ARMÉE D'ORIENT. — CABINET DU GENERAL COMMANDANT EN CHEF
Au quartier général, 22 mai i855.
Mon cher monsieur Mocquard,
Les Anglais, avec lesquels j'ai été assez heureux
pour conserver, dans l'intérêt de notre Empereur et
du pays, les meilleures relations, étaient, depuis près
de deux mois, en désaccord avec moi sur les opérations
du siège autant que sur les opérations extérieures contre l'ennemi : leur non-coopération venait tout récemment d'arrêter l'exécution d'une des importantes parties du beau plan de campagne de Sa Majesté ! L'ordre que j'avais dû donner de foire rentrer l'expédition de Kertch les avait singulièrement froissés; pour eux, j'étais devenu un obstacle; il y avait là un danger pour le service de mon souverain; j'ai dû m'effacer et rester comme bras au milieu d'une armée dont j'avais été la tête et qui n'a cessé de me combler de marques d'une confiance et d'une affection telles que je ne pense pas qu'il s'en compte beaucoup d'exemples dans l'histoire!
On n'a pu comprendre ici que des deux généraux en chef anglais et français, ce fût le dernier qui se retirât l ! I
Mon acte va paraître absurde et un aveu d'impuissance aux uns; aux autres il semblera sublime! C'est tout simplement l'acte d'un soldat dévoué à son Empereur et à son pays qui sait placer leurs intérêts avant les siens propres.
Tout à vous de cœur,
Général Canrobert.
Je suis un peu fatigué, mais pas assez pour ne pas traverser la campagne à la plus grande gloire de nos armes.
Soyez assez bon pour me donner des nouvelles de la santé de l'Empereur et de l'Impératrice.