‹ L'empire libéralChapitre 22 sur 99 · I. Schreioer à Beust, 7 octobre · texte numérisé non relu

I. Schreioer à Beust, 7 octobre

LA RBPORBIE JUDICIAIRE.

officieuse verbalement accordée ^ Aali contesta

qu'une comniuiiication verbale ne fût i\noffi' cieusej les communications, même verbales, ont un caractère officiel : il était à la limite des concessions; il se retirerait plutôt que d'en conseiller une de plus au Sultan.

Tel était le point aigu auquel arrivait le différend quand l'empereur d'Autriche, le |>rince royal de Prusse et l'impératrice Eugénie vinrent à Constantinople saluer le suzerain avant de répondre à l'invitation du vassal. Leur réception (ut brillante, celle de Tlmpératrice particulièment. On vit pour la première fois un Commandeur des croyants donner publiquement le bras^ à une femme. L'Impératrice, pleine de tact, ne prononça pas même le mot d'Ëgypte. Beust qui, avec Andrassy, accompagnait rrançois-.losepliy ne négligea pas Toccasion de se mêler de quelque chose et de se donner de l'importance : il détourna Aali du projet, qu'il n'avait d'ailleurs pas conçu, de retirer le lirmaii de 1841 : il y avait quelque chose de beaucoup plus simple à faire, c'était de l'interpréter impérativement par un autre lirman. Nonobstant ses protestations de n'agir qu'avec la France, c'est en dehorsd'elle que Beust suggérait celle conduite. Iluurée jugea le conseil mauvais, et s eiïorça d'empécher les Turcs de le suivre, mais l'air d'autorité que leur donnerait un firman inlerprélalif les séduisit et ils se rangèrent à l'avis de Beusl^

i. De la Tour d'Auvergne» le 6 uovcinbi c 1559.

T. Sll.

L'inauguration du Canal de Suez eut lieu du 17 au 20 novembre 1869. Cent trente-cinq navires, en téte desquels marchait YAtyle, monté par l'Impératrice, puis les vaisseaux de l'empereur d'Autriche, du prince royal de Prusse, du prince des Pays-Bas, et de tous les ambassadeurs de Constantinople, Prockesch, Elliot, Ignatiew, sauf Bourée resté à son poste par ordre de l'Empereur afin de parer aux coups de tête de la Porte, traversèrent le canal en seize heures. L'œuvre grandiose de Lesseps, qui était aussi celle de la France et d'Ismaii, était glorieusement terminée.

Ismaïl n'avait reculé devant aucun sacrifice pour donner à sa réception un caractère étourdissant. Il avait fait sortir en quelque sorte du sol des allées d'arbres, un théâtre, commandé à Verdi l'opéra à' Aida, logé, nourri, gorgé des milliers et des milliers d'invités, dépensé, disait-on, plus de cinquante millions, et apparu comme un vrai kalife des Mille et une Nuits, éblouissant l'Europe par ses fantastiques magnificences, tandis que le Sultan, renfermé dans son harem à Constantinople, ne semblait plus dans le lointain que l'ombre d'une souveraineté évanouie. Il eût été facile au Commandeur des croyants de raccourcir toute cette gran- ,deur d'apparat : il n'avait qu'à arriver et, devant

LA REFORME JUDICIAIRE

toute l'Europe convoquée, le Khédive n'eût plu»

été à ses pieds qu'un serviteur prosterné. Mais Sa Hautesse n'aimait pas à soutirir; depuis le violent mal de mer de son voyage de 1867, elle avait juré de ne plus affronter le perfide élément. Et le Khédive brilla tout à son aise.

Mais tandis qu'il recevait les hommages de l'Europe, un petit firman lui apporlail de (lonstantinople une note amére. C'était le iirman interprétatif conseillé par Beust et que Bourée n'avait pu empêcher : « Suivant les conditions fondamentales qui servent de bases à l'administration actuelle de l'Egypte, tous les impôts et redevances doivent être répartis et perçus en mon nom. Je ne saurais donc consentir en aucune manière & ce que les sommes provenant de ces dépôts soient employées autrement qu aux besoins réels du pays ni à ce que ses habitants soient chargés de nouveaux impôts sans une nécessité léiïitime et reconnue. Ma volonté absolue est donc que tes soins et ton zèle les plus incessants soient dirigés vers ces deux importants sujets, aussi bien que sur la nécessité que mes sujets d'Égypte soient toujours traités avec justice et équité. De même, les emprunts étrangers engageant pour de longues années les revenus du pays, je ne saurais admettre que, sans que tous les détails des raisons qui peuvent y faire recourir aient été soumis à mon gouvernement impérial, et sans que mon autorisation ait été préalablement obtenue, des sommes prélevées sur les revenu*

L'EMPUll:: LIBERAL.

il Egvpte soient affectées au senice d'un emprunt. Ma volonté est donc qu'en aucun temps il ne soit fait d'emprunt qu'après que la nécessité absolue d'y a>uir icc4)urs sera bien établie et mon autorisation préalable obtenue (27 novembre 1869). » Le 3 décembre débarqua à Alexandrie renvoyé du Sultan, Server Effendi, porteur de ce désagréable document. La colère dlsmaïl fut telle, qu'il parla de renvoyer le messager et «on message. Les consuls de France et d'Angleterre intervinrent, Nubar les soutint. L'envoyé fut reçu, le firman lu, non publiquément à la citadelle comme c'était Thabitude, mais dans une des salles du Palais, en quelque sorte à huis clos (10 décembre).

Ismaïl, grâce à Nubar, ne resta pas sous le coup de cette humiliation. La Commission européenne internationale pour la réforme judiciaire s'était réunie. Là le Khédive redevenait un personnage européen, un réformateur, qui •en remontrait encore à son suzerain. En effet l'œuvre réfui matrice s'était arlieininée vers une seconde étape de succès sans que les agitations politiques l'eussent un instant arrêtée. La Commission internationale cliargee de l'enquête commença ses travaux au milieu même des fêtes de l'inauguration et les continua sans relAche. Nubar avait conçu l'idée première d'un coup d'œil sùr, mais il ignorait le Droit et eût été incapable de mettre pratiquement sa conception sur pieds, s'il n'avait trouvé un auxiliaire expe- : rrimenté dans un homme du métier, unissant à

Digitizeo by v^oogle

LA REFORME JUDICIAIRE

iOl

une pratique consommée des allaires la science juridique, la lucidité de Tesprit, la fermeté du bon sens, Maunourv. Il le nomma secrétaire de la Commission, et, grâce à lui, les travaux se poursuivirent et arrivèrent à une solution. Le point capital, Tinstitution de tribunaux égypiieus, supprimant la juridiction consulaire et 8es abus, trouva des luiversaires inconciliables dans les représentants des préjugés de nos bureaux. Les délégués italiens, au contraire, la défendirent et furent secondés par ceux de TAngleterre qui habituellement ne se séparaient pas deux. L'Autricbieii iiésitait, votait tantôt avec l'un tantôt avec l'autre; rAllemand, le Russe,

r Am é ri ca i 1 1 approuva i t ' 1 1 1 .

Le tribunal unique adopté, Nubar déclara proprio motu que le Vice-Roi l'acceptait comme arbitre et régulateur des rapports de son gouvernement avec les Égyptiens, ses administrés ; que ceux-ci auraient le droit d'y porter leurs plaintes contre les fonctiouuaires, sans ingérence de sa parl,à condition que celle des consuls serait également écartée dans toute instance d'un étranger contre riulininistration égyptienne. Cette exclusion du corps consulaire souleva de fortes difficultés. Les membres légistes de la Conn])issîon la firent admettre avec ce seul tempérament qu'avis serait donné aux consuls lors de Texécution d'une sentence, pour qu'ils fussent présents s'ils le voulaie nt, le Tribunal passant outre au bout de vingt-quatre heures. La France demandait que les magistrats

Digitizeti Ly o

L'EMPIRE LiBiîIRAL.

à choisir fussent désignés par les difîérenls gouvernements intéressés. Nubar n'y consentit pas : les tribunaux étaient égyptiens, la justice devait être rendue au nom du Vice-Roi : le choix comme la nomination lui appartenait. Seule:ment il s'engageait à choisir les membres de la Cour d'appel paruii les magistratures des grandes puissances et ceux des tribunaux parmi les. magistratures des petits États, et de subor-* donner ces nominations à l'agrément du ministre de la Justice dont relèverait le juge choisi» Quand le rapport rédigé, voté à l'unanimité, fut porté par Nubar à Ismaïl au milieu d'une fête,, le Khédive lui dit tout joyeux : « Je n'osais pascroire à un pareil succès» c'est à toi que je le dois*. »

Tout n'était point terminé cependant; il restait à rédiger le Code unique destiné à être appliqué par le Tribinial unique et à obienir la sanction du Sultan et des puissances. Maunoury se chargea de la rédaction des codes et Nubar des pourparlers avec les puissances.

Cependant Ismaîl n'avait pas pris son parti du

firman du 27 novembre. 11 se montrait d'autant plus menaçant qu'il n'avait plus de raison de l'être. 11 avait réuni à Alexandrie, comme pour les avoir sous la main les anciens chefs de* l'insurrection crétoise; il procédait à des armements insolites^ faisait abattre et refaire le&

Page 1