En 1847, H était de 600 tonnes
2. 21 000 tonneaux de denrées exoUqnes, plus 16000 tonnes de jutes nous arrivaient des entrepôts anglais, tandis que 300000 tonneaux de ces denrées nous sont apportées direo tement par des navires au long cours, dont 273000 français.
avaient mis tous les accidents économiques ou politiques au débit du traité de Commerce, les
libre-échangistes mettaient a sua crédit les accidents favorables des saisons ou des événements, le développement naturel et inévitable de la richesse publique, les progrès de la science. Ainsi procède Tesprit humain : exagération contre exagération.
Intraitables contre ladéiioiiciuUon liu traité de Commerce, les libre-échangistes ne l'étaient pas moins sur les admissions temporaires : Vous signalez des fraudes, réprime/ Ub; ajoutez si vous le voulez au règlement de 1863 que les fers obtenus au bois ne pourront être compensés à la sortie avec des fers au coke, ui la fonte moulée avec du fer, mais ne revenez pas au régime suranné de ïidendçue. Voilà un constructeur de machines, un fabricant de rails établi sur le littoral : il demande Tautorisation d'importer en franchise une quantité de fer ou de fonte égale en poids à la machine ou aux rails qu'il veut réexporter, il peut sans inconvénient s'assujettir au système de l'identique, c'est-àdire employer le ferqu il importe en franchise, son usine n'étant pas éloignée du point de débarquement. Supposez ce constructeur au centre de la France; s'il doit se servir du fer, même imposé temporairement, le voilà grevé de frais de transports considéralilf's qui dévorent la plus grande partie de l'allégement qu il espérait de l'admission temporaire. Permettez-lui de revendre sur le littoral à un constructeur du lieu
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L*£HPIRE LIBÉRAL
et d'acheter du fer français : comme cette acquisition lui assure le bénéfice réalisé par la vente du fer étranger, il se trouve dans la même situation que son confrère du littoral et, comme lui, il peut lutter k rexportation avec Tétranger. — Il était encore plus difficile, a(lirmait-on, de justifier Tabolition de l'admission temporaire des cotons qui s'opérait à Fiden tique sans aucune fraude. Avant 1 abolition des droits sur les matières premières les filateurs en avaient joui <r>us la forme du drawbaek ; les tisseurs n en étaient privés qu à cause de Timpossibilité d'appliquer les conditions réglementaires d'identité h un nombre de numéros s 'élevant de 1 à 600. Si de cette faculté accordée à Timprimeur résultait une dégression des prix sur le marché à Fintéi leur, c'était par le fait des tisseurs français : non contents d'avoir le monopole de ce marché ils voulaient encore avoir celui de l'extérieur; c'est ce qui les forçait à abaisser leur prix au niveau des tissus suisses ; dès qu'ils se contenteraient du marché français, la dépression de prix dont ils se plaignaient cesserait. 11 fallait donc maintenir l'admission temporaire à l'égard des cotons à l'identique et à l'égard des fers à l'équivalent.
Toute l'année 1869 avait été remplie par cette controverse. Les ministres étaient demeurés inébranlables contre la dénonciation du traité, mais, émus par la clameur soulevée contre les admissions temporaires, ils avaient, le 10 mars
donné à une commission le mandat de faire une
enquête. Le Secrétaire général du ministère du Commerce, Ozenne, s'était rendu dans les centres industriels et, après avoir constaté la situation de l'industrie du coton et celle des toiles peinteSyil avait, à son retour, préparé un décret qui supprimait l'admission temporaire pour les cotons. A cette nouvelle les libreéchangistes s'étaient soulevés et avaient obtenu la suspension du décret préparé, le renvoi de la question devant le Conseil supérieur de TAgricuiture et du Commerce. Les protectionnistes avaient refusé daller déposer devant ce Conseil, qu'ils déclaraient de connivence avec leurs adversaires. Dans tous les centres du Nord industriel, la colère était à son comble. Les liainc^s économiques se coalisèrent avec les haines religieuses et les haines politiques ^
L'état de la presse indiquait le degré d'âpreté décliainée des esprits. Non que tous les journaux fussent révolutionnaires; parmi les réputés, beaucoup ne Tétaient pas. Les Débats sous la direction du dernier Beilin, autour duquel se groupait l'élite des écrivains, Sylvestre de Sacy, Saint-Marc Girardin, John Lemoinne, Prévost-Paradol, Renan, maintenant
1. Voir Empire libéral, t. IV, p. 355; t. V, p. 14; t. X, p. 526.
L£MPiRË LIBÉRAL.
leur polémique dans une élévation constante de forme et d'idée, réclamaient la transformation
libérale des institutions sans aucane arrièrepensée de renversement, uniquement par fidélité aux principes libéraux et parlementaires. Au Moniteur tiniversel, récemment privé de son titre de journal officiel, un homme du plus aimable naturel et d'une justesse aiguisée de jugement, Paul Dallo/, maintenait sa polémique dans les mêmes nuances, dès qu'il ne s'agissait pas de Rouher, l'auteur de sa dépossession. Dans la Presse, Ciicheval-Clarigny, publiciste judicieux, doué d'une solide érudition constitutionnelle, était encore moins enclin à tourner contre rétablissement impérial la fermeté convaincue de ses principes libéraux. Dans un autre journal, un peu plus engagé dans le parti des d'Orléans, le Journal de Paris, sous la direction d'écrivains égaux à ceux des i>^^a^^, Hervé et Weiss, discutaient avec le même respect d'eux-mêmes et de leurs adversaires et défendaient la même cause. Quelques autres conservaient leur indépendance et ne s'enrôlaient pas dans les partis subversifs, quoique, à l'occasion, très agressifs contre tel ou tel acte du gouvernement ; la Ziberté d'Emile de Girardin, VOpinion nationale de Guéroult, qui comptait parmi ses collaborateurs Edmond About. Deux journaux religieux, V Univers, de Veuillot, le Français, de Beslay, représentaient l'un ruliramontanisme, l'autre le catholicisme libéral, sans aucune attache au gouyernement) mais aussi sans hostilité systé-
BILAN INTÉRIEUR DB L'EMPIRB A LA FIN DE 1869. m
matique. Le Français seconâHille Correspondant^
revue bimensaelle,pai \eiiue déjà à la renommée grâce cl des collaborateurs tels que Le Norinand, Montalembert, Falloux, Albert de Broglie, Cochin, qui, à son tour, appuyait, par ses études plus développées, la polémique quotidienne du journal. Trois feuilles surtout littéraires, de nouvelles et de fantaisies, le Figaro, sous VillemessaDt, le Gaulois sous Tarbé, le PariS'Journal sourde Pêne, étaient indifférentes, ni favorables ni contraires, tantôt hostiles, tantôt amies, avant tout spirituelles, railleuses, serviteurs de la curiosité de leurs lecteurs, plutôt avides de nouvelles que préoccupes de principes, tout entières & Témotion du moment, à Tentraînement de la foule, allanl en peu de temps d'un pôle à l'autre comme Taiguille du baromètre, selon que les vents soufflaient.
L'orléanisme n'avaitvraimpnt (rinterprète spé cial que le journal hebdomadaire, le Courrier du dimanche, et surtout la Revue des Deux Mondes. Grâce à Thabile direction d'un chef sans rival, Buloz, elle ne manilestait jamais ni hostilité bruyante ni attaque poussée au delà de la plus prudente courtoisie. Le rédacteur de lu chronique politique, Mazade, savait à Toccasion être équitable, et son blâme restait toujours mesuré; des écrivains, les uns tout à fait favoial)les à l'Empire, tels que Octave Feuillet, d autres, au moins bienveillants, tels que Taine, Henan, Saint-René Taill.indier, comptaient parmi les collaborateurs, mais lesprit général, cunslam-
ment insinué dans renscinble, était contraire au régime impérial et favorable à 1 Orléanisme. Le Courrier du Dimanche, agressif, accueillant les articles du pruudliuiiien Chaudey et de quiconque se rangeait parmi les conspirateurs de V Union libérale, avait les mêmes sentiments, mais n'en réprimait pas rexpressioii. Le parti légitimiste comptait deux organes, V Union et la Gazette de France, également intraitables, mais sous une forme différente, grave, contenue, polie, sous la plume du vénérable Laurentie; emportée, mordante, injurieuse sous celle de Janicot.
Tous ces journaux indépendants, quel que fût le talent de leurs rédacteurs, n'agissaient
que sur Télite intellectuelle. Le grand public les ignorait, et ils étaient comme submergés par la légion des journaux révolutionnaires, autour desquels se recrutaient d'innombrable abonnés, qui formaient la mentalité des masses et les conduisaient au scrutin. C'est là qull faut rechercher le véritable étal dVsprit du monde politicien de ce temps. L'intransigeiince implacable y passait de la température tiède du Temps aux fureurs de la Marseillaise, de la Réforme, du Bffppel, du liéceil et du Charivari en passant par les degrés intermédiaires de VAmnir Na4ionalj du Siècle, de ï Électeur lidre, de leiTriùune. Tous les écrivains ont du talent dans cette légion acharnée. Au Temps la rédaction entre les mains de Nefftzer est sérieuse, substantielle raisonneuse, subtile, d'une finesse réfléchie. A
la Marseillaise déraisonnent, insulleiit, mentent ayec une effronterie cynique, mais avec une Terve endiablée, à côté de Rochefort, Flourens, Minière, Paschal Groussot, Arnould. A la Réformej Vermorel, par des violences voulues, en désaccord avec sa nature froide, essayait de faire taire les soupçons injustes de connivence avec le gouvernement que des ennemis avaient murmuré à l'oreille du peuple de Paris* Au Rappel^ les deux fils de Victor Hugo, brillants polémistes, Vacquerie et Meurice^ poètes, auteurs dramatiques, littérateurs éprouvés, reprenaient, à l'usage des artistes et des délicats de la démocratie, les grosses invectives de la Marseillaise. Au Réveily Delesclnze, laissant à ses confrères en démagogie le brio des voltiges, creusait les questions et donnait les mots d'ordre. Dans V Avenir national, Peyrat, le survivant des jacobins, qui avait autrefois poussé sa do( trine de salut public jusqu'à l'admiration du 18 Brumaire, tenait école de vigoureux langage et de jacobinisme orthodoxe. Au Siècle^ inférieur aux journaux précédents, les arguties filandreuses de Louis Jourdan, les fadaises sentimentales d'Anatole de la Forge, et les brutalités charivaresques de Taxile Delord, ou les platitudes d'Ëugène Ténot, n^avaîent plus d'admirateurs que parmi les marchands de vin et leurs clients. Comme le nombre en était considérable, quoique le journal, autrefois dictateur omnipotent, eût perdu de son crédit, il en conservait encore beaucoup. La Tribune et Y Électeur libre^ rédigés
par Pelletan et Picard, n'atteignaient pas le grand public et n'arrivaient qu'aux alentours du Parlement. On trouvait le Charivari dégénéré en lisant les articles de l'énergumène grossier qui le dirigeait, Eugène Véron, mais il lui restait le crayon de Daumier, de Cham, et par eux il gardait encore de l'action.
A toute cette masse d'écrivains, ou hostiles ou simplement libéraux, l'Empire n'avait à opposer que le Pays, soutenu par les fonds secrets, le Public commandité par des amis de Rouher, la France propriété du faiseur d'affaires Genty; la Patrie^ au banquier Soubeyran, le Constitutionnel à un autre homme d'affaires très sympathique, Gibiat; le Peuple français alimenté par la cassette de l'Empereur. Ces journaux n'étaient pas d'accord entre eux ; au lieu d'avoir, comme les journaux révolutionnaires, un but commun, ils étaient divisés sur la manière de soutenir l'Empire, et par conséquent sur la politique du jour. Le Pays, rédigé par les deux Cassagnac, le Public, par un valet de plume de Rouher, Ernest Dréolle, ne le concevaient qu'autoritaire et la trique à la main; le Peuple français, depuis la déception ministérielle de Duvernois, ne montrait pas d'autres dispositions; la France, sous l'inspiration de La Guéronnière, ne trouvait bon qu'un Cabinet dont son patron ferait partie. Au contraire la Patrie^ rédigée par Saint-Valry, esprit pénétrant et cultivé, le Constitutionnel rédigé par Robert Mitchell, qui quoique jeune encore était déjà
un journaliste de premier ordre, donnant à Ja sûreté du boa sens les ailes légères d'un atlicisme dénoué, étaient disposés à seconder sincèrement un ministère libéral.
On parlait de la chute de rEaipire comme d'un fait nécessaire, imminent*. 11 était de croyance commune que cette chute n'était plus qu'une aflaire de peu de temps. Le langage tenu dans la presse^ lors de la maladie de TËmpereur^ avait dépassé en ignominieux outrages, tout ce qui avait jamais été écrit dans aucun pays contre le souverain le plus détesté. Le langage des réunions publiques était pis encore. Dans Tune d'elles, quelqu'un crie : a Vive FEmpereur 1 w Toute l'assemblée se dresse, et, d'une seule voix : « A la porte I celui qui a poussé ce cri séditieux! » Au moment où Flourens prend la parole, un banc se brise avec bruit : « Citoyens I c'est TËmpire qui s'écroule ! » (Applaudissements frénétique fi.) Contre ce déchaînement la résistance gouvernementale avait molli de plus en plus. On a vu les patiences complaisantes de la magistrature dans Taffaire Baudin; depuis surtout l'acte de faiblesse de l'amnistie, la même mollesse se répandait partout. Lorsqu'ils étaient obligés de sévir, les serviteurs du pi iuce ménageaient, dans chaque accusé d'importance, celui que le hasard des événements pouvait placer un