DE L'ENTREPRISE DE BONAPARTE SUR L'ESPAGNE
Napoléon étant à Finhenstein disait un jour, dans un moment de gaieté : « Je sais quand il le faut quitter la peau du lion pour prendre celle du renard, »
Il aimait à tromper, il aurait voulu tromper pour le seul plaisir de le faire, et, au défaut de sa politique, son instinct lui en aurait fait une sorte de besoin.
(Fragment communiqué par le C te Garât au prince président.)
Un jour, M. de Gramont écrit de Vienne, le 18 février 1868 :
M. de Friedland offre de vendre les manuscrits et œuvres posthumes du célèbre poète Henri Heine. Parmi ces documents, il en est quelques-uns dont la publicité pourrait être regrettable, d'autres offriraient sans doute un certain intérêt historique et littéraire.
Le paquet scellé est déposé chez M. de Metternich. Un manuscrit inédit est intitulé : Napoléon III. Il paraîtrait, dit M. de Gramont, être composé dans un mauvais esprit.
Ces manuscrits comprenaient en outre : Soixante-sept poèmes contre le roi de Prusse, et la correspondance de Heine avec Thiers, Guîzot, Michel Chevalier (alors qu'il était Saint-Simonien), Michelet, la princesse Belgiojoso, Mignet, etc.
On avait d'abord proposé l'achat de ces manuscrits à M. de Beust. « L'intérêt de sa politique avec la Prusse ne permit pas l'acquisition de ces ouvrages. » Le paquet scellé était estimé 3o,ooo francs. En marge de la lettre de M. de Gramont, l'Empereur mit ce mot : Refus. N.
J'arrive à cette Vie de César qui fut non-seulement le rêve littéraire de Napoléon III, mais même celui de Napoléon I er . On peut lire, en effet, dans les Mémoires de M. Rœderer (tome III, p. 428, 4 février 1802) cette conversation avec Bonaparte :
Le Premier Consul m'a dit pendant le dîner qu'il voudrait bien écrire cinq ou six chapitres d'histoire ancienne :
« Je prouverais, dit-il, que César n'a jamais voulu se faire roi, qu'il n'a pas été tué pour avoir voulu rétablir Tordre civil par la réunion de tous les partis. Il a été tué dans le Sénat, où il avait placé un grand nombre de ses ennemis, c'est-à-dire plus de quarante amis de Pompée. C'est par eux qu'il a péri. »
Louis-Napoléon, glorifiant César, eut pour collaborateurs, non-seulement les savants français, mais les savants allemands qui humiliaient volontiers leur érudition teutonne devant Sa Majesté. Les Papiers ées Tuileries ont mis en lumière les lettres obséquieuses de Th. Mommsen, Heller, Zumpt, Ritschl, etc. Quant à la fameuse théorie des hommes providentiels dont on a fait si grand bruit au moment de l'apparition de ce livre, — dont Sainte-Beuve me disait : « Je suis assez courtisan pour n'en pas parler, et c'est tout ce que j'ai de bon à en dire, » — elle fut, non pas inventée par Tex-Empereur, mais empruntée tout au long à Hegel, le philosophe du fait accompli, le théoricien du succès et de la force, le maître des politiques par le fer et le sang, tels que le prince de Bismarck.
Hegel, dans son écrit Sur Jules César -el sur sa mission dans le monde, s'exprime ainsi qu'il suit. 11 est intéressant de montrer que Napoléon écrivain » comme Napoléon politique et socialiste, n'a rien inventé et tout .pastiché :
L'empire romain devint ainsi l'apanage d'un
seul. Ce changement important ne doit pas être regardé comme quelque chose d'accidentel; il avait sa raison d'être dans les circonstances, il était donc nécessaire, providentiel. La constitution démocratique ne pouvait plus être conservée à Rome ; tout au plus en pouvait-on maintenir les apparences seules. Cicéron attribue constamment aux hommes et à leurs passions, et notamment à César, la déchéance de la République. Il ne lui vient pas à ridée qu'il était impossible de la
- i7i sauver plus longtemps, et il ne cherche pour elle que des secours momentanés, des expédients; il ne s'est jamais rendu compte de la nature de l'État eo général et des conditions de l'État romain en particulier. Platon > au contraire, que Cieéron voulait cependant imiter, avait pleine conscience que l'Etat d'Athènes, tel qu'il lui apparaissait, ne pouvait durer» et il conçut, en conformité de ses vues, une constitution parfaite ou ce qu'il croyait être tel. Caton aussi dit, en parlant de César : « Maudites soient ses vertus, car elles ont amené la perte de ma patrie. »
Il se trompait. Ce ne fut pas l'avènement en apparence accidentel de César, ce fut plutôt la nécessité, en d'autres termes : la connexité inexorablement logique entre cause et effet, qui fit périr une forme politique qui avait fait son temps. Le principe de la politique romaine était arrivé, dans ses transformations successives, à être entièrement basé sur la domination au dehors, S'étant formé sous l'empire d'un tel principe abstrait, exclusif et vigoureusement constitué dans toutes ses conséquences, l'esprit ne pouvait se satisfaire dans une vie politique idéale. Absorbé dans cette tendance toute extérieure, il dut perdre de vue le but de conserver F État dans son intégrité, et les individus, placés aux premiers rangs, devinrent la chose principale, pendant que la masse des citoyens, ne trouvant plus aucune satisfaction intellectuelle dans la vie de l'État, lui devint étrangère. L'ensemble se décomposa en intérêts particuliers, Il est à remaj*-