‹ L'empire, les Bonaparte & la courChapitre 34 sur 59 · IJ · texte numérisé non relu

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quer que ces derniers ne prirent pas la même direction que chez les Grecs. En Grèce aussi, les intérêts généraux étaient entre les mains des individus eux-mêmes; mais ceux-ci vivaient d'une vie intérieure, et c'est ainsi qu'ils ont produit les grandes œuvres d'art dans la peinture, la plastique et la poésie, et poussé loin la culture de la science, et particulièrement de la philosophie. A Rome, au contraire, les produits artistiques étaient empruntés à la Grèce, aussi bien que les précepteurs des enfants; Rome, ainsi, ne possédait que la culture grecque.

Il était impossible que la République à Rome se maintînt plus longtemps. La liberté des sujets était transformée en passions effrénées de toute sorte, elle ne pouvait plus offrir aucun appui. Il ne pouvait plus être cherché que dans la volonté de fer d'un seul. Ce que de tels hommes font dans ces temps, est la justice suprême de l'Être souverain du monde, quoique cela soit destructif de ce qui est légal pour le moment. Au point de vue de l'histoire de l'humanité, César a donc fait le bien, il a fait ce qu'il fallait, il a accompli la transition, le mode de conservation qui était nécessaire ; il a concilié la contradiction qui existait entre les institutions et les hommes; il a établi entre eux des rapports plus en harmonie avec la nature des choses et de la situation.

L'Empire du monde n'avait jusqu'alors pénétré que jusqu'à la couronne des Alpes. César lui ouvrit un nouveau théâtre, celui qui devait être dans l'avenir le

- i 7 3 centre de l'histoire universelle. Ensuite, il s'est fait le souverain du monde par une lutte qui ne se décida pas à Rome seulement, mais par la conquête du monde romain tout entier. Car César se trouvait, il est vrai, en opposition avec la République, mais, au fond, avec son ombre seulement; car c'était là tout ce qui restait encore d'elle. Pompée et tous ceux qui • étaient du parti du Sénat, s'efforçaient de maintenir leur dignitas, leur auctoritas, leur domination personnelle, comme étant le pouvoir de la République. César a mis fin à ce son vide; il s'est élevé au rang du maître et a conquis par la force l'intégrité du monde romain sur les intérêts particuliers des individus et des classes privilégiées.

Nous voyons malgré cela que les hommes les plus éminents à Rome croient que la domination de César est purement fortuite et que la situation est liée à son individualité : ainsi pensent Cicéron et Caton, ainsi pensent Brutus et Cassius. Ils crurent qu'aussitôt ce seul homme écarté, la République reparaîtrait d'ellemême. Abusés par cette illusion mémorable, Brutus et Cassius, plus énergiques que Cicéron, tuèrent le même homme dont ils estimaient les vertus. Mais immédiatement après apparut cette vérité que l'État romain ne pouvait plus être dirigé que par un seul, et cette fois les Romains durent y croire. L'avènement d'Auguste et son pouvoir absolu le leur prouvèrent.

En« thèse générale, une révolution politique est comme .sanctionnée par le jugement des hommes si

— «74 — elle se répète. C'est ainsi que Napoléon a réussi deux tbis et a été vaincu deux fois; c'est ainsi que les Bourbons ont été expulsés Uérativement. En se reproduisant, un événement qui, d'abord, paraissait être simplement accidentel et possible, acquiert dç la, réalité et une confirmation définitive,

(Hegel, Philosophie et l'histoire, dans ses Œuvres, en allemand; tome IX, pages 3s 1 à 3?J.)

Dans Y Introduction , Hegel se prononce sur le même sujet et avec plus de torce encore. 11 est évident que cette question l'a vivement intéressé

... Ici se place essentiellement, dit-il, Jutes César, menacé de perdre la situation qui n'était peut-être pas encore la suprématie, mais qui était pour le moins

'égalité à côté dt% premiers dans l'État, et près de succomber devant eux au moment où ils s'apprêtaient à devenu ses ennemis. Ces ennemis, tout aussi préoccupés de leurs projets tt intérêts personnels que César Tétait des siens, avaient pour eux la consrtmion selon ses formes légales, et laf force que donne l'apparence du droit César combattit ahn de conserver sa position, son

onneur et sa sécurité, et la victoire qu'il remporta sur ses adversaires fut en même temps la conquête de l'empire du monde; il devint ainsi le souverain unique. Cette victoire, en première {ligne sans intérêt pour l'État, était, en dernière analysé, un fait néces-

- 17? saire pour l'histoire de Rome et pour l'histoire du monde. L'inspiration de lutter pour son avantage particulier fut dans César un instinct qui lui fit exécuter des choses pour lesquelles les temps étaient venus,

Ce sont là les grands hommes dans l'histoire, dont les projeta personnels contiennent simultanément l'essence de la volonté de l'Être dominateur de l'univers. C'est ce qui fait leur vraie force; les autres hommes en ont l'instinct à leur insu et sans le vouloir; ils sont poussés dans le sens des volontés de l'homme de génie et n'ont plus de force pour lui résister. Loin de là, ils se groupent autour de sa bannière : il leur montre et il met à exécution ce qui, à ce moment donné, constitue leur propre but imminent.

Si nous contemplons la destinée de ces hommes qui appartiennent à l'histoire universelle, nous reconnaissons qu'ils ont eu le bonheur d'être les gérants ou exécuteurs d'un dessein* qui était un échelon dans la marche progressive de l'esprit humain. En voyant la raison suprême, qui est en Dieu , se servir de ces instruments, nous pouvons appeler cela une ruse; car, en faisant exécuter par eux leurs propres desseins avec toute l'énergie de la passion, elle ne se maintient pas seulement dans toute son intégrité, mais elle amène aussi la réalisation de ses œuvres à Elle. Le plus souvent, les intérêts particuliers sont trop infimes en face jij l'intérêt général , éfernel ; leqr mission une foi:}

accomplie, les individus finissent parfois par être sacrifiés et abandonnés. (Ouv. cité, Introduction, pages 3i et 32.)

Je ne peux pas me défendre ici , écrivait le savant qui communiquait ces extraits à l'auteur de la Vie de César, d'une réflexion ou plutôt d'une protestation. Sur ce point capital, Hegel, nonobstant son admiration pour les hommes du destin, les rapetisse; il est aussi injuste envers eux qu'il l'est envers la Providence (autant du moins que l'injustice envers Elle est possible aux chétifs mortels), lorsqu'il parle de sa « ruse. » Ce blasphème est évidemment un triste fruit des tendances panthéistes du philosophe, qui s'en voit, d'ailleurs, sur-le-champ puni; car une pareille explication constitue une contradiction, une inconséquence flagrante à l'égard de ses propres doctrines.

Le réfuter exigerait des développements qui seraient ici un excès d'indiscrétion. Il en serait de même si je me laissais entraîner à défendre, l'histoire à la main, la cause de Jules César et de ses successeurs dans la suite des siècles. Il suffit de rappeler cette brève interrogation, adressée à son retour d'Egypte, bientôt suivi du 1 8 brumaire, par le général Bonaparte au Directoire : « Qu'avez- vous fait de la France? » Elle est un plaidoyer plus éloquent pour qui le sait comprendre que ne pourraient l'être tous mes arguments. Non, ce n'est pas à leur insu, ce n'est pas malgré eux, ce n'est pas à titre d'aveugles instruments que les Césars

~ 177 servent l'humanité, en ne croyant servir que leur ambition. Ils ont bien la conscience que celle-ci s'identifie avec le salut public. C'est dans ce sentiment même qu'ils puisent le courage de leurs entreprises, et, bien loin de ruser avec eux, Dieu, sans cette conviction, leur refuserait la victoire.

Borchard.

Ailleurs encore, Hegel revient à l'empereur Napoléon I er dans les termes suivants :

Le pouvoir suprême appartenait à cinq personnes qui formaient une unité morale, mais non véritablement individuelle, ainsi que l'exige la nature même de la puissance politique. Alors se replaça de nouveau une volonté unique au sommet de l'État dans la personne de Napoléon : il savait régner et en vint promptement à bout à l'intérieur. Puis il s'est tourné vers l'extérieur avec toute la force énorme de son caractère, il a subjugué l'Europe entière et répandu partout ses institutions libérales. Jamais des victoires plus remplies de génie n'ont été remportées, et jamais des guerres n'ont été conduites avec plus de génie. [Ouv. cité, page 443.)

Tout rinstitut, ou à. peu près, tous les antiquaires de France avaient pris part à ce livre de la Vie de César qui attirait tant de flatteries à son auteur. Ouvrage en collaboration, sorte de compilation archéologique, et qui devait mener, les courtisans le] souhaitaient, l'Empereur

- i 7 8 à l'Académie*. Mais, pour connaître de plus près l'Institut, ou pour n'être pas embarrassé lorsque, dans la conversation courante, arrivait un nom de lettré, on avait, aux Tuileries, voulu apprécier l'esprit et lés oeuvres des académiciens,

Un petit livre avait été spécialement écrit (par Sainte- Beuve, peut-$tre, je ne serais pas éloigné de le croire) où se trouvaient caractérisés malignement les immortels du Pont-des-Arts. Que de coups de griffes pour ceux qui boudaient l'Empire!

Ce sont de petits camées à l'emporte-pièce.

Ampère. — Il voyage constamment. Il touche néanmoins la moitié <f» traitement attaché à sa chaire du Collège de France. Il reçoit en outre un traitement à l'Académie française et Findemnité accordée comme membre de la commission du Dictionnaire. Il ne se croit pas moins autorisé à profiter des loisirs pensionnés qu'on lui laisse loin de Paris pour rédiger, au profit de la Revue des Deux-Mondes y des articles ofc il s'escrime contre les institutions impériales.

Auber. — Son nom suffit à sa gloire. C'est le dernier et le plus illustre représentant de la musique française.

Barànte (de). — Ne vient à l'Académie que pour les élections. Il manifeste en toute occasion beaucoup d'acrimonie.

Perryer. — Tous les votçs de M. Perrjrer sont des votes politiques,

Berlioz. — Il se distingue à la fois pur la finesse et là malveillance de son esprit. A l'habitude de dénigrer tops ses confrères qui le redoutent et ne l'aiment pas.

V. Cousin. — Le budget de l'État continue généreusement d'adoucir les prétendues rigueurs que M. Cousin s'impose. Il ne parait pas cependant s'en apercevoir. Il n'est pas de discussion à l'Académie qu'il ne s'efforce d'entraîner sur le terrain de la politique haineuse. Ses confrères ne savent à qui donner la palme, de lui ou de M. Villemain. Chevrëul. — Sa manie est d'écrire. Il met une forme déplorable au service de la plus vaste érudition. Il a en ce moment dans son portefeuille un article curieux où, rappelant la vertu dormitive de Molière, il examine les théories contemporaines du même genre. Très honoré, très zélé.

Carafa. ■=- Caractère difficile, ombrageux, mécontent.

Clapisson. — Possède une collection très curieuse et très considérable d'anciens instruments de musique. C'est un homme peu distingué qui a plus de vanité que d'esprit.

Eug. Delacroix. — Chef d'école coloriste, dévoué au gouvernement actuel.

Empis. •— Vote avec le parti littéraire.

FlOurens. — Sensible, affectueux, il aime bien qu'on le gâte.

H. Flandrin. — C'est un homme modeste, tout à fait dévoué à Tordre de choses actuel*

DigitizBd by

Guigniaut. — Sentencieux 4 .

Ingres. — Dévoué.

Stanislas Julien. — Manque de résolution.

Laprade (de). — Auteur de poésies mystiques et nébuleuses 2 .

Legouvé. — Il n'est pas heureux depuis quelque temps au théâtre (les Doigts de fée). Vote avec le parti ultra-littéraire.

Laboulaye. — Il croit à son rôle politique et s'escrime à en remplir les devoirs.

Ph. Le Bas. — Il est personnellement connu de l'Empereur depuis longues années. Il est bien embarrassé aujourd'hui de ses théories politiques.

Littré. — Médecin. Esprit vif, mais bizarre et troublé par les plus singulières théories de Técole humanitaire.

Laugier. — Gendre de M. Mathieu et par conséquent se rattache aux malheureuses traditions Arago.

Mignet. — Emporté par des passions politiques.

Maury. — Ses tendances politiques ne sont pas beaucoup meilleures que ses doctrines philosophiques.

Mohl. — Mauvais esprit d'opposition hargneuse et systématique.

Mathieu. — Travaille peu, âgé, boudeur.

Michelet. — Les dernières publications de M. Michelet, V Oiseau et V Insecte , donnent la mesure

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