Séance du 9 décembre
ensemble les candidats aux bureaux. Schneider
étant mis hors de cause pour la présidence, il s'agissait des vice-présidents. Beaucoup de nos amis hésitaient à se rendre à la réunion, redoutant qu'on ne leur imposât Jérôme David; moi-même, je ne m'y serais pas rendu si j'avais supposé que ce nom pût être proposé. Mais une lettre publique de lui annonçant qu'il renonçait à toute candidature, m avait rassuré, et nous vînmes en nombre. Daru s'étant exclu, par son adhésion aux dissidents^ je fus d'acclamation élu président. On convint préalablement^ que chacun de nous s'engageait à porter les noms choisis, n'eussent-ils pas ses préférences, et que deux candidats seraient donnés à la Droite, et deux aux 1 16. On commençait à débattre les noms quand quelqu'un jeta en avant celui de Jérôme David. — a 11 ne veut pas être candidat! s'écrient nos amis. — Sans doute, fait le perfide, je l'ai écrit; cependant si mes amis Texigeiit, je surmonterai mes répugnances. » Les amis lexigent aussitôt, et le tour est fait. Nous avions été attirés dans une embuscade. Quelques uns des nôtres se levèrent bruyamment et sortirent. Je fus tenté de les imiter, mais j'aurais tout compromis d'une autre manière. J'étais pris ; il n'y avait qu'à ne pas me déconcerter. Je dépouillai sans broncher le scrutin qui donna la liste suivante : Talhouët, du Mirai, Jérôme David, Chevandier.
Les dissidents triomphèrent de ce résultat : sous ma présidence même, un nom détesté des
libéraux avait été élu. Ils crurent me tenir à merci, et crièrent partout que je désertais le . parti libéral. Puis ils coururent aux journaux demander qu on les appelât désormais le Centre gauche, pour les distinguer de moi qui n'étais plus un des 14 6, mais un allié de Jérôme David. Buffet, Plicliou, Lespéruty kolb-Bernard se firent ^ inscrire au nouveau groupe, auquel Daru avait déjà adhéré, et dont le nombre s'éleva ainsi de 21 à 37. D'autres encore ébranlés parlèrent de nous quitter. U n'y avait pas un moment à perdre pour arrêter la débâcle. Nous ne pouvions pas nous retirer de l'engagement que nous avions pris de mettre sur notre liste même Jérôme David. Nous le tînmes.
A la présidence, Schneider obtint loi voix; les intransigeants de Droite en comptèrent 53 sur le nom d'Alfred Le Roux, et les irréconciliables 37 sur celui de Cirévy. A la vice-présidence, Talhouët» porté sur toutes les listes» fut nommé avec 244 voix, Du Mirai avec 144, Chevandier, quoique exclu par le Centre gauche, avec 141 9 Jérôme David avec 137 grâce à notre concours. Daru en cul 98, lîufTet 75.
Aussitôt nous nous mimes en mesure de déjouer la manœuvre de nos anciens amis et de
marquer que notre fidélilc à notre parole n'impliquait pas Tabandon de nos idées libérales, en arrêtant avec les membres libéraux de la Droite un programme qui ne permettait plus aucune équivoque ^ Le 1'% le 2 et ii novembre, nous nous i. Séance du 1^ décembre 1869.
réunissions chez Josseau^ avocat distingué du barreau de Paris, sympathique à tous, et le programme suivant fut airété :
« Considérant que le devoir des représentants de la luiliou est de formuler les vœux de Topinion publique ; considérant qu'au premier rang parmi ces vœux se trouve Tapplication loyale du régime parlementaire, qui est la forme nécessaire du gouvernement du pays par le pays sous une monarchie; considérant que le régime parlementaire implique une presse et des élections libres, un ministère homogène et responsable, une majorité compacte autour de principes nettement déterminés et consentis; considérant que tout parti constitutionnel, sous le ré<:ime parlementaire, peut être soumis h 1 obligation d'appliquer son programme, dès que la majorité Ta adopté; les députés soussignés, sans entendre repousser de nouvelles reformes, quand la nécessité leur en sera démontrée, déclarent que, quant à présent, ils sont d'accord pour vouloir : A Textérieur, la paix; à l'intérieur, rabrogation de la loi de sûreté générale ; Tinterdiction du cumul pour les gros traitements; Fétude d'un syslèine de décentralisation, qui constitue, sur les bases les plus larges possibles, Tautonomie de la commune, du canton et du département, et, en attendant, le choix obligatoire des maires dans les conseils municipaux; une réforme électorale opérée avant le renouvellement du Corps législatif, ayant pour but notamment de déter-