La Villestreux à HousUer, 20 oct
Roi, il se dirigea sur Vienne, où Nubar, en passant, obtint l'adhésion de Beust à la proposition
anglaise. De là on gagna Berlin, puis Paris. Le Khédive avait été reçu partout brillamment, et à Paris n yalement. Un huissier des Tuileries raniionça même un jour : a Sa Majesté le Roi d Egypte! » L Impératrice promit de se rendre à l'inauguration comme avaient déjà fait l'Ëmpereur d'Autriche et le prince héritier d'Allemagne. INubar mit à protit ces gracieuses dispositions. Comment refuser quelque chose à l'hôte aimable, généreux, fêté? 11 obtint donc que la France n'opposerait plus son veto à la réu- ^ nion d'une commission internationale à. Alexandrie. La Valette exigeait, il est vrai, que cette commission prît pour programme le rapport de celle instituée par Moustier, mais Nubar s'agita, vit tous les ambassadeurs, arraclia à La Valette l'abandon de cette condition et la faculté pour chaque puissance de proposer ce qui lui parai* trait répondre à l'intérêt commun. Nubar avait don'c un premier résultat. Il s'occupa aussitôt de l'organisation de la Commission internationale, sans se laisser détourner par la tempête qui, de la Porte, fondit tout à coup sur la tête de son maître.
Tout progrès de l'Égypte offusquait les fonctionnaires de Constantinople. Mohammed-Ali,
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avant en 1839 ouvert un canal entre Alexandrie, son port uuique, et le Nil, alio que les produits à exporter ne fussent plus exposés aux risqnes des passes de Rosette, la Porte expédia nn commissaire pour Tempécher. Heureusement, il n'y avait alors nî télégraphe ni vapeur, et le fonctionnaire, en arii\ant, tron\a le canal terminé et baptisé^ du nom du Sultan, Malimoudié. En 1850, lorsque Abbas voulut faire le chemin de fer d'Alexandrie à Suez, la Porte s'opposa encore et allait réussir à Tempècher avec le concours de la France si l'Angleterre n'avait pris le parti de l'Egypte. De même le Canal de Suez, contre lequel, cette fois, TAugleterre s'était prononcée, n'aurait jamais été autorisé par le Sultan si le Khédive n'avait eu le soiilien de la France. Cette disposition de la Porte ne naissait pas seulement d'un sentiment de jalousie mesquine qui ne veut point perniellre chez un subordonné le développement de prospérité dont on est incapable chez soi. Elle voyait dans chacun de ces progrès, accomplis sans son consentement, une tentative d'échapper au vasselage et d'arriver à l'indépendance. Les allées et venues de Nubar en faveur de la réforme judiciaire, les allures triomphales du khédive, les armements, les emprunts lui donnèrent de rombrage. A Tidée que TÉgypte pourrait se séparer de la Turquie, le sage et modéré Ali lui-même perdait tout sang-froid, et se laissait aller envers Ismail à des violences de langage qui n'étaient pas dans ses habitudes. Ses soup-
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çons étaient envenimés par la cabale groupée autour de Mustapha, le frère d'Ismaïl, dépossédé de la succession.
Le Sultan lui-même se montrait fort courroucé. Au dire de Bourée, écho des récits du palais, il avait contre Ismaïl un ressentiment personnel intime. Lorsque le Khédive était venu en 1866 lui demander le changement de Tordre de succession, il était, ainsi que son ministre Fuad, décidé à le lui refuser. Mais ayant rencontré dans son harem une fille d'Ismaïl, il s'en éprit éperdument et notifia à Fuad sa volonté de l'épouser et d'accorder à Ismaïl l'hérédité directe. Fuad résista en vain; le Khédive eut ce qu'il désirait. Cependant la passion du Sultan s'était évaporée; il avait renoncé à son mariage, et il ne lui restait de son aventure amoureuse que le regret de n'avoir pas écouté Fuad. Il s'exaspéra jusqu'à la fureur lorsque Ismaïl, au lieu d'atténuer par des démonstrations de gratitude les reproches que le souverain s'adressait à lui-même, lui rappela la gravité de son erreur par des exigences nouvelles. La réception de Paris acheva de le mettre hors de lui. Il ordonna à Aali de protester par une lettre aux agents de la Porte contre les façons souveraines du Khédive.
Cette objurgation trouva Ismaïl aux Eaux- Bonnes. Le ministre français lui conseilla de se montrer conciliant et le ministre anglais de s'arrêter à Constantinople, en rentrant en Égypte. Il n'écouta ni l'un ni l'autre : « Aali ne manque-
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rait pas. dit-il, do me ménager des humiliations que ma dignilé m'eût fait un devoir de relever. » Et il rentra directement en Égypte.
A son arrivée il reçut une autre leitro plus sévère, qui le blâmait de s'arroger le droit d'inyiter les souverains indépendants à Touyer* ture du (lanal, n'étant pas lui-même un souverain indépendant, et d avoir ainsi entrepris sur les droits du Sultan. Elle lui rappelait que TEg^pto ne dillère pas des autres pru\ inces et que son administration ne peut entretenir des relations officielles directes avec les puissances étrangères; elle lui reprochait le retrait de ses troupes pendant l'expédition de Crète, son invitation au roi des Hellènes. Les voyages conti* nuels en liurope de son ministre des Atlaires étrangères, pour obtenir le changement des traités avec la Porte, constituaient autant de faits attentatoires à la suzeraineté que la Sublime Porte ne saurait plus tolérer. Elle condamnait les dépenses incalculables occasionnées par les commandes de vaisseaux cuirassés, armes à feu, etc., qui soumettent les habitants de TEgypte à des charges bien au-dessus de leurs moyens; le souverain légitime ne saurait plus longtemps permettre que le peuple supporte le fardeau de pareilles dépenses; le grand vizir réclamait des explications catégoriques sur ces divers faits ^
Le Khédive, très irrité des rudesses d'un