Félix Lambrechtf par Abel Desjahdins, p
L'EMPIRE UBÈRAU
sortir que Topposition. Ils avaient expérimenté que le tumulte des assemblées, qu'il se manifestât par des applaudisseiuents ou des murmures, loin de m'exciter, me calmait, et que je n'étais jamais plus maître de moi que quand les autres avaient cessé de Têtre d'eux-nu mes. Leur défiance tenait à deux causes : tous étaient loyalement dévoués au gouvernement dont ils acceptaieiil d'être les serviteurs, mais leur passé à tous était monarchique^ moi j'étais foncièrement républicain ; mon noble et charmant ami, Léon Galouye, qui était aussi celui de Gambetta, me disait souvent : Vous êtes le seul républicain que je connaisse. » Et si je m^étais entendu avec l'Empire, sur un contrat passé eu forme et signé, c'est parce que je considérais dans les circonstances actuelles, un Empire libéral et consiiluliunnel, comme la meilleure forme de la République. De plus, mes collègues étaient protectionnistes, j'étais 1ibre*échangiste ; ils étaient les ennemis irréconciliables de Tltalie, et malgré mon dissentiment sur Rome capitale, j*en restais Tami dévoué. Mais tout cela* si grave que ce fût, n'étuil en quelque sorte qu'accessoire. Ils avaient envers l'Empereur une involontaire défiance et point d'affection personnelle: j'avais confiance en lui, et sa personne m'inspirait plus que de la sympathie : ils présumaient donc que dans les cas douteux, je me placerais de son côté plutôt que du leur, et que je ne le livrerais pas à leurs exigences si elles devenaient excessives. f
J'avoue que dans la facilité avec laquelle je
me prêtai à subir ces préciiulions, il y avait plus de dédain que dhumilité. Je me sentais le plus fort. D'abord auprès de l'Empereur avec lequel il fallait toujours ( ompter, et qui, me rendant les sentiments que je lui témoignais, m'appartenait plus qu'à eux. Ensuite auprès de la majorité de la nation, qui connaissait mon nom, tandis que le leur, en dehors des salons, lui était absolument inconnu ; enfin auprès du Corps législatif, car iiialure le talent de plusieurs d'entre eux, par la nature de mon esprit et de mon humeur, par l'habitude de la lutte, j'étais appelé à me trouver plus souvent sur la brèche, tenant le drapeau en main; et c'est celui qui est le premier au combat que saluent comme chef ceux-là mêmes qui ont décidé qu'il serait le dernier. Ils pouvaient donc, ianl qu'il leur plairait, prétendre que j'étais admis comme par ^âce dans le ministère Daru-Bullet; j'étais sûr que le ministère du2 janvier serait le ministère d'Emile Ollivier. Du reste, tous ces procédés protocolaires, d'apparence blessants, disparurfnt si vite dans l'affabilité et la bonne grâce des rapports personnels, qu'en vérité j'aurais été trop susceptible si je les avais ressentis.
Il n'y a jamais eu, en effet, dans un gouvernement une réunion d'hommes plus dignes de
m L'EMPIRB LIBâRAL.
respect par le mérite et par le caractère que les
membres du ministère du 2 janvier. II n'en était aucun qui ne jouit de Tautorité morale et de la considération sociale que donnent Tinté* grité de la vie et rirréprocliablc correction de la conduite; aucun qui n'acceptât le pouvoir autrement que comme un sacrifice fait au pays et qui, dédaigneux des jouissances que les ambitieux en attendent, y cherchât autre chose que le travail et la lutte pour le bien ; aucun qui ne fût disposé à quitter sa charge avec plus d'empressement qu'il ne l'avait prise, et aucua qui voulût y rester un instant le jour où son programme de liberté serait compromis.
Dans ce Cabinet, les ministres militaires formaient une catégorie à part, puisque, choisis par l'Empereur, ils relevaient de lui seul et que je n'en étais pas responsable. On connaît déjà Le Bœuf. L'amiral Higault de GenouillyS destiné de bonne heure par son père, ingénieur de Manne, à la carrière maritime, y était entré en passant par l'École polytechnique. Son apprentissage terminé, il prit part avec distinction aux expéditions d'Alger et du Portugal, aux sièges d'Anvers et d'Ancone. En 1847, commandant la corvette la Victarieuse^ il naufragea dans l'archipel de Corée. Sa conduite, dans ce désastre, avait été si admirable que sa comparution devant le tribunal maritime chargé de le juger, selon les lois militaires, fut un véritable