AUTE-VIENNE
M. Boby de la Chapelle , préfet.
Janvier 1860.
Propriétaires foncier*. — Les propriétaires fon* ciers, particulièrement ceux qui habitent sur leurs terres, sont généralement attachés à l'Empire; ils sont avec les cultivateurs les plus solides appuis du gouvernement. Il n'y a d'exception que parmi les légitimistes, du reste, en petit nombre, et pour un groupe
assez restreint appartenant aux professions libérales et au commerce, qui professent des idées républicaines et surtout orléanistes.
Industriels. — Ont pour la plupart des idées très sages ; ils n'ont presque pas souffert, sauf les maîtres de forges, des traités de commerce; le gouvernement de l'Empereur a leurs sympathies. Cependant, parmi les fabricants de porcelaines de Limoges, il y a quel* ques républicains, mais aucun n'est dangereux.
Commerce. — Il s'y trouve, particulièrement à Limoges, un certain nombre d'orléanistes, mais ils manifestent peu leur opinion; il y a aussi quelques républicains. La majorité cependant paraît animée d'un bon esprit.
Classes ouvrières. — Sont républicaines; à Limoges surtout elles ont les opinions les plus subversives et sont prêtes à prendre les armes au premier signal qui leur viendrait de Paris ; les ouvriers porcelainiers se distinguent notamment par leur çxaltation.
Clergé. — Comme ailleurs, peu sympathique au gouvernement, mais il se montre très réservé et il suit en cela l'exemple de son évéque ; il a du reste peu d'influence.
Magistrature. — Serait assez dans les idées orléanistes, mais les deux chefs de la cour étant nettement dévoués à l'Empereur, la maintiennent dans une voie satisfaisante.
Professions libérales. — C'est dans cette classe que se trouvent les orléanistes et les républicains : dans
toutes les élections, ce sont eux qui dirigent Topposition*
Conseil général. — Sur vingt-sept conseillers, vingt sont dévoués, sept sont un peu moins sûrs, deux ont des idées libérales assez avancées, tout en se disant ég&lemeqt attachés au gouvernement; deux enfin appartiennent atr parti légitimiste, l'un plus nettement que l'autre. Un seul est orléaniste.
Conseils municipaux. — A Limoges, le Conseil comprend un tiers de ses membres dévoués, une dizaine de républicains; le reste se compose d'hommes à idées libérales quj, tout en voulant le maintien delà forme du gouvernement, se laissent influencer par les journaux de l'opposition, mais sont détachés de la fraction républicaine qui avait aidé à leur élection.
A Bellac, assez grand nombre d'orléanistes ; mais le maire forme autour de lui une majorité gouvernementale.
Partis politiques. — Le parti républicain comprend tous les ouvriers de Limoges presque sans exception, la plupart des ouvriers des fabriques situées sur divers points du département, et de plus, des individus isolés dans toutes les classes de la société et dans presque toutes les communes du département. On croit pouvoir l'évaluer de vingt à vingt-cinq mille. Dangereux ou non, tous ont une haine profonde contre ceux qui possèdent.
Bac était leur chef. Us paraissent se rallier autour de M. Chamiot, avocat à Limoges, ex-commissaire de
- 24* - 1848, capable, mais faible, et obéissant à une passion qui le pousse au-delà de ses propres opinions. Les autres chefs sont Allègre^ avocat, ex-procureur général (1848); Venassier, pharmacien, conseiller municipal des plus exaltés ; Bourdeau, idem ; Sangles, idem ; Barbe, ouvrier porcelainier, idem; Villoutreix, ouvrier tisserand, idem ; Baradon, ex-interné; Boiron, idem, etc.; tous de Limoges, où se trouve le foyer des mauvaises passions.
Le parti légitimiste a pour chef M. de Léobardy, sans influence aucune.
Quant au parti orléaniste, il a d'assez nombreux adhérents dans les professions libérales et le commerce à Limoges, et dans d'autres petites villes du département ; mais il reste en dehors du mouvement politique général et il ne s'est jamais dessiné qu'à Bellac, où il a pour chef MM. Destermes, ex-maire et conseiller général, et Charreyron, avoué. Leur influence assez grande aurait dû être combattue plus énergiquement, et trouvé actuellement dans le nouveau maire une résistance habile et réussie, ce que Ton croyait impossible.
Moyens d'action. — On n'attend que Pappel aux armes; mais rien n'est constitué, en vue d'éventualités, que dans les fabriques de porcelaine. Là, l'organisation date d'avant i83o; les chefs porcelainiers sont en rapports permanents avec Paris, soit par correspondances, soit par émissaires. L'action de Paris y est toute-puissante.
Questions économiques ou politiques.— i° Plaintes sur la situation agricole, attribuée à la suppression de l'échelle mobile, et demandes tendant au rétablissement des traités protecteurs. Les réclamants forment la partie la plus nombreuse et la plus intéressante par son dévouement à l'Empire. 2 Suppression de la taxe de la boulangerie. S'il y a eu concurrence à Limoges et baisse du prix du pain au dessous de la taxe, ailleurs le pain est constamment au dessus de la taxe officielle. Ce sont les hommes les plus attachés au gouvernement qui se plaignent le plus haut. 3° Complément du réseau des chemins de fer. On se plaint du délaissement qui résulterait des projets éloignant les tracés à plus de 40 kilomètres de Limoges.
Presse unique. — Le Courrier du Centre, dévoué.
Lettre de Canrobert à propos de sa démission devant Sébastopol.