L'IMPÉRATRICE EUGÉNIE
C'est demain la fête de l'Impératrice. Il n'est pas sans à propos de parler d'elle! Espagnole de nais-
i. Extrait du journal le Dix-Décembre (n° x. — i5 décembre 1868). Nous répétons que le brouillon de cet article a
sauce, issue d'une grande famille patricienne» certains organes de la publicité semblent prendre à tâche de la représenter comme imbue du fanatisme religieux le plus intolérant et de tous les préjugés de la noblesse- A quoi sert d'être placée sur un des premiers trônes de l'univers pour être méconnue à ce point? Un court récit de sa vie la fera paraître sous son véritable jour.
L'Impératrice Eugénie a eu pour père le comte de Montijo. C'était un de ces rares Espagnols qui, s'étant pris d'un dévouement passionné pour l'Empereur, l'avait suivi dans toutes ses guerres. Mêlé à nos succès comme à nos revers, criblé de blessures, il avait été un des derniers à tirer le canon contre les ennemis de la France du haut des buttes de Chaumont. Rentré dans la vie privée, à la chute de l'Empire, il avait conservé ses sentiments napoléoniens, et bientôt ses idées libérales attirèrent sur lui la persécution du gouvernement dé Ferdinand VII.
En i838, la aomtesse de Montijo vint à Paris avec ses deux filles ; elle les plaça dans une grande maison d'éducation. Élevée au Sacré-Cœur, celle qui devait être un jour l'Impératrice des Français et qu'on appelait alors la jeune comtesse de Téba , apprit pour ainsi dire le français avant la langue espagnole.
été écrit par Napoléon lui-même. Imprimé en plus gros caractères que les autres articles, il était signé, non pas seulement A. Grenier; mais pour la rédaction du Dix-Décembre, A. Grenier, rédacteur en chef.
- i3o - Qtniqiif» année* p*w tard, la famille de Montijo «hit rentrer en Espagne, Le comte y mourut. Restées sous l'ail* de leur mère, les deux jeunes filles reçurent d'ettt ce complément d'éducation qui achève et se p r é par è re nt à faire leur entrée dam le monde.
Ceux qui ont visité Madrid à cette époque se sou* vienfteôt de ce salon hospitalier où les supériorités intellectuelles de tous les pays, diplomates, écrivains, artistes, semblaient s'être donné rendez-vous. Une grande dame qu'on louait pour son esprit et son aflebiltt* en ffctait les honneurs avec une suprême distinction, c'était la comtesse de Montijo, Ses deu^ filles en étaient l'ornement* L'aînée épousa bientôt le duc d'Albe» La cadette ae faisait remarquer par l'esprit la plus vif et par les qualités du coeur les plus aimables. Entourée souvent de personnes animées des sentiments d'un autre temps, sa raison précoce lui faisait rejeter ce. qu'elle ne pouvait approuver de leurs opinions et, soit souvenir des années qu'elle avait passées avec son pore» soit influence de l'éducation française, soit entraînement de *es convictions personnelles * on l'entendait plus d'une fois, dans les discussions d'un cercle intime, soutenir hautement la cause du progrès et des idées nouvelles. Sa vive imagination cherchait un aliment à ses nobles aspirations vers le beau et l'utile, et souvent on la voyait passer des heures entières à étudier les œuvres de Fôurier. Ses amies l'appelaient en riant la Phalanstérlenne. On admirait cette jeune fille de dix-huit ans, que les
~ i3i — problèmes sociaux préoccupaient à ce degré et qui semblait se préparer par la méditation à de grandes et
mystérieuses destinées.
Un curieux incident de sa vie mérite dPétre raconté* Toujours inclinée vers ceux qui souffrent, entraînée vers les opprimés, elle avait éprouvé une secrète sympathie pour le Prince qui, victime de ses convictions, était enfermé à Ham, et, malgré son jeune âge, cHé Savait supplié sa mère d'aller porter quelques conso* lations au prisonnier. La comtesse de Montijo s'était, dit-on, décidée à entreprendre le pieux pèlerinage, lorsqu'elle en fut tout à coup détournée par des circonstances imprévues *.
Ce Prince si éprouvé, elle devait quelques années plus tard le voir elle- même, non pas dans le fond d*un cachot, maïs potté par l'acclamatioti populaire à la tête <Tfcn grand État; die devait eterter sur lui le* séductions de ta beauté, de l'esprit et des plus nobles sentiments; elle devait s'associer a son existence et paftagei" stt destîtiée*
ta comtesse de Téba n'a pas disparu sous l'éclat de la couronne de France. L'Impératrice est restée avec distinction une femme de goûts simples et naturels. Après sa visite aux cholériques d'Amiens, rlefl ne parut la surprendre comme le murmure approbateur
î. Ce Btmvenir tout persoftnet ne pouvait être connu de M. Grenier.
qui vint de toutes parts applaudir à sa courageuse initiative. Elle avait fini par en être excédée. Le sort des classes malheureuses surtout éveille constamment son intérêt- Elle. aime à s'occuper de ce qu'on appelle aujourd'hui les œuvres sociales. On sait avec quelle efficace activité elle est intervenue dans la réorganisation des prisons d enfants, dans l'œuvre des sociétés de sauvetage, dans le régime des établissements de bienfaisance. Elle a fondé la société des prêts de l'enfance au travail. Que de généreuses réformes elle poursuit encore avec une merveilleuse persévérance ! On retrouve toujours un peu chez elle la jeune phalanstérienne. La condition des femmes la préoccupe singulièrement ; elle s'efforce de .la relever et, au besoin, elle s'avise de décorer Rosa Bonheur.
Deux fois, pendant la guerre d'Italie et le voyage de l'Empereur à Alger, elle a exercé la régence. On sait avec quelle modération, quel tact politique et quel sentiment de justice.
Rentrée dans la vie inactive, l'Impératrice se livre aux lectures les plus sérieuses ', On peut dire qu'aucune question économique ou financière ne lui est étrangère. C'est un charme de l'entendre débattre avec les hommes les plus compétents ces difficiles problèmes. La littérature, l'histoire et l'art sont aussi
t. Exemple, la Chambre bleue, écrite pour elle par Prosper Mérimée.
- i33 l'objet de ses fréquentes caqseries. A Compiègne, rien n'est plus attrayant que ce que Ton appelle un thé de l'Impératrice. Elle aborde avec une égale faci* lité, dans ces réunions peu nombreuses, les sujets les plus élevés et les questions tes plus familières. La nouveauté de ses aperçus, la hardiesse, la témérité même de ses opinions vous saisissent et vous captivent. Son langage, quelquefois incorrect *, est plein de couleur et de mouvement. D'une étonnante précision dans les conversations d'affaires, elle s'élève, dans les matières qui touchent à la politique et à la morale, jusqu'aux effets d'une réelle éloquence.
Pieuse sans bigoterie, instruite sans pédantisme, elle parie de toutes choses avec un grand abandon» Peut-être aime-t-elle trop la discussion. Très vive de sa nature, elle se laisse souvent emporter par sa parole, ce qui plus d'une fois lui a attiré des inimitiés; mais ses exagérations ont toujours pour mobile l'amour du bien.
A côté de la femme intelligente, de la souveraine prudente et courageuse, il nous resterait à montrer la mère pleine de sollicitude et de tendresse pour son fils.
Elle a voulu que le Prince Impérial reçût une éducation virile. Elle se fait rendre compte de ses travaux, elle suit ls progrès de ses études; elle assiste
i . Un courtisan n'eût jamais osé se servir d'un tel adjectif.
P&êî maai dire jour pte pur m déyetoppemeat de cette jm&e iotdligeiKe, à cette cftttseoce de reaprit «qui , éei l'héritier d'une si haute fortune, ett k gage 4t pta* briUeai a w*ir.
JPeer la R&Uaion du Di*-Wc«Rbre :
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Le Théâtre à la Cour.