Paris livré f p. o
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diat. — Sans doute, mais dans quel sens? — Il faut poursuivre. — Ah I si tu penses ainsi, fait TEmpereur rassuré, entre dans mon cabinet. Et OUivier? Sais-tu ce qu'il pense ? — Non^ je ne l'ai pas vu, mais je crois qu'il sera de mon avis. » — Alors la figure de l'Empereur s'éclaira. J'arrivai quelques instants après et j'exprimai avec vigueur l'opinion que le Prince m'avait supposée. Le conseil des ministres approuva sans débat notre résolution.
L'article de Rochefort avait été le premier acledc rafl\iire. Son interpellation àla Chambre fut le second. 11 ne fut pas moins violent. Rochefort commença : « Un assassinat a été commis hier sur an jeune homme couvert d'un mandat sacré, celui de témoin, c'est-à-dire de parlementaire, dans une affaire d'honneur. L'assassin est un membre de la famille impériale, cousin germain de l'Empereur. Je driiiande à M. le ministre de la Justice s'il a l'intention d'opposer au jugement et à la condamnation probable de ce personnage la fin de non-recevoir qu'on oppose ordinairement à ceux qui ont été frustrés ou même bàioanés par de hauts dignitaires de l'Empire. — Messieurs, la situation est grave, l'agitation est énorme. L'assassiné est un enfant du [)ciiple et le peuple demande à juger lui-même i assassin (Vives exclamations!) c'està-dire qu'il demande le jury. On en est à se demander si la famille Bonaparte a le privilège des coups de pistolet. ( A tordre ! à tordre !) Je déclare ici qu'en présence des faits qui se sont
passés liier, en présence des faits qui se sont passés depuis longtemps, on se demande si on est sous les Bonaparte ou sous les Borgia. Au milieu des exclamations indignées de l'Assemblée, le président rappelle Torateur à Tordre. Je montai aussitôt à la tribune et je tâchai, sans nie départir de ma modération systématique, que les conspirateurs apprissent à qui ils auraient affaire. « Un événement douloureux... (Roche fort. — Un événement douloureux!,.. Mats ce n'est pas seulement un événement, c'est un assassinat. — (Allons donc! — N interrompez pas!) Si M. Rochelurl cuuuaissait un peu mieux ces règles de la justice, dont il se prétend Tunique représentant, il saurait que, lorsqu'un citoyen est mis sous la main de la justice, sous une accusation quelconque, il n'appartient à personne de devancer, la décision de la justice et de le flétrir. (Très Inen ! très bien .9 Et ce n'est pas de moi, qui représente la magistrature française, qu'on obtiendra un tel oul)li des convoiiMnces. (Approbation.) Un événement douloureux s'est produit hier. Dès que le ministre de la Justice en a été instruit, il a immédiatement donné Tordre de procéder k Tarrestation du prince Pierre Bonaparte. J'ai soumis, en conséquence, immédiatement à la signature de l'Empereur un décret qui convoque la Haute Cour. Ce que je tiens à dire, parce que vous avez parlé comme quelqu^un qui Tignore et parce qu'il importe que le pays le sache, c'est qu'il ne s'agit pas de renvoyer la connais-
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sance de l'inculpation relevée contre une personne appartenant à la famille de FEmpereur devant des juges sans dignité et sans indépeu; dance. Je ne tolère pas, Monsieur, que vous . disiez d'aucun magistrat qu'il manque de dignité et d'indépendance. (Très bienl très bienl — Rùchefort: Je consulte mes condamnations,.. — Lmssez parler!) » Vous n'avez qu'à consulter ceux de nos collègues qui siègent à coté de vous, et qui, tous les jours, exercent leur profession devant les tribunaux : ils vous répondront que la magistrature française ne manque ni de dignité ni d'indépendance. (Très bien ! très bieti !) Elle ne se compose pas seulement de magistrats, et, loin d'être privée de la garantie sociale et individuelle qui résuite d'un jury, elle se compose dHin jury plus nombreux que le jury ordinaire, choisi par la voie du tirage au sort parmi les conseillers généraux de tous les déparlements. Vous faites, à chaque instant, appel à l'opinion publique du pays ; pourquoi donc vous plaignez-vous que le pays tout entier, et non pas seulement la ville de Paris, soit le juge du prince Bonaparte? (Vive approbation.) Le Gouvernement a rempli son devoir... (Oui! oui!) il l'a rempli avec fermeté, avec promptitude, avec décision. ( C'est 1res vrai ! — Très bien! très bien!) N'exagérons pas la gravité de la situation : un homicide a été commis par un personnage haut placé; nous le poursuivons, et nous prouvons que, fidèles aux principes démocratiques, nous soumettons les grands comme les
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petits à la justice du pays. (Vives et nombreuses marques approbation.) Quant à ces excitations par lesquelles on essaye de soulever le sentiment populaire en parlant d\< homme du peuple tué » et en publiant dans les journaux des images sanglaiilos de nature à échauffer les imaginations, exalter les têtes, nous les contem* pions sans crainte : nous sommes la loi, nous sommes le droit, aous sommes la modération, nous sommes la liberté. Si vous nous y contraignez, nous serons la force. »
Ces dernières paroles, que je prononçai lentement, d'une voix grave, sans fanfaronnade, les yeux fixés sur Rochefort, furent accueillies par une explosion de bravos et d'applaudissements. Et pour les souligner encore mieux et prouver sans retard que les actes ne démentiraient pas les paroles, je fis immédiatement après déposer sur le bureau la demande en autorisation de poursuites du procureur général. La Chambre renvoya Texamen de cette demande au lendemain dans les bureaux.
Pendant toute la journée, le meurtre de
Victor Noir fut Tobjet des conversations passionnées dans tous les quartiers de Paris. Oa colportait une photographie représentant le
pauvre garçon sur son lit de mort. La jeunesse se prête aisément à une transformation idéale.
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Oa le dépeigaait, comme un héros immaculé, en route yers la gloire, Tamour et le bonheur ;
il était beau, il avait une fiancée qui l'était plus encore, et, par contraste, on montrait le prince Pierre, sous la figure d'un monstre, assassin en Italie, duelliste à New-York, déserteur en Afrique, nu urtrier en Albanie, souftleteur de vieillards à Paris, laissant sur son passage des traces de sang. On racontait qu'avant de partir pour la maison de meurtre, Victor Noir s'était fait ganter une main par sa belle*sœur, Tautre par sa fiancée; et à toutes deux, une heure après, on rapportait un cadavre !
Ces rumeurs étaient recueillies, colportées, envenimées par les journaux du soir, le récit de Fon vielle présenté comme une certitude. A Texplosion mélodramatique d'une douleur qu'ils ne ressentais iit pas, les journalistes mêlaient des injures contre ie prince et les Bonaparte rendus tous responsables de ce monstre. Tous ces articles étaient odieux. Un cependant, signé par Yermorel, les dépassa. 11 ayait paru dans un encadrement de deuil, avec
ce litre : « Assassins » : « Désormais il ac doit plus y avoir d'hésitation. 11 faut que tous les gens de cœur déclarent la vendetta à tous les membres de la famille Bonaparle et à tous ceux qui oseront prendre sa déiense et se déclarer solidaires de ses actes. En même temps que M. Victor Noir, nous avons à venger les victimes du boulevard Montmartre et tous les malheureux connus et ignorés qui ont été
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assassinés depuis dix-huit ans. 11 faut en finir avec ces provocations, avec ces guet-apens, avec ces infamies, avec ces turpitudes, avec ces hypocrisies ! La conscience de l'humanité étouffée depuis dix-huit ans crie : Vengeance ! ... »
Dans la soirée du H, le mouvement de réprobation contre le prince Pierre était presque unanime. Je ne crois pas qu'il se soit souvent élevé, contre un gouvernement, une telle tempête de sensibilité et d'indignation. Les révolutionnaires, qui avaient soufflé le feu, étaient tellement entraînés eux-mêmes par leurs propres provocations, qu'ils ne doutaient pas de voir le lendemain la chute de l'Empire. Les réunions publiques furent des rendez-vous de révolution. A la salle Molière le président invite l'assemblée à se lever et à se découvrir. Il déploie un crêpe noir, en couvre le bureau, et dit : « Citoyens, le moment est solennel, nous devons resserrer nos rangs en présence du crime épouvantable qui vient d'être commis. Nous n'avons pas le droit de nous compromettre ce soir : à demain à une heure, à Ncuilly. — Oui, oui ! nous irons tous », reprend l'assistance. A Belleville on avait aussi déployé un crêpe noir sur le bureau. Les orateurs traitent les membres de la famille impériale de coquins, misérables, canailles, assassins, voleurs, reptiles, et s'excitent à les assassiner le lendemain. « 11 faut que demain, dit Flourens, le drapeau de la République soit triomphant. » Rochefort invite à amener au convoi tous ceux qu'on pourra entraîner : « Nous
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rendrons ainsi plus imposante une manifestation^ qui prouvera au tyran que nous sommes unis et las de courber la tète devant le despotisme et 1 assassinat. — Demain à cette heure, disaient-ils tous, TEmpire aura été renversé. » A Neuilly, dans la maison du mort, l'agitation n'était pas muiiidre : la police craignait qu'on enlevât le corps pour le porter à la Marseillaise f les démagogues, qu'on s'en emparât pour éviter les funérailles. Les uns veillaient sur les autres.
De notre côté, nous ne restions pas inactifs. La vente de la photographie de Victor Noir mort avait été interdite, le permis d'inhumation au Père-Lachaise refusé, l'article de Vermorel déféré à la justice. Enfin, nous nous réunîmes aux Tuileries en une sorte de conseil de guerre composé du général Le Bœuf, du maréchal Canrobert, commandant le 1"^" corps d'armée de Paris, du maréchal Bazaine, coiHiiuuidant de la Garde impériale, du préfet de police, de Ghevandier et de moi. Chevandier demanda préalablement que riuiiiative des mesures répressives lui fût laissée et que la force militaire n'agît que sur sa réquisition ou celle des agents auxquels il déléguerait ses pouvoirs : il entendait rester seul responsable de tout, mais à la condition qu'il dirigerait tout. Son exigence était conforme à la loi et ne fut pas contestée.
1. Être allé au convoi de Victor Noir a été considéré comme un acte de civisme républicain. Sadi Carnot, ayant à recommander un candidat aux élections, disait : «n a été au convoi de Victor Noir. »
A mon tour, j'insistai pour qu'on s'écartât des errements suivis en pareille occurrence. Il était admis, en cas de menace de troubles, qu'on devait tenir les troupes consignées et ne les montrer que lorsque Témeute était caractérisée. Je demandai que, tout en évitant les inconvénients d'un stationnement prématuré en contact avec la foule, on déplaçât les troupes ostensiblement et les envoyât bruyamment occuper les positions fixées, avant tout commencement d'émeute. Décidés à une répression énergique, nous ne devions rien négliger pour en éviter la pénible nécessité. J'étais convaincu que, dès que les révolutionnaires verraient des soldats dans les rues, leur ardeur se calmerait et qu'ils rentreraient sous terre. Les militaires firent quelques objections, mais l'Empereur se rangea de mon côté, et le point fut accordé .
Là-dessus nous arrêtâmes le plan des opérations. On n'enverrait à Neuilly ni troupes ni police; on laisserait ce champ libre aux émeutiers; ils pourraient y circuler, hurler, manifester, haranguer, promener leur mort sans obstacle. Notre action ne commencerait que si, au lieu de se rendre au cimetière de Neuilly, ils se dirigeaient sur le Père-Lachaise. Nous les laisserions alors arriver jusqu'au Rond-Point, où les attendraient les forces de police et une brigade de cavalerie légère venue de Versailles. Des batteries d'artillerie appelées de Vincennes un régiment de la Garde, un régiment de cui-
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rassiers de Courbevoie recevraient l'ordre de marcher derrière la manifestation et de la suivre en laissant toujours cinq cents pas entre elle et les chevaux. Le convoi était annoncé pour onze heures. Il était probable, à cause des retards inévitables, qu41 ne se mettrait pas en route avant midi. Si les meneurs marchaient sur les Champs-Élysées, ils pouvaient y arriver vers une heure et demie. Il fut donc entendu que police et troupes se trouveraient au lieu assigné à une heure. Le préfet de police y enverrait ses agents, et le maréchal Canrobert ses soldats. Enfin nous résolûmes d'interdire toutes les réunions publiques annoncées pour le soir. « Il fauty me dit Le Bœuf en sortant ayec moi, que l'Empereur ait une bien grande confiance en vous, pour vous accorder ce déploiement ostensible de troupes, qu'il a toujours refusé. » « Pourquoi, disait en même temps Bazaine h TEmpereur, tant de ménagements? Il faudrait sabrer les émeutiers, dès qu'ils se montreraient n'importe où, et la révolution serait ainsi décapitée. » L'Empereur répondit qu'il n'agirait que suivant l'avis de ses ministres.
Les peuples sont plus exacts encore que les rois, car toujours ils devancent les rendez-vous. Le lendemain 12, dès dix heures du matin, de
tous les coins de Paris, à pied, par le chemin
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de fer et par les omnibus, on s'acheminait, isolément ou par groupes, vers la maison de Victor Noir. Les services de police établis à la barrière évaluent à cent mille le nombre de personnes
qui passèreiit par la Porte de Neuilly. Cette foule se composait d'éléments bien divers; il y avait des ouvriers et des étudiants, un bouquet d'immortelles à la boutoninère; il y avait les chefs révolutionnaires et leurs adeptes avec des armes cachées sous leurs vêtements ; il y avait le liiunde souterrain, « cette hideuse contre-société occulte qui vit sous la société publique »^ décrite par Eugène Sue et Victor Hugo, qui sort de sa miit aux jours de troubles, cherchant une proie ; il y avait des badauds,veni]s là comme au feu d'artifice, chantant des refrains populaires empruntés au répertoire des cafés-concerts; il y avait tout ce moude féminin qui court après les distractions ou après les émotions et qui venait à Neuilly < (niime il va sur la place de la Koquette un jour d'exécution. Des personnages lugubres circulaient dans les groupes et donnaient des mois d'ordre. Sans doute les curieux étaient en plus grand nombre que les hommes d'action^ et la passion politique comptait à peine à elle vingt à quarante mille individus; mais parfois, dans les jours sombres, il passe sur les foules des souffles étranges qui les mènent où elles n'avaient pas Tintention d'aller. 11 suffit d'un cri jeté... On comptait sur ce cri.
Parmi les chefs accourus, on remarquait Flouréns, Vermorel, Delescluze, Ulric de Fon-
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vielle; dans lombre se glissait Blaiiqui, qui, supposant que la journée serait meurtrière, était allé la veille dire adieu à sa sœur. Aucun dés députés de la Gauche n'était présent, et cette absence était vivement censurée. Dès le matin plus de quatre cents personnes stationnaient aux abords de la maison. A m uf heures, le père de Victor Noir arrive, regarde un instant son iils étendu y pose un doigt sur son front et dit : «Victor, écoute; ton père ne demande qu'une chose, justice, non pas la justice des princes à rhomme du peuple, mais une justice légale, loyale et véritable, autrement je rentre dans mon droit, un Corse t'a frappé, en Corse j'agirai. » Vers une heure parait Rochefort; on Tacclame, mais quelques voix arrctent cette manifestation inconvenante. Les émeuliers étaient évidemment décontenancés d'être laissés à eux*mêmes, libres de suivre leurs inspirations. Le moindre déploiement de forces motivant une reculade les aurait mis à Taise et tirés de perplexité. « A Paris ! à Paris ! » criaient les fous et les héroïques, en tête desquels était Fiourens. — Non, répondaient les timides et les sages, àNeuilly I » Le frère de Victor Noir s'opposait, au nom de la famille au transport à Paris. Les éneigumenes se moquaient bien de la famille* « Le corps est à nous, répondit Fiourens, nous le voulons. Pas un soldat de la garnison de Paris qui ne sympathise avec les vengeurs du pauvre assassiné. Après avoir essuyé une fois le feu de l'armée, si nous avons le courage de marcher tous en
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avant, portant notre mort dans nos bras, elle fraternisera avec nous. De pareils accidents ne se présentent qu'une fois dans la vie d'un peuple, ne pas en profiter serait une couardise. »
Mais Kûchefort, soufflé par Delescluze, se présente à une fenêtre du second étage et dit : « Citoyens, en présence d'un événement aussi grave, d'une situation aussi difficile, je comprends qu'il est impossible de conserver la modération que commandent les intérêts de notre belle cause. Des obstacles insurmontables nous attendent à Paris. Le gouvernement, je le sais de source certaine, a pris des dispositions stratégiques formidables. 11 est à peu près impossible de porter le corps de Noir dans Paris. L'ennemi, toujours prêté nous écraser, nous aliéna de pied ferme. Nous sommes en nombre, je suis heureux de le constater, pour le repousser, mais il est armé et bien armé, et vous, citoyens, vous ne Têtes pas! Ahl vous ne savez pas que ce serait courir à une mort certaine, car le gouvernement n'attend que ce moment pour en finir .à jamais avec la République, déjà forte et bien défendue. Quant à notre vengeance, nous l'aurons ! Jamais un gouvernement sur la pente ne s'est relevé quand il a commencé à glisser. Sa chute est proche, sa chute est fatale! C'est pourquoi je vous de^ mande patience et calme. Conduisons notre frère au cimetière de Neuilly et descendons sans trouble dans Paris. »
Pourquoi ces conseils de calme succédant, au
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moment décisif, aux incitations furibondes de la veille? Parce que la veille on espérait décontenancer le gouvernement, parce que la veille, Tautorisation de poursuites n'étant pas déposée, Rochefort n^avait pas dans ses oreilles le bruit de mes paroles : « Si vous nous y contraignez, nous serons la force. » Des réclamations emportées accueillirent ces exhortations. Delescluze confirma les sages paroles de Rochefort : « Il faut se conformer aux vœux de la famille de Victor Noir. 11 faut laisser le convoi se diriger vers le cimetière de Neuilly. (iSon! /io;? .9 Citoyens, à Neuillyl à Neuilly! » (Ouil oui!)
« En toute entreprise dangereuse, audacieuse, il suffit, dit avec désespoir Flourens en racontant sa déception, qu'un conseil de prudence se fasse entendre avec quelque autorité pour que rinstincl du salut individuel domine chez la plupart, étouffe le courage, la toute-puissante audace ^ » Rochefort et Delescluze l'emportèrent. Vers trois heures et demie ou parvicut pénihlemeut à descendre le corps et à le poser sur le corbillard. Un cordon rouge attaché aux coins du cercueil reliait entre eux les ami s et les coreligionnaires, Hocheiort se place sur la planchette de dessus du corbillard comme une sentinelle pour garder un dépôt. De là, de temps en temps, il apaise la multitude. L'alUuence est extraordinaire; on garde un silence farouche; les arbres sont chargés de grappes d'hommes,