Gadore, 27 décembre
2. loHN RossEL, ReeoUeetians and suggestions^ ch. xiii. European prospects (second édition, London. Longmans Green and G«, i875).
L'EMPIUE LIBÉRAL.
au mot arcord le sens d'un traité formel libellé parTarlicle, ils se sont trompés. L'accord réel que révélait la manifestation de Tordre de Saint- Georges, ne ressemblait pas du tout à au acte diplomatique proprement dit. C'était l'équivalent de ce qu'avaient établi les lettres échangées entre les empereurs de France et d'Aulricheet • le roi d'Italie : engagement d'honneur entre f/en- (ilshommex de s'aider réciproquement dans des àrconsianceis quon ne jiouvait pas préciser d'avance.
Les choses n'allaient pas mieux pour nous en Italie. Le ministère Menabrea avait fa vie de plus en plus diriicile. Battu en brèche furieusement par la coalition de la Gauche, de la Permanente
piémontaise; déconsidéré, quoiqu'il ne le méritât pas, par les tripotaj^es qui s'étaient mêlés à son projet de loi sur la régie co-intéressée des tabacs, il avait essayé en vain de se fortiiicr par l'adjonction de Mordini, de iMinghetti, de Ferraris, puis, ce dernier s'étant retiré, du jeune Hudini. Menabrea s'affaiblissait insensiblement chaque jour, de plus en plus mal défendu et de plus en plus vigoureusement attaqué.
La crainte d une crise dynastique relarda un instant la crise mmistérielle. Le Koi fut saisi à San Rossore d'une violente fièvre miliaire. On le crut penhi; il régla ses allaiies en épousant morganatiquement la Kosina, et lit appeler un
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prêtre. Il avait toujours eu grand'peur de. l'enfer; au moment d'aller se mettre. à la tête dé son armée ^ en 1866, il s'était adressé au Saint-Père, pour qu'en cas de danger de mort, il pût, sans difficulté, recevoir les secours de. la relifjion ; sur quoi le Pape avait aussitôt envoyé à tous les évéques des instructions en conséquence. L'archevêque de Pise, moins facile, enjoignit à Tecclésiastique appelé par le Roi d'exiger la rétractation par écrit de tout ce que l'auguste malade avait fait contre la religion, et rengagement, en cas de guérison, de révoquer les lois contraires aux droits de 1 Église. Le Roi répondit avec fermeté : a Comme chrétien, j'ai; vécu dans la foi de mes pères et je suis prêt à y mourir; comme iloi, à Texempie de mes ancêtres, j*ai suivi les impulsions de ma conscience pour le bien de mes peuples. » Et, sur Tinsistance du prêtre, il ajouta qu'il écouterait le ministre de la religion avec soumission et reconnaissance s'il lui parlait de la mort et de la miséricorde divine, mais que s'il entendait l'entretenir de politique, il s'adressftt au président (lu Conseil qui était dans la chambre voisine. Le curé sortit et raconta à Menabrea ce qui s'était passé. Le général répondit ^ qu'il fallait accorder immédiatement l'absolution au Roi, sans plus msisLer pour aucune rétractation, ou bien il y aurait acte de violence envers un souverain et flagrant délit : il allait donc donner
l.lfAssARf, ViUorio Emamele, p. 499.
Oigitized
l'ordre immédiat aux carabiniers de Tarrêter. La crainte du carabinier décida le curé à délivrer le Roi de la crainte de l'enfer. Il entra dans la chambre et donna l'absolution.
A Touverture du Parlement (18 novembre), bien que complètement rétabli, le Roi ne vint pas lire lui-même le discours de la couronne. Le ministère fut, dès la première séance, mis en minorité, et son candidat, Mari, battu par celui des Gauches, Lanza (164 contre 129). Il donna sa démission (20 novembre). Le Roi, fort contrarié d'être séparé d'un ministre qui était son premier aide de camp et dans la confidence de sa politique personnelle avec l'Autriche et la France, peu soucieux d'ailleurs de remettre les affaires à Lanza et surtout à Sella, dont les attaques antérieures l'avaient fort blessé, eût voulu faire un replâtrage avec Lanza seul. Celui-ci n'y consentit pas et fit les conditions les plus dures : il exigea que le Roi renvoyât tous les ministres attachés à un titre quelconque à sa personne, Menabrea, Gualterio, Cambray- Digny, et consentît de sérieuses réductions sur l'armée et la marine. Les pourparlers se rompirent ; le Roi parla d'abdiquer. Cialdini traversa la scène en matamore grincheux, jetant des horions à droite et à gauche et n'arrivant à aucun résultat; Sella, appelé à sa place, ne fut pas plus accommodant que Lanza. Alors le Roi, après les avoir repoussés séparément, les accepta tous les deux ensemble, et le ministère fut constitué : Président du Conseil, ministre de
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i'lutérieur, Lanza*; ministre des Affaires étrangères, ViscoQti-Venosta ; Guerre, le général GoYone; Travaux publics, Gadda; Commerce, Casliignola; Justice, Uali; Insli action publique, Corenti; Marine, Artom (13 décembre). Lanza eût voulu s'assurer le concours de la Gauche en purlant son chef liattazzi à la présidence de la Chambre, mais Visconti avait fait de l'exclusion de cet homme d'Étal odieux à son parti la condition de son entrée au ministère. On lui préféra le député de Yentimiglia, Biancheri, brave homme, sonsé, conciliant, agréable à tous.
Les deux principaux membres du Cabinet, Lanza et Sella ^ étaient probes, courageux, tenaces, désintéressés, sincèreinenl préoccupés du bien public. Ni Tun ni Tautre n'avait éloquence ou supériorité d'esprit, et ils regardaient toujours à terre, ce qui, du i-este, n'est pas im mal en politique. Sella, plus cultivé mais plus égoïste, n'avait pas la même générosité de cœur que Lanza. Us s'accordèrent sur un programme exclusivement financier. Les finances, d expédients en expédients, marchaient droit à la banqueroute ; on sen tait, disait Lanza, l'odeur du caduvi e àplus de mille pas. Le déficit de l'année s'élevait à près de deux cents millions : il était urgent d'arrêter celte dégringolade à rabîme. Le premier remède serait, selon Lanza, d'examiner les dépenses avec la lenta (la loupe) deltavaro, et, selon Sella, de réaliser des économies /ôio