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CHAPITRE Vlli

BILAN INTÉRIEUR DE L'EMPIRE A LA FIN DE 1869. — CRISE POLITIQUE. — CRISE RELI- GIEUSE. — CRISE ÉCONOMIQUE. — ÉTAT DE LA PRESSE ET DE L'OPINION.

La tache du ministère du 2 janvier était d^operer la liquidation de 1 Empire autoritaire. Il est donc nécessaire d'établir préalablement le

bilan intérieur et extérieur du régime auquel il succédait.

Il recueillait une administration préfectorale', linancière, judiciaire, supérieure à tout ce qui a existé et existera dans tous les temps et dans tous les pays : des fonctionnaires probes, instruits, expérimentés, dévoués à leur devoir et, sauf en de rares moments d'aberration électorale, se décidant par la pure équité, sans préoccupation de parti. Il n'y avait rien à amender dans ce mécanisme admirable ; il assurait à la liberté une assiette de force qui la mettait à rabri des soubresauts violents et des paniques; il n'y avait qu'à s'en servir sans le gâter.

Du côté politique, au contraire, notre héritage était détestable. Le régime autoritaire avait

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en quelques années dissipé la plus grande somme de crédit, que jamais gouvernement

ait obtenue d'un peupU . Tous les ressorts étaient usés et fonctionnaient mal; tout était devenu matière à caprices, les avertissements à la presse servaient autant à couvrir les débuts malheureux d'une comédienne, favorite du mi* nistre, qu'à protéger TEtat; les candidatures f>nicielles étaient une sorte de feuille de bénéiices qu'on distribuait entre des favoris, sans préoccupation de la valeur des candidats et des susceptibilités des popululions. « Le contraste de la faiblesse du ministèrCi depuis le retour aux pratiques parlementaires, avec le caractère arbili aire du répiinc de la i)resse, jetait un discrédit chaque jour plus prononcé sur le gouvernement, car on supporte peut-être plus aisément le despotisme entre les luuias de la force qu'entre celles de la faiblesse ^ »

Les hommes de valeur, qui n'auraient pas mieux demandé' (jue d'entrer loyalement dans le mécanisme constitutionnel, tels que Rrniusat, Audiffret-Pasquier, etc., avaient été inintelligemment et l)rulali'in(Mit écartés; le gouvernement, tournant de plus en plus à la Gérontocratie, nes^occupait pas de se rajeunir par de nouveaux

talents, et le seul moyen des jeunes ambitieux de sortir de leur obscurité et de se signaler à la faveur publique était l'exagération déclamatoire

d une opposition exti'éme. Les partis, divisés sur

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