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I. LeUre de Persiguy à l'Empereur, 27 juin

LlNTEHPELLAÏiON DES IIU.

sa démission et lui demaudait, comme dernier service, de lire son message aux députés et de se rendre (jasuite à ^^Liiiil-Cloud.

A ce moment même, Schneider me faisait appeler dans son cabinet : u Le message sera bon , dit-il, j'ai fait ofTacer une phrase que ^uus n'auriez pu accepter. La retraite de Uouher est décidée ainsi que la suppression du ministère d État. 11 s agit maintenant d'obtenir de vos collègues que llnterpellation ne soit pas déposée. — Cela dépendra, répondis-je, de ce que sera le message; je ne puis m'engager à quoi que ce soit avant de l'avoir entendu. » il moflntde prendre Thiers pour arbitre. Thiers nVlait pas • encore arrivé; l'heure d'ouveriure de la séance était passée ; nous ne pouvions 1 attendre.

Rouher monta à la tribune et lut ce qui suit : <i Messieurs les députés, Par ma déclaration du 28 juin, j'annonçais que je soumettrais dans la session ordinaire les résolutions et les projets qui m'auraient paru les plus propres à réaliser les vœux du pays. Cependant le Corps législatif parait désirer connaître immédiatement les réformes arrêtées. Je crois utile d'aller au-devant de ses aspirations. Ma ferme intention est de donner aux aUrihulions du Corps législalif une extension compatible avec les bases fondameu* taies de la Constitution. Je viens exposer par ce message les déterminations prisi s en conseil. Le Sénat sera convoqué aussitôt qu il sera possible pour examiner les questions suivantes : Premièremenl : Attribution au Corps législatif

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du droit de faire son règlement et d'élire son bureau. — Secondement : Simplification mode de présentation et d examen des amendements* — Troisièmement : Obligation au goi: • yernement de soumettre au Corps législatif ic è modifications de tarifs dans les traités internationaux. — Quatrièmement : Vote du budget par chapitres, afin de rendre plus complet le contrôle du Corps législatif. — Cinquièmement : Suppression de lincompatibilité du mandat de député avec certaines fonctions publiques, notamment celles de ministres. — Sixièmement : Extension du droit d'interpellation. Mon gouvernement étudiera aussi les questions intéressant le Sénat, la solidarité plus efficace qui s'établira entre la Chambre et le gouvernement; la faculté d'exercer simultanément les fonctions de ministre et de député ; la présence de tous les ministres aux Chambres; la délibération en conseil des affaires de TÉtat. T^ne loyale entente avec la majorité constitue pour le pays toutes les garanties que nous recherchons dans notre commune sollicitude. J'ai déjà montre plusieurs fois combien j'étais disposé, dans l'intérêt public, à abandonner certaines prérogatives. Les modifications que je suis décidé à proposer sont le développement naturel de celles qui ont été successivement apportées aux institutions de TEmpire. Elles doivent d'ailleurs laisser intactes les prérogatives que le peuple m'a plus explicitement confiées et qui sont les conditions essentielles au pouvoir

pour sauvegarder Tordre et la société. » (11 juillet

La Chambre n'accueillit avec faveur que les passages relatifs au vote du budget par chapitres et aux tarifs douaniers; moi, je fns enchanté du tout. Le message accordait plus que l'interpel* lation n'avait demandé. II était presque mot pour mot la reprodiietion de mes notes et de mes conversations de janvier 1867. Le prince Napoléon ne pensa pas de même; j'eus. une longue discussion avec lui dans le jardin de la présidence. « C'est un piège, disait-il, ce n'est pas sérieux ; ne retirez pas votre interpellation; ce sera un nouveau 10 janvier. » Je soutins que ce qu'on nous promettait était considérable, dépassait nos espérances et nos prétentions et qu'il y aurait maladresse et déloyauté à le contester. Si la réalisation ne répondait pas à la promesse, nous aurions toujours le temps de nous retourner.

Il avait été convenu qu'aussitôt la Chambre

constituée, Chevandier monterait à la tribune et

déposerait l'interpellation. Je le priai de n'en

rien faire avant d'avoir consulté nos amis sur la

situation nouvelle. Comme en toute cette aflfaire,

Chevandier avait marché en parfait accord avec

moi y s'employant adroitement à faire voter les

motions que je soutenais, il y consentit sans

difficulté. Nous eûmes deux réunions, Tune

peu nombreuse pendant la séance, dans l'un

des bureaux de la Chambre, l'autre cotaposée

de 104 membres, au Grand-Hôtel. Dans les deux,

Chevandîep exposa, que, s'il n'avait pas déposé

rînteipeilation au^î^itot après lu cunslitution de rassemblée, c'est qu'en présence d'un fait aussi considérable que le message impérial, il avait cru devoir surseoir jusqu'à ce que les signataires consultés eussent fait connaître leur avis. Avec un grand nombre de ses amis il croyait qu'il nV avait plus désormais lieu de déposer l'interpellation. Je soutins son avis qui fut adopté par acclamation; seulement, sur la proposition de • Segris, il fut décidé que le texte de l'interpellation serait déposé aux Archives du Corps législatil* àcùlé inessagedont ilavintété leprélude.

Tout cela supposait que la session allait continuer. Aussi fûmes-nous très surpris lorsque, le lendemain matin, nous Irtmes un ilécret convoquant le Sénal pour le 2 août et prorogeant le Corps législatif sans date fixe. Une note placée en tète de la partie non officielle annonçait que la démission des ministres avait été acceptée. Cette note ne permettait pas de donner un ca* raetère inquitHant à la prorogation. Le prince Napoléon cependant me troubla en se montrant agité, préoccupé, défiant. Il avait, disait-il, trouvé l Empereur irrité et huiiiilié, essayant de se persuader que ses concessions n'étaient pas graves et que les choses continueraient commepar le passé. Le prince lui ayant au contraire démontré que c'était très gros: « Oui, dit-il, c'est gros et c'était nécessaire. Mais il faudra voir. Je ne crois pas que le pays aime cela, » J'allai aux informations chez Schneider. Il me

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rassura : la prorogalion était son œuvre. Craignant que Rouher ne se rattachât aux branches et ne tramât quelque piège, soit à la Cour, soit à la Chambre, il était allé à Sairit-Cloud la veille au soir et avait obtenu à la fois le décret qui annonçait la réunion du Sénat, la prorogation du Corps législatif, et la note acceptant la démission des ministres. On voit combien certains historiens se sont trompés en signalant une dernière trace du pouvoir personnel dans une mesure qui tendait à conjurer un retour offensif de ce pouvoir personnel.

Je prévins Schneider que, le décret ayant été inséré au Journal Officiel avant d'être lu à la Chambre, il y aurait «n orage. « Sans doute, me répondit-ily mais dans certains cas, il n'y a de sûr que ce qui est irrévocable. » L'orage ne manqua pas. Jules Favre, à Touverture de la séance, sous prétexte d'observations sur le procès-verbaly protesta avec la violence dramatique à froid qui devenait la note habituelle de sa parole. En même temps, dans les couloiiï?, les députés^ dont les pouvoirs n'avaient pas été vérifiés, déchiraient le président. Je leur démontrai sans peine combien ils étaient injustes envers celui qui venait de nous apporter un appui si décisif. La partie pointue du Centre gauche protesta sous la forme d'une déclaration : c( Les êiffnataireSf persistant dam les idées et dam les principes que formulait leur demande dinierpellatioiiy s ajournent à la prochaine convo^ cation de la Chambre. »

Jules Ferry publia une' lettre de réprobation. Si l'Empereur avait annoncé un l)iscito, il eût crié, comme ses amis le tirent plus tard, au pouvoir personnel; le gouvernement n*en proposant point, il le réclama : « On ne sort des crises politiques analogues à celles que nous traversons qu'en se rappelant à temps que dans une démocratie libre le sujfnifie uiuverscl ne cesse jamais dêire le premiei* principey la source toujours vivante du pouvoir constituant. Autrement nous bâtissons sur le sable. <> (Paris, 23 juillet 1869.) ISéanmoins les mécontents ne purent s'entendre sur un manifeste, et tout s'évapora en épitres individuelles et en articles de journaux»

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