CHAPITRE XII
Nous nous hfttions de prendre tous nos arrangements pendant les quelques jours qui nous séparaient encore de la rentrée du Corps législatif fixée au lundi 10. Le Sénat, dont les séances n'avaient pas été int(»rronipues, ne nous laissa pas respirer. Voulant se donner de importance et devancer le Corps législatif, on nous y posa trois interpellations /st aiice du 7 janvier) : l'une sur le Concile, l'autre sur la politique commerciale, la troisième sur la politique intérieure. Daru accepta fièrement, au nom du ( alàm l, le rendez-vous qu'on nous donnait : « Nous sommes prêts à répondre. Je crois pouvoir dire -qu'aucun Cahinet en France ne s'est peut-^tre formé en annonçant à l'avance et dans des documents publics, aussi hautement, aussi nettement, ses idées, ses projcis, ses principes. Nos actes répondront à nos paroles. Nous sommes d'honnêtes gens, nous ferons tout ce que nous avons dit, nous tiendi uns toutes les promesses de nos programmes sans exception. » « Nous sommes
d'honnêtes gens », le mot fit fortune, et Ton ne nous nomma plus que le ministère des honnêtes gens. Nous étions tous véritablement d'honnêtes gens, dans l'acception la plus étendue du terme, mais les ministres précédents Tétaient aussi, et l'histoire ne doit pas nous réserver exclusivement une qualification qui serait un sarcasme immérité contre nos prédécesseurs.
En réalité nos premiers combats sérieux allaient se livrer au Corps législatif et pour bien les suivre il est nécessaire de connaître le champ de bataille sur lequel ils allaient se livrer. Voici comment les partis se groupaient. Une Gauche républicaine, redoutable par la popularité et le talent de ses nombreux orateurs. A ceux qui siégeaient depuis plusieurs années déjà, s'ajoutaient les revenants des anciens temps et les jeunes parvenus, tous impatients de faire leurs preuves : Bancel, Gambetta, Grévy, Emmanuel Arago, Jules Ferry. Nous n'avons plus à présenter Bancel et Gambetta, Grévy était une nature forte, sensée, perspicace. Il avait d'instinct deviné que, dans une démocratie, on se pousse par l'abstention, beaucoup plus que par l'activité, et que, dans bien des circonstances, le silence est le plus efficace des discours. Aussi restait-il presque toujours cantonné dans une indolence circonspecte. Aux agités qui croyaient qu'en faisant du bruit on avançait les affaires, et qui, à chaque instant, le pressaient de faire quelque chose, il répondait : Il ne faut faire que quand il y a quelque chose d'utile à faire.
Il était froid, peu bienveillant, égoïste, ironique, incapable de céder à une iaspiralioD généreuse. A cette époque on ne connaissait pas sa rapacité, et on le considérait coiiune l'homme du devoir désintéressé. Sans paraître la rechercheri il avait obtenu dans le parti républicain la plus haute considération : sa parole manquait d'éclat, mais elleétaitsobre, incisive, d'une belle langue, et elle avait de l'autorité. Emmanuel Arago, grosse voix, tonnerre que n'accompagnuiL jamais aucun éclair; Gambetta s'en amusait beaucoup : en sortant de la Cour d'assises où Arago plaidait pour Berezewski, il rencontre le magistrat Lepelietier, qui lui demande si l'avocat a fini sa plaidoirie. — « Vous l'entendez, répond Gambetta, tous les tambours sont faits avec de la peau d'&ne. » Un autre jour, il disait : « C'est dommage qu'il ait une si forte voix, on entend tout ce qu'il dit. » Jules Ferry, plus remarquable comme écrivain que comme orateur^ cependant orateur véritable, passionné, instruit, (l'une logique tenace, recourait moins souvent que Gambetta aux platitudes de Temphase démagogique^ mais il était plus âpre. En tout 28 meiîibres.
A l'extrémité opposée, la Droite, se composant des anciens Mameluks, dévoués à l'Empereur même quand il établissait les iiislilulioiis libérales qu'ils détestaient. Leur cbel était Granier de Cassagnac, homme instruit, intelligent, sérieux. Le sUle de ses travaux historiques, clair, fort, d'une imperturbable sécurité, eût donné
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à ses œuvres une valeur réelle, si un parti pris
de réaction emportée n'en eût troublé l'équité. C'était aussi la qualité et le défaut de ses articles, dans lesquels Tinjustice de la passion n'allait cependant jamais jusqu'à la vulgarité et à la déclamation. A la tribune il avait été d'abord emprunté, monotone, récitant plus que parlant. Peu à peu il s'était formé, et en était venu à s'exprimer en orateur. Deux auxiliaires précieux, les anciens ministres, Pinard et Forcade, apportaient à cette Droite le secours de leur talent et de leur expérience. Au total membres.
Entre la Gauche et la Droite, le Centre droit
composé d'hommes supérieurs à divers titres. Le duc d'Albufera, son président, savait écouter, juger, formuler; esprit étendu, pénétrant, clair, vigoureux, familier à toute question politique, ayant pour toute situation une conduite à indiquer; il a été le pivot administratif iiiipei lurbable, autour duquel Lesseps a pu opérer, sans choir, ses mouvements audacieux et il a certainement une part principale dans l'œuvre glorieuse du canal de Suez. Dupuy de Lôme, Talabot, Soubeyran, Laroche-Joubert, Isaac Pereire représentaient Tapogée de la science indusliiclle, commerciale, financière. A côté d'eux, surgissait Henri Germain, qui était déjà un esprit -vaste, cultivé, avide de tout savoir et de tout pénétrer, en attendant qu il devint la plus haute et la plus originale capacité financière de son temps. Josseau, Paul-
mier, Malausséna, Mèf^e, hommes de l>aireau, consommés danslascieoce des lois; le conseiller à la Cour de cassation, Sénéca, maître en jurisprudence ; Busson-Billanlt, orateur llexible, sympathique; Bourbeau, grave et élevé; Cbesuelong, vrai fleuve de belle éloquence; le duc de Mouchy, gentilhomme accompli; lii\oli, qui portait noblement un des plus beaux noms de nos gloires; Reille, Gornudet, ayant déjà dans la jeunesse le sérieux des hommes iniirs; Tlioinnet de la Turmelière, esprit d'une rare acuité ; son épicuréisme lui faisait fuir la fatigue de Tambition : s'il en avait voulu prendre la peine, il aurait su agir aussi bien qu'il savait conseiller. Segris, Louvet, Talhouët, appartenaient à ce groupe qui contenait 137 membres.
Venait ensuite le Centre gauche. Thiers, ridole de ce groupe, Ta défini ainsi : « Ce sont de très pauvres sires, toujours et uniquement occupés de leur situation personnelle. Ce n'est pas seulement la capacité et la fermeté qui leur manque ; on n'est pas responsable d'être faible ou incapable. Ils ont des buts mesquins ; ils se conduisent toujours en raison de ce quïls ont été. ou de ce qu'ils espèrent devenir : ministres. Ils ne sont bons à rien ^ » Ce jugement est injuste dans sa généralité, et ne peut s'appli(|U(»r à des hommes tels que Daru, Buffet, Plichon, Durforl de Civrac, Koib-Bernard, Keller. ils étaient, non de pauvres sires^
i. Comte D^UAUâsONViLLE, Monjaurnal, p. 53.
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mais de très honorables sires^ d'une haute capacité, niillemenl guidés par des motifs intéressés. Mais ces hommes respectables n'étaient que la parure ou plutôt l'enseigne du parti. Les meneurs, loin de les valoir, se composaient ou d'exemplaires distingués du sot ou du vaniteux impuissant, recherchant par Tintrigue ce qu'ils étaient incapables d'atteindre par le mérite. A ceux-là pouvait, avec quelque adoucissement, s'appliquer le jugement de Thiers. Encore n'était-il pas exact de dire qu'ils ne fussent bons à rien : ils étaient, en effet, bons à ergoter, embarrasser, tendre des embûches. Ce groupe
disparate, estiiuable ou non, suivant qu'on le considérait dans son élite ou dans sa moyenne, se composait de 37 membres, auxquels il faut ajouter 14 membres indépendants, parmi lesquels Thiers, de telle sorte qu'entre le Centre Gauche et les indépendants, on arrivait à 79 voix.
Sur en toute occasion de trouver le Centre droit fidèle et compact, ses 137 membres me faisaient à peu près atteindre la majorité qui, sur 292 députés, était de 147, et il me serait facile, dans toute occurrence, d'ajouter aux voix du Centre droit les dix qui lui manquaient pour former la majorité absolue. S'agirait-il d'assurer le succès d une mesure libérale contre les résistances réactionnaires, les 79 des Gauches me les fourniraient certainement. I audrait-il résister aux entreprises révolutionnaires, la Droite, même de mauvaise humeur, ne me refu-
serait pas ses voix. Ce ii'cl.ilt que si, le coikoups du Souverain me faisant défaut, une coalition de la Droite et du Centre droit s'unissait contre luui, que, réduit à 1 appui de la Gauche, ma majorité s'écroulerait.
Une majorité ainsi constituée n'était certainement pas conforme aux exigences fondamentales du régime parlemeutaire. La première règle de ce régime est que tous les députés acceptent sans arrière-pensée les institutions fondamentales, de telle sorte que la critique ou l'attaque, qui peuvent être alors sans aucun danger, ne portent que sur la conduite, sur les affaires, sur la législation. La seconde règle est que le Parlement, au lieu de s'émietter en
groupes minuscules, en tiers-partis dissolvants, en Centre droit. Centre gauche. Gauche, Droite, se coupe seulement en deux partis ayant des
chefs reconnus et obéis : le pni li ministériel qui gouverne, le parti de l'opposition qui aspire à gouverner. Où ces deux conditions font défaut, le régime parlementaire fonctionne mal. Dès qu'un parti ne vise qu'au renversement, la liberté de la discussion est en péril. Dès qu'entre Topposition et le gouvernement se placent des groupes oscillant de l'un à l'autre au gré de leurs calculs, la constitution d'une majorité compacte et sûre, cette condition fondamentale du système représentatif, devient irréalisable, et le dernier mot des situations, au lieu d'être entre les nmins des représentants des grands intérêts politiques ou sociaux, appartient aux
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personnalités quelquefois distinguées, le plus souvent médiocres, d'une minorité imperceptible. Mais on ne dispose pas des événeni* ats au gré d'une inflexible logique; on les subit et on en tire le meilleur parti qu'on peut. C'est ainsi que j'arrivai devant la Chambre le 10 janvier, convaincu que le ministère avait une majorité suffisante pour bien gouverner.
Dès rouverture de la séance, je montai à la tribune et je formulai ou plutôt je rappelai un programme déjà bien souvent formulé, dans les termes suivants : u Qui, parmi vous, ignore quelles sont les doctrines, les principes, les opinions, les aspirations, les volontés de ceux qui ont l'honneur de se pi'ésenter devant vous? Âu fur et à mesure que le mouvement des affaires l'exigera, que nous serons sollicités par les interpellations de rassemblée ou par la nécessité de défendre nos projets, nous débattrons loyalement avec vous chacune des questions qui doivent être soulevées et qui s'imposent à l'attention commune. Aujourd'hui, nous croyons qu'il nous suffit de déclarer que nous restons au pouvoir ce que nous étions avant d'y arriver... (Très ùienl très bien!) que nous n'appliquerons pas des pratiques et des principes difl'érents de ceux que nous avons conseillés aux autres (Aparobalion.) Nous ne supprimerons
dans notre œuvre ni la part du temps, ni celle
de rexpérieiice, nous travaillerons avec persévérance et résolution jusqu'à ce que nous ayons réalisé dans sa totalité le programme commun
qui nous a réunis et qui est notre raison légitime d être. (Nombreuses marquer d adhésion.) Pour cette ceuvre. Messieurs, il est nécessaire d'abord que nous jouissions de la confiance du Souverain. Il nous Ta accordée avec une magnanimité d'éme qui le placera haut dans la mémoire des hommes. (Très bien! très bien !) 11 est nécessaire, en outre, que votre confiance nous vienne également, nous vous la demandons I...
(Très bien! très bien!) nous vous la demandons à tous, et, dans notre pratique journalière, nous aurons des égards, non seulement pour la majorité qui nous honorera de son appui, mais môme pour ropposition qui nous honorera de ses critiques. Nous serons reconnaissants envers la majorité de son appui, sans lequel nous ne pouvons rien: nous serons reconnaissants envers TopposHion de ses critiques, qui nous obligeront à redoubler d'efforts. (Marques f/ènérales d assenùment ,) Et le jour où un groupe quelconque de cette assemblée aura obtenu la majorité dans h' pays, nous serons empressés de déposer entre ses mains, sur quelques bancs qu'ils se trouvent, la lourde responsabilité de diriger les affaires de la France. (Trèfi bien!) Psous faisons donc appel à la bonne volonté de tous; nous poursuivons la conciliation, Tapaisement. Nous nous efforcerons, par nos actes,
L'£MFIRB LIBÉRAL
d'établir un courant commuii de liberté^ de bonne foi, de loyauté qui emporte les récrimi*
natiuns, les souvenirs aiaers, les haines, les passions mauvaises^ (Mouvement. — Très bien !) S'il en est ainsi, nous pourrons tous ensemble réaliser la plus belle œuvre qui puisse être accomplie par des hommes politiques; nous pourrons réaliser le rêve déçu de tant de grands esprits : 1 elabli>bt4nt'nt durable d'un gouvernement national, qui^ s'adaptant avec fermeté et aussi avec souplesse aux nécessités changeantes des choses, aux transformations des idées, favorisant l'ascension des générations nouvelles et accueillant leurs espérances, leurs lumières, assurera les destinées de noU e grande démocratie française et fera triompher le progrès sans la violence, et la liberté sans la révolu* tion. » (Nombreuses marques dapjjrol/aûon. — Applaudissements . )
Assurément si Ton peut reprocher quelque chose à ce court manifeste, c'est sa courloisie trop marquée envers l'opposition. Je ne crois pas que le chef d'un gouvernement ait jamais parlé à ses adversaires d'un ton aussi conciliant, je dirais presque aussi humble. On répondit à mes avances par la plus violente des déclarations de guerre. Ernest Picard, demanda le rétablissement de la garde nationale, c'est-à-dire la levée de l'armée de rémeute. Raspail, partant de cette idée (lue le serment ne peut être défendu que par un espi'it atteint de monomanie, en réclama l'abolition devant la justice et devant les grands
corps de TÉtat ; puis une enquête administrative sur la gestion de la Ville de Paris et une autre
sur la fortune personnelle d'ilaussmaiin. Gauibetta protesta contre la servitude militaire^ à propos de la punition justement prononcée par le ministre de la Guerre contre deux sous-offtciers qui» malgré une défense formelle, s'étaient rendus dans des réunions publiques politiques. Le général répondit avec cràncrie : « Vous me reprochez d'avoir puni deux militaires» mais j'en ai puni encore d'autres pour le même fait. » Il alla droit à lu pensée qui se cachait sous les développements oratoires : « Au surplus» ce n*est pas en recrutant quelques sous-officiers et caporaux cassés qu'on parviendra à faire tourner l'armée qui . est dévouée à son pays et à FEmpereur. En toutecirconstance, j'en réponds. » ( Applaudissements prolongéii sur u/t yraud uu*nbre de bancs.) Sur ces mots les colères éclatent. Gambetta dit : « Vous avez laissé échapper ces paroles par peur. Vous ne pensez pas que la discipline ait été violée» vous voulez que lobéissance passive règne dans l'armée... (Oui! mn!) non pas en vue de faire respecter la loi, mais en vue d'occuper le pouvoir malgré la volonté du pays. » {Approbationsiir quelques bancià gauche Humeurs et proleslalions à droite et au centre,) ~ « L'armée» reprend avec énergie le général Le Bœuf, est contre vous, et je vous engage à ne jamais en faire 1 épreuve; car voyez-vous, ces hommes que vous croyez à vous» parce qu'ils ont eu quelques mécontentements passagers,
L ËMFiHfi LIBÉRAL.
s'il y avait une émeute, je les mettrais en tète des colonnes, et ils seraient les premiers àfure leur devoir. Oh ! vous ne connaissez pas la puissance de la discipline et le sentiment de la lidélité au drapeau qui a été constamment Thon* neur de l'armée française. » (Vive a/rprobation sur un grand nombre de bancs,) Gambetta est de moins en moins maître de lui : « Mais qui estce qui vous autorise à dire que nous vouions 1 émeute? Vous n'êtes pas le seul gouvernement qui, en s'abritant sous des prétextes de légalité, se soit prévalu de lu force brutale. Tous ceux qui vous ont précédé depuis soixante ans disaient comme vous en se tournant du côté de Toppositiou : Descendez dans la rue et vous éprouverez notre vigueur. Et ils sont tous tombés, qui dans la boue, qui dans le mépris. Et cette obéissance passive que vous réservez comme un suprême argument et un suprême remède, eh bien, je vous le dis, ce n'est pas de la politique, ce n'est pas un langage digne d'une assemblée délibérante ("Vte;^ approbation à gauche), c'est la pensée de ceux qui sentent qu'ils ne suiil qu'une fîM lioii mu pomoir et qui ne peuvent y rester que par la violence. »
Je ne pouvais laisser de telles paroles sans réplique. Jt savais de bonne source que le plan de Topposition serait de me piquer, de m arne* ner à des colères de paroles auxquelles on répondrait par d'autres colères, espérant qu'ainsi exaspéré, des paroles emportées je passerais à des actes réactionnaires. J'intervins donc et dis
LE MINISTÈRE AU SËNAT ET A LA CHAMBRE, m
finr un Ion de gravité calme : « Non, des miuistres de l'Empereur ne peuvent pas accepter qu'un gouvernement fondé sur le suffrage universel, et qui vient d'accorder la liberté constitutionaelle la plus complète, la plus loyale qui existe dans aucun pays... (Rumeurs à gauche), soit considéré comme une faction qui occupe le pouvoir par la force, (Non! non! — Irès bien!) Nous sommes un gouvernement légitime, régulier, constitutionnel, on route pour fonder la liberté, mais a oubliant pas que la liberté a une condition fondamentale sans laquelle elle est impossible : Tordre, la sécurité, la paix sociale... (Très bien! très bien!) n'oubliant pas que dès que l'ordre, la sécurité, la paix sociale sont menacés, la liberté est perdue. (C'est vrai! ct'st vn/i!) Nous n'accusons pas rhonorable M. Gambetta pas plus que ceux qui siègent à côté de lui, de vouloir une émeute... (Très bien! très bien!) l'attitude constitutionnelle que leur impose leur présence dans cette assemblée nous le défend. Nous sommes convaincus qu'entre eux et nous il ne peut y avoir loyalement, honorablement, de divergences que sur des questions de mesure, et qu'entre eux et nous il ne saurait y avoir une question de révolution et d'émeute. Si leur intention était de poser une question de révolution et d'émeute, ils n'aurai ci il pas accepté siéger dans cette assemblée. (Approbation.) Quant à l'armée, l'histoire nous apprend que les armées ont quelquefois été dangereuses pour la liberté, Savez-vous
L*BiMPIRIS LIBÉRAL.
quand? Quand elles deviennent des armées prétoriennes... (Mouvement à ^«wcA^.^ C'est-à-dire des armées politiques ne respectant pas la discipline et ne s'assujettissant pas aux devoirs spéciaux, sans ro])servation desquels les armées ne seraient plus que la contrefaçon dangereuse de ces cohortes qui intronisaient Vitellius et faisaient triompher Galba. (Mouvement,) Voilà ce que nous n'admettrons jamais. Nous ne laisserons pas détruire la discipline de Tarmée. £t puisque, dès le premier jour de notre entrée dans cette enceinte, nous avons à nous expliquer sur une question importante, nous en profitons pour déclarer à la Chambre et au pays que nous voulons ardemment rétablissement d'un régime libéral... (Très bien! très hienl) mais que nous n'admettrons jamais que la liberté soit la faiblesse, encore moins Tabandon des principes fondamentaux, sans lesquels aucune société ne peut vivre et se développer. Et, précisément parce que nous serons dans toutes les circonstances des libéraux résolus, nous serons en même temps des hommes d'ordre inébranlables. » (Très bien! très bien! — Applaudissements.)
Mon collègue de la Guerre aurait pu à la rigueur se formaliser de ces paroles qui, sans démentir les siennes, semblaient les atténuer. Ce fut Gambetta qui s'emporta. Il répliqua brutalement à ma tentative de conciliation : « 11 n'y a pas entre nous une question de mesure, il y a une question de principes. Si vous voulez fôn-
der la liberté ayec TEmpire et que vous vouliez la fonder avec notre concours, il vous faut y renoncer et vous alleudre à ne le rencontrer jamais. Ce que nous voulons, c'est qu'& la place de la monarchie, on oi^anise une série d'insti* tutiuns cuiifurnies au sulîragc universel, à la souveraineté nationale ; c'est qu'on nous donne sans révolution, pacifiquement, cette forme de gouvernement dont vous savez tous le nom : la République! » (Rumeurs.) Ët, comme le tribun ne se souciait pas d'exposer sa personne à une répression légale, il mit immédiatement une sourdine à sa jactance révolutionnaire : « Ce n'est pas è dire pour cela que, nullement satisfait du présent, je chercherais à y porter remède par un appel à la force. U arrivera un moment où la majorité qui vous remplacera, sans secousse, sans émeute, sera amenée à un autre ordre de choses. Vous n'êtes qu'un pont entre la République de 1848 et la République à venir, et nous passerons le pont ( Oh ! oh ! Mouvement et bruiU divers.) Le jamais de Rouher, avait un pendant. Le jamais de Gambetta était, malgré toutes les précautions oratoires, le droit de cité proclamé pour la sédition. Le président eût dû condamner ce langage insurrectionnel : il demeura aussi indulgent devant la parole séditieuse de Gambella qu'il Tavait été devant l'insolence de Rochefort. Et la Gauche acquit la certitude qu'elle pourrait impunément tout se permettre. 11 ne m appartenait pas de faire justice : le rôle d'un ministre Tis-*à-vis des orateurs de l'opposition n'est que
de réfuter, le Président seul a celui de réprimer. Je réfutai donc ce discours proTOcateur : c< On
nous a dcdaré, qu'on veut agir constilulionnellement, n employer que des moyens constitutionnels. Puis, et immédiatement après, on a annoncé qu'on veut renverser la Constitution et qu'on n'a qu'une pensée, c'est d'inaugurer en France une forme nouvelle de gouvernements Je n'essaierai point de concilier ces deux propositions contradictoires. Je réponds à l'honorable M. Gambelta : Vous invoquez le suffrage universel , vous l'acceptez comme l'arbitre souverain... (Oui). Eh bien ! le suffrage universel a prononcé. Son approbation se trouve à l'origine de ce gouvernement. (Très bien! très bien!) J'affu^e, moi, qui étais dans la minorité du suffrage universel, que l'Ëmpire a été l'expression spontanée, libre, incontestable de la volonté de la nation. (Rumeurs sur quelques bancs de la gauche. — Approbations sur les autres bancs,) Si je n'en étais pas convaincu, il est deux choses que je n'aurais jamais faites : je ne lui aurais pas prêté serment, et jf» n'aurais pas accepté d'être son ministre. (Très bien!) Donc si c'est le suffrage universel qui est notre juge, il a prononcé; respectons ses décisions. » (Marques nombreuses d approbation.)
Jules Favrc s'indigna cL m'accusa de l'avoir ramené en plein régime autoritaire, d'avoir prétendu à restreindre une discussion qui ne devait pas connaître de limites, et de le soumettre à d'anciennes entraves, alors quil âc croyait
émancipé de la loi de terreur intellectuelle qui pesait sur les discussions. Qu'un homme sérieux ait osé parler de la terreur intellectuelle qui pesait sur le Corps législatif, après tous les discours agressifs, injurieux, anti-constitutionnels qui s'y tenaient depuis tant d'années, et qu'on le lui ait laissé dire sans le siffler, cela prouve seulement le peu dimpurlance qu ou attachait à ses affirmations.
Ce débat épuisé, Jules Simon doucereusement engagea les députés devenus juimstres, en attendant une disposition constitutionnelle qui les y obligerait, à se soumettre volontairement à la réélection. Chevaudier repoussa en quelques mots l'obligeant avis que Jules Simon, lorsqu'il fut devenu ministre, s'est bien gardé de pratiquer pour son compte.
Au sortir de cette séance passionnée où les hommes de la Gauche venaient de me déclarer la guerre, je trouvai, à mon entrée à la Chancellerie, la déclaration de guerre de l'Imprévu. On m'annonça que Pierre Bonaparte venait de tuer un rédacteur de la ManeUlaise^ Victor Woir.
CHAPiTKE XIU
L'AFFAIRE VICTOR NOIR
Pierre Napoléon Bonaparte, troisième fils de Lucieo, né à Rome le 11 octobre iSfS, avait
Tample lète ronde latine qui tùt été celle d\in César, si une moustache et une barbiche inesthétiques ne rayaient modernisée ; grand, d'une carrure vigoureuse et mabbive, l'expressiuii un peu sombre de son visage était tempérée par la douceur de deux yeux très bons. Le malheur (le ba >ie fut d'être un hoiume d'action, condamné à ne pas agir. Si on Tavait admis dans l'armée, comme il ne cessa de le réclamer en vain, il fût devenu certainement un homme de guerre distiogué. On le réduisit à n'être qu'un chasseur intrépide et un voyageur infatigable. Cela suffisait à tromper son activité physique; il occupait celle de son esprit, non moindre, par des compositions littéraires, et il écrivait, en itiilien et en français, des poèmes où se trouva ut des vers bien frappés d'une inspiration élevée ; mais la poésie n'épuisait pas ce qu'il y avait en lui de sensibilité ardente et un peu
L AFFAIEE VICTOR NOIE.
sauvage ; il lui en restait un superflu inemployé, frémissant, qui, à la moindre atteinte à ses sentiments ou à ses idées, le rendait âpre, emporté, d'autant plus terrible qu'il était toujours prêt à mettre au service de ses impétuosités une bravoure sans défaillance. A Tâge de dix-huit ans, il se jetait dans le mouvement italien de 1830. Une première fois exilé, il allait en Colombie et servait sous Santander avec honneur. Ayant obtenu de rentrer dans la patrie, il vivait, cette fois tranquillement, avec son frère et sa mère àCaiiiuo, lorsque, sur de fausses dénonciations, au moment où il allait partir pour la chasse, il est assailli à l'improviste par trente carabiniers. Il se défend héroïquemeul conlre ce guet-apens (3 mai 1836), tue un des agresseurs, mais tombe lui-même, percé de coups, est emporté à Rome, enfermé au fort Sai ut- Ange et condamné à mort. Les prières de sa mère, rintervention de la diplomatie anglaise, lui obtiennent uue commutation de sa peine en exil. Il se rend à New-York, où il trouve son cousin Louis Napoléon, avec lequel il vit en affectueuse intimité. De là il rejoint à Londres son oncle Joseph, va séjourner en Grèce, à Corfou. Dans une promenade en Albanie, il tue deux brigands qui se préparaient à lui tirer dessus. Enfin, il vient planter sa tente errante à Mohimont dans le Luxembourg.
En 1846, Duchtitel lui permet de visiter Paris 11 s'y précipite au lendemain de la Révolution de 1848, offre au gouvernement provisoire son bras
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et, sur la recommandation de Bëranger et de Louis Blanc, est nommé chef de bataillon au titré étranjî^er (19 avril 1848). La Corse l'eavoie à TAssemblee Constituante; il y siège parmi les républicains, en restant dévoué à son cousin, dont il aida la candidature à la présidence. Un montagnard ayant insulté Louis Napoléon, il le soufflette en pleine Chambre, est poursuivi et condamné à 500 francs d'amende. II ne demande au gouvernement du parent auquel il montre tant de zèle, qu'une faveur : être admis au titre français commandant dans l'armée française. Un Bonaparte refuse à un iionaparte ce que Louis-Philippe avait accordé au fils du maréchal Ney après la Révolution de 1830.
Cependant le prince a un moment d'espoir; on lui conseille de faire acte de présence dans son régiment en Algérie; alors il obtiendra la naturalisation de sua grade. Il se rend dans la province de Constantine devant Zaatcha assiégé. Il se conduit en brave, le premier à Fattaque, le dernier à la retraite, électrisant ses compagnons. La faveur promise n'arrive pas; il se dépite. Son général l'envoie à Alger, chercher des renforts. En route il les croise conduits par le colonel Canrobert. Jugeant sa mission terminée, il s'arrête à Philippeville et s'embarque après avoir averti le gouverneur général, qui, çn regrettant son départ, ne le relient pas. A son arrivée à Paris le ministre de la Guerre le révoque pour manquement à la discipline (19 novembre 1849). Le lils de Lucien ne pouvait
L'AFFAIRE VICTOR NOIR
guère être indigné d'un nouveau 18 Brumaire;
Pierre approuve dauLdiil plus le 2 décembre, qu'il y voit la consécration de la République et la réintégration du suffrage universel, dogme polilique de sa famille. La restauration de i'Ëmpire le satisfait moins, il n'a pas même à s'écarter, on Técarte; on renouvelle contre lui rexcliision qui avait frappé Lucitii, fjuoiqu'il fût le plus intelligent et le plus utile des frères du grand homme. Pierre n'appartiendra qu'à la famille civile de rEmpcreur, c'est-à-dire qu'il sera soumis à une discipline sévère, n'obtenant en compensation aucune part aux dignités de l'État. Doté cl une pension de 100 000 francs prise sur la liste civile de rfimpereur, il vint se fixer à Âuteuil. Ses jours s'y écoulaient dans la retraite, il ne paraissail pas à la Cour, étranger aux événements, demandant à ctiaque guerre de servir; se voyant toujours repoussé et se conso** lanl dans rainitié de quelques amis fidèles. Moi-même, en souvenir de ses relations cordiales avec mon père, j'allais le visiter dans cette retraite. Je le trouvais affectueux, simple, causant très bien de toutes clioses.
Il avait conservé un goût particulier pour les armes; s'exergait à une cible qu'il avait ol)tenu la permission d'établir dans son jardin et portait constamment dans sa poche, même le matin eu robe de chambre, un revolver que la nuit il plaçait sous son oreiller. Cette habitude bizarre s'explique par la vie qu'il avait menée dans la cauipagne romaine : on y était exposé à des in-
cursions subites de brigands. Parfois, à l'heure du repas, ils smtroduisaient dans la cuisine, tuaient les serviteurs et se ruaient sur les maîtres à table. Malheur alors si on n*était pas armé. Plus d'un prupriétaire gardait, en dînant ou soupant, son revolver à côté de son assiette.
Il avait eu d'une femme de modeste origine, d'une beauté remarquable, d'un caractère haut et intrépide, deux charmants enfants, Roland et Jeanne, dans la physionomie enfantine desquels on retrouvait déjà la force intelligente et la majesté gracieuse des hommes et des femmes de la famille Bonaparte. Il souhaitait ardem* ment régulariser leur état, mais le consentement nécessaire de l'Empereur lui était refusé comme avait été refusé à son père celui de son oncle. « Quand un a Thonneur, lui écrivait Napoléon lU, de porter votre nom, il est des convenances dont il faut avoir le respect. La gêne qu'elles impo&ent n'est, après tout, que la faible compensation d'avantages partout enviés, et auxquels, je suppose, vous ne voudriez pas renoncer (27 avril 1867). »
Le respect contient à peine Tindignation du prince : « Si c'est d'une mésedliance que Votre Majesté vent parler, elle serait moindre, eu égard surtout aux positions respectives^ que d'autres mésalliances contractées dans la famille. Je ne saisis pas bien quels sont les avantages que Votre Majesté dit partout enviés. S'il s'agit de titres qui ne sont pas même ceux qui me se* raient dus sous TEmpire, et que n'accompagne
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pas, d'ailleurs, la situation d'usage, je n'y tiens guère, et j'en ai voté la suppression quand j'avais l'honneur de siéger à l'Assemblée nationale constituante. S'il s'agit de mon nom, je ne le dois qu'à ma naissance, à mon père, qui, certes, ne m'a pas donné l'exemple de la défection aux sentiments qu'il m'inspire. S'il s'agit eiiliii de l aliociilion que Votre Majesté m'octroie, elle ne représente qu'une très faible partie des biens dont les Bourbons nous ont frustrés par une sp(j/i(Uio/i inique, pour me servir des propres expressions de Votre Majesté, dans un document officiel que j'ai entre les mains. Pour me résumer, Sire, je ne faillirai pas, coûte que coûte, à mes devoirs paternels, et, s'il le faut, je saurai, moi qui, pendant quatre ans passés à la Représentation nalioiiale, n'ai pas déposé un vote, un seul vote contraire à la liberté des autres, reprendre la route de l'exil et demander plus d'équité à un peuple libre. Je n'en suis pas moins avec respect. Sire, de Votre Majesté le très humble et très obéissant serviteur (25 avril 1867). »
11 vivait ainsi, quand un événement tragique tira le prince de l'obscurité et le jeta bruyamment sur la scène politique. Le parti radical, avait fondé, en Corse, un journal, la Remnche^ dont la mission était de vilipender Napoléon et sa famille. Un antre journal, l'Avenir de la Corée f lui répondait. Les diatribes de la Remnchê devinrent telles, que le prince Pierre, perdant patience, ce qui n'était pas long avec
lui, écarta son rédacteur, et répliqua par une lettre qui, du premier coup, égalait, au moins, les attaques les plus emportées. Il disait des rédacteurs de la Revanche: « Ce sont de lâches Judas, traîtres à leur pays, et que leurs propres parents eussent autrefois jetés à la mer dans un sac; ce sont des mendiants, des vagabonds, des traîtres, des hommes auxquels les portefaix de Bastia devraient donner une « leçon touchante », des hommes dont on devrait jeter les boyaux en pleins champs, « le stentine per le porette ».
Paschal Grousset, rédacteur de la Marseillaise et directeur réel, par correspondance, de la lîevanche, réplique dans ce journal, sous la signature de Tommasi, et dans la Marseillaise, sous celle de La Vigne, par des articles dans lesquels, mêlant au débat ceux qui devaient y rester étrangers, il attaquait la princesse Mathilde et disait : « Grattez un Bonaparte, vous verrez apparaître la hèle féroce. » Il ne se contente pas de ces insultes; il charge ses amis Victor Salmon Noir et Ulric de Fonvielle d'aller le lendemain, sans en instruire Rochefort, demander raison au prince. Démarche inexplicable, puisque son nom ne se trouvait pas au bas des articles et qu'il n'était autorisé à demander raison h personne De son côté le prince Pierre envoie une demande de réparation à Tommasi, puis, rendant directement Rochefort responsable de Tarticle signé La Vigne, met à la poste une provocation insultante rédigée de concert avec Paul de Cassagnac, que le reproduisait aussitôt-
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« Monsieur, — Après avoir outragé, l'un après rauire, chacun des miens, et n avoir épargné ni les femmes ni les enfants, voâs m'insultez par la plume d*un de vos manœuvres. C'est tout naturely et mon tour devait arriver. Seulement, j'ai peut-être un avantage sur la plupart de ceux qui portent mon nom : c'est d'être un simple particulier, tout en étant Bonaparte. Je viens donc vous demander si votre encrier se trouve garanti par votre poitrine, et je vous avoue que je n'ai qu'une médiocre conliaiice dans l'issue de ma démarche. J'apprends en effet par les journaux que vos électeurs vous ont donné le mandat impéralil de refuser toute réparation d'honneur, et de conserver voire précieuse exis^ tence. Néanmoins j'ose tenter l'aventure, dans l'espoir qu'un faiblo reste de sentiment français vous fera vous départir, en ma faveur, des mesures de prudence et de précaution dans lesquelles vous vous êtes réfugié. Si donc, par hasard, vous consentez à tirer les verrous protecteurs qui rendent votre honorable personne deux fois inviolable, vous ne me trouverez ni dans un palais ni dans un château. J'habite tout bonnement 59, rue d'Auteuil, et je vous promets que, si vous vous y présentez, on ne dira pas que je suis sorti. En attendant votre réponse^ j'ai encore l'honneur de vous saluer. »
Cette lettre arriva à la Marseillaise dans la matinée du 10, entre les mains de Millière, chargé du dépouillement de la correspondance. Il la porta à Rochefort. Celui-ci le prie d'aller
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dans la jouriiée même, avec un autre de ses rédacteurs Arthur Arnould, demander réparation au prince. Une double affaire s'engage; dans l'après-midi du 10, deux groupes de témoins s acheminent vers le numéro 59 de la rue d'Auteuil : Millière et Amonld, témoins de Rochefor! : Victor Noir et Fonvielle, témoins de Paschal Grousset, qui, lui-même, accompagnait ses témoins avec son ami Sauton. Si les témoins de Hochefort étaient arrivés les premiers, il n'y aurait paseu de drame ; malheureusement, attardés ils furent devancés par les antres. La démarche (le Grousset ne pouvait s'expliquer que par le désir d altir^ r 1 attention, en devenant l'acteur principal d'un scandale. Il avait bien choisi ses auxiliaires. Salm(jn, dit Viclur Noir, Ulric de Fonvielle étaient de braves jeunes gens tant que leurs passions politiques n'entraient pas en ji a; ^inmi ils perdaient toute notion du bien et du mal. Fonvielle déclarait publiquement que « la calomnie est une arme dont on a le droit de se servir contre ses enix mis* ». Victor Noir, completemeut illettré, gagnait sa vie à des besognes manuelles, lorsque le chroniqueur Aurélien Scholl le lit entrer à la MarseÛhise, parce qu'il était grand, fort et solide, afin d'y remplir le rôle de fier-à-bras et « faire passer par la fenêtre ou par les escaliers les personnes qui venaient se plaindre d'avoir été insultées ». U assista Rochefort lorsque celui-ci s'en fut