A Pauizzi, 16 août
L*£MPmB LIBÉRAL.
accorder à la crainte ce que vous accordez à la
justice. » Si la première réforme électorale avait été plus longtemps ajournée, les ouvriers de Manchester et Liverpool se seraient portés en armes sur Londres et auraient assailli la royauté. Céder à une nécessité publique n'avilit un souverain que lorsqu'il cède sans bonne foi, avec Tan i( re-pensée de reprendre ce qu'il a paru concéder. L'Empereur ne méritera pas ce reproche. 11 a retardé, hésité, mais quand il s'est résolu, il s'est montré d'une irréprochable loyauté. Aucun souverain constitutionnel n'a respecté davantage la liberté de celui qu'il avait honoré de sa confiance. 11 n'est intervenu dans mes négociations que sur ma demande, avec discrétion et bienveillance, uniquement en vue de me faciliter ma tâche et non de la gêner par ses exigences personnelles. Et il a véritablement, de ce jour, mérité la gloire d'avoir, lui aussi, uni ce qu'on a cru souvent inconciliable, le principal et la liberté ^
Le journal le Français nous avait appris comment le Centre gauche accueillait le mandat que l'Empereur m'avait donné. Un de ses adeptes les mieux informés, bien qu'il ne fût plus député, Lambrecht, nous apprend comment
1. ^erva Cwmr rcs olUn dissocîabiles miscuerit principatum et libertatem, 1 agite, Agricola, 3.
ce groupe apprécia la formation de mon ministère : a L'opinion a forcé l'Empereur à donner entrée à Butret, Daru et Taibouët. Oiiivier se trouve par là relégué au second plan, ou, du moins, il est contenu par la présence de ses trois collègues. Je crois que nous devons nous réjouir de cet événement, et reprendre la confiance qui nous a parfois abandonnés*, w V Univers^ d'accord pour une fois avec le FrançaUj faisait chorus à ce contentement intime : « Le nouveau Cabinet offre entre autres avantages celui de ne pas laisser libre carrière à M. Émile Oiiivier. Sauf M. Maurice Richard, les hommes que le député du Var s'est donné, bon gré mal gré, pour collègues, ont de vieux services ou une importance personnelle qui les soustraient à son influence. C'est une garantie. »
Daru, en effet, avait été choisi (car Buffet ne se serait pas prêté à ce rôle) pour me reléguer au second plan. La détiancc qu'on me manifestait ainsi ne tenait pas à une antipathie personnelle. Je ne l'aurais pas méritée et aucun de mes collègues ne l'éprouvait. Ce qui les inquiétait, ce n'était pas non plus ce qu'on a dit de ma mobilité, de ma facilité à me laisser emporter par rentliousiasme au delà de ce que je voulais et de ce. qu'exigeait la prudence politique. Plus que personne, ils savaient que depuis dix ans j étais immobile à la même place, comme un roc, et que le pouvoir ne m'en ferait pas plus