie avec enthousiasme, cette proclamation fut en un instant sur tous les murs de la ville. » (Boulogne.)
Le gouvernement de P Empereur a condamné plus tard des journaux coupables d'avoir reproduit cette affiche qui n'était point , disait-il, l'œuvre de Sa Majesté.
Elle était, dans tous les cas, l'œuvre d'amis dévoués, de ceux que le roi Louis et le roi Joseph caractérisaient si bien et si justement.
L'avenir devait voir le conspirateur de Boulogne
ii«
devenir empereur, et te fiaiteé de MatWide épouser M 1 ! 6 de Montijo.
On a retrouvé, corrigée de sa main, l'épreuve de la proclamation de l'Empereur pour annoncer à la Fraàcô son mariage.
La rédaction primitive disait, faisant allusion au mariage du duc d'Orléans :
Sous le dernier règne, l'amour-propre du pays n*àt-il pas eu à souffrir lorsque l'héritier de la couronne sollicitait iïifructùeusetnèht pendtirtt plusieurs années une alliance prinçtère pour ne l'obtenir enfin que dans des rangs secondaires?
Napoléon III corrigea ainsi ;
L'héritier d'une maison IsàtovéPâinè ...%t obtenait ettjtn une prinèèsse accomplie, sans doute, mais seulement dans les mngs secondaires et dans une autre religion.
L'èpréùvê de Caniche disait, en parlant de la future impératrice Eugénie :
Catholique, elle adressera au Ciel les mêmes prières
L'Empereur «|0uui : .
Catholique et pieuse.
Elle a, comme Espagnole, disait le texte primitif, l'avantage de ne pas avoir en France de famille à laquelle il faille donner « honneurs et fortune. »
L'Empereur effara fortune et mit dignité**
Texte primitif :
Par sa grâce et sa bonté, elle fora revivre dans la même position , j'en ai le ferme espoir, les vertus de l'impératrice Joséphine.
Correction : Gracieuse et bonne, elle fera revivre, etc.
La confiance qu'ils ont en moi (le peuple et l'armée), fri'àssttre leur sympathie.
Correction : assure leur sympathie à celle que fâi tkoiste.
Messieurs, disait le premier texte, en sachant plus tard apprécier celle que j'ai choisie, vous reconnaîtrez
que cette fois encore, j'ai été inspiré par te Providence.
Correction : En apprenant à la connaître , vous sere\ convaincus que cette fois encore, etc.
L'émule de l'impératrice Joséphine devait en effet régner sur la mode et mêler agréablement dans un compromis élégant et pieux, Worth et Bossuet, M. Sardou et le père Bauer, le Romancero et la Famille Benoiton.
Donnons ici, comme post-scriptum, un article louangeur, imprimé en gros caractères dans le premier numéro du journal le Dix-Décembre, de M. A. Grenier, et où il est longuement question , non-seulement de la beauté, mais encore des études de l'Impératrice « qui lit Fourier, etc. » Le brouillon de cet article a été retrouvé aux Tuileries, écrit de la main de Napoléon.
L'Empereur était donc, non-seulement le bailleur de fonds du Dix-Décembre, mais un des rédacteurs du journal.