Parce qu'il est opposant
— i8i ^ des étranges dispositions de son esprit; la femme de M. Michelet prend part , dit-on, à ces travaux qui sont de véritables hallucinations du talent *.
Nisard. — Sans fortune.
Le duc Pasquier. — Malade, ses amis lui demandaient de venir prendre part au dernier scrutin académique qui devait pourvoir au remplacement de Musset et Briffaut; le duc a répondu qu'aussi malade, il ne voulait pas, pour le plaisir Remplir un fauteuil , s'exposer à vider le sien.
M. Picot. — Talent correct, distingué, mais un peu froid. Dévoué à la cause de Tordre.
Renan. — S'engage dans une voie dangereuse. Il paraît disposé à prendre l'attitude d'un chef d'école et aimerait à se faire un rôle. Il est le conseil de la Revue germanique nouvellement créée, et qui essaie de remettre en honneur le matérialisme allemand.
Robert Fleury. — Artiste consciencieux, d'une grande susceptibilité; dévoué au gouvernement.
Sacy (de). — Paisible, mais faible; il se laisse aller aux influences qui l'entourent. Entre les nécessités que lui impose sa situation politique aux Débats et la réserve que lui commandent des fonctions publiques, il se sauve par un système de compensation qui ne trompe personne.
i. On s'aperçoit que l'illustre historien, M. Michelet, est un ennemi.
Saint- M arc Girardin. — A fait ses preuves dans la guerre des allusions.
Sainte-Beuve. — Travaille sans relâche; il a une grande autorité littéraire. C'est l'un des hommes que l'opposition académique regrette le plus amèrement de voir acquis au gouvernement. Il a rendu déjà des services et peut en rendre de sérieux.
Sandeau. — Appartient tout entier aux lettres. S'est toujours montré reconnaissant de la modeste position qui lui a été faite en 1 85 3 à la bibliothèque Mazarine.
Tiiiers. — Ne vient jamais aux séances.
Viennet. — Les tragédies de M. Viennet ne sortent plus de son portefeuille.
Vigny (de). — Il renoncé au public et se contente, dit-il , de bercer l'idéal en lui-même.
Velpeau. — Esprit mobile. Cherche volontiers la contradiction.
Villemain. — A érigé l'opposition académique en une science. Quand il n'a pas la parole, ses gestes et ses poses tiennent l'assistance au courant de ses impressions. Depuis l'Empire, M. Villemain n'a poursuivi dans ses travaux que la satisfaction de son animosité. Il a abandonné pour là polémique les études qui étaient autrefois son honneur. Ses Souvenirs contemporains ne sont qu'une diatribe tourmentée du premier Empire.
Devant les noms de Lamartine et de Victor Hugo, le petit livre laissait une page blanche.
Quant à Musset, il était mort.
C'est au sortir d'une représentation de : On ne badine pas avec l'amour, que l'Empereur, ignorant la mort de Fauteur, disait à M. Régnier, de la Comédie-Française :
— Pourquoi M. de Musset ne vous donne-t-il plus rien?
\ Au milieu de ces lettres de courtisans, de flatteurs, d'écrivains vendus , il est consolant de rencontrer un homme. Qui? M. Francis Monnier, le premier précepteur du Prince Impérial. On sait que celui-là fut, comme trop sévère, trop libre penseur, battu en brèche par l'Impératrice. Lorsque M. Monnier sortit des Tuileries, Napoléon, lui proposa une place ou de l'argent.
Le professeur répondit :
Quant à la pension, Sire, que Votre Majesté
veut bien m'offrir, Votre Majesté se rappelle sans doute qu'Elle a eu la bonté de me faire la même offre il y a deux mois et demi. Qu'Elle me permette de lui faire la même réponse en la remerciant de nouveau de ses bontés. Si je n'accepte pas, Sire, c'est que, comme j'ai eu l'honneur de le dire à Votre Majesté, je compte reprendre d'ici à un an du service dans l'Université, et que, par conséquent, je serai à l'abri de tout besoin. La seule récompense que je demande à Votre Majesté, c'est de parler quelquefois de moi au Prince, c'est
qu'il ne souffre pas qu'en sa présence on dise jamais aucun mal d'un homme qui n'a eu d'autre ambition que celle de le voir devenir un grand homme; d'un homme qui ne regrette ni les richesses ni les grandeurs, mais qui le regrette, lui , pour lui-même, pour le désir de lui être utile et parce qu'il Ta vu tout petit ; d'un homme enfin qui l'aime malgré tout et qui l'aimera toujours.
Francis Monnier.
Bellevue, ce 2 3 septembre 1867.
Louis-Napoléon Bonaparte dut être étonné de cette fierté. Il n'y était pas accoutumé. Peut-être même la contenance de l'homme qui partait dut-elle lui faire trouver plus triste l'attitude de ceux qui restaient.
On doit être amer quand on est César.
A M. Monnier succéda M. Filon, élégant, enjoué, facile, l'auteur de cette dépêche de la dernière heure, datée du 4 septembre :
Filons Belgique.
Filon '.
Je préfère la lettre de M. Monnier.
1 . C'est là le texte exact de la dépêche. Les Papiers des Tuileries disent par erreur : Filons sur Belgique.
L'Étiquette. — Les Costumes. — Dernières années.