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Récil de Le Bœuf

NÉGOCIATION £iNXK£ L'EMPEREUR ET £. OLLIVIER. 173

expédia Tordre qui arriva à neut heures et demie du soir. Rochefort partit immédiatement pour Palis, où il arriva le lendemain matin. Dans la soirée la nouvelle de son arrestation avait été apportée par un compagnon de route et coiuiuuniquée à une réunion électorale où il était attendu. Ce fut un formidable tapage. Le citoyen Laurier, dont les affaires n'étaient pas en hausse, s'éclipsa devant »< cet attentat au suffrage universel ». Ces démagogues sont divertissants. Sous peine d'attentat au suffrage universel, il faudrait donc ouvrir la porte d'une prison, même d'un bagne, à tout condamné dont on se serait avisé de poser la candidature quelque pari?

Le soir de son arrivée, Rochefort se rendit dans une réunion électorale. Il fut porté de bras en bras jusqua la tribune. Le sire avait aussi peu d'éloquence qu'il avait d'esprit; il bre-

duuilla, bafouilla, parla de sa fatigue et de son émotion, et il obtint plus d'acclamations délirantes que n'en avaient recueilli à la même place les véhémentes sorties de Gambétta. 11 en fut ainsi pendant toute lu période électorale. Un journal du temps résumait drôlement chacune de ces séances triofn|)luiles : a 11 paraît : Vive iiochetort! On lui passe un verre d'eau : Vive Rochefort ! U le boit : Vive Rochefort 1 U se mouche : Vive Hochefort! Il descend de la

tribune : Vive Rochefort! » Parfois un brave

te

se risquait à poser une question : « Pourquoi

Rochefort a-t-il assisté au convoi de la reine

Marie-Âmélie ? — Oh! c'est tout simple ! par ha^

sard,le convoi passait et je Tai suivi. ^ [Acclama^ tions; l'interrogateur est jeté à bas de la tribune.) Un autre jour, un autre dit : « Est-il vrai que le citoyen ait tenu sur les fonts baptismaux le petit-fils de Victor Hugo? » Il en convient, il a eu tort, mais lui-même a un fils qui n'a pas été baptisé et qui ne le sera jamais. <( A la porte! à' la porte! à bas le mouchard! » crie-t-on, et lindiscret questionneur n'a que le temps de dé^ guerpir.

Rien n'égala Tunique réunion contradictoire à laquelle se risqua le vénérable Carnot/ 11 faut Tentendre raconter par Rochefort lui-même : « J'entrai au moment uù Golfayru était à la tribune. Â peine eus-jë été aperçu que je fus salué par une immense acclamation. Le discoursde Colfavru (ancien transporté) fut interrompu plusieurs minutes, et comme il le reprenait en ces termes, pourtant on ne peut plus courtois : — « Je ne nie pas les grands services renduspar M. Rochefort à la démocratie, mais... » quelqu'un lui cria : — « Mais quoi?Qu'avez-vous à dire ? Nous ne laisserons pas insulter notre député, entendez-vous?» Le malheureux Colfavru fit en vain des efforts pour se disculper de toute pensée agressive. Enlevé de la tribune, il fut replongé tout déchiqueté dans les profondeur» de la foule. De sorte que, de cette réunion soidisant contradictoire, les électeurs commencèrent par supprimer la contradiction, et que Carnet en fut pour ses frais de location et

d'éclairage. » Le thème de ces parades était l'outrage à TEmpereur, le mandat impératif

déserté par Gambetta, le refus de l'impôt, la dissolution de la Chambre. Rochefort fut élu par 18 051 voix» contre 13 000 à Hîppolyte Carnot et 2 000 à Frédéric Terme, le candidat de l'Empire. On fut étonné de la minorité considérable de Carnot. Néanmoins l'exaltation du triomphene connut pas de bornes. Cris, danses, chants, vivats ; une femme du peuple en cheveux s'écria ti II est nommé, enfin! le peuple va être ua peu heureux! » Oh! divin Platon, comme on. s'explique ton mépris de la stupidité démocratique.

Arago était nommé malgré les efforts de Jules Simon en faveur de ses deux amis, Hérold et Lavertu jon. Crémieux l'emportait sur Pouyer- Quertier, qui réunissait 3 000 voix de moins que moi. Glais-Bizoin, malgré l'éloquence de son concurrent Allou, arrivait en tête du ballottageet son élection était assurée au second tour. Paris se déclarait une seconde fois républicain.

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