Reme des Deux Mondes, 1®' février
L*£HPIRB LIBÉRAL,
mon ministère, je n'aurais pas pu traverser cette
crise. » Les félicilations recommencèrent à nous arriver de tous les côtés et parmi les plus empressées furent celles de Tépiscopat qui^ de Rome, suivait nos pcripélies. M'' Freppel m'écrivit : (c Je n'ai pas été surpris de voir avec quelle sûreté et quelle largeur vous avez abordé, dès voire entrée au Ministère, le problème si difficile de l'union de la liberté avec Tautorité. Il n'y a qu'une voix à Rome pour rendre hommage au calme et à la fermeté que vous déployez. » (20 janvier.)
Les révolutionnaires^ dans leurs histoires frelatées ou dans leurs discours au pied du monument de Victor Noir, ont eu Teffronterie de dire : « L'Empire était blessé à mort ; la balle d'Auteuil l'acheva. » Pensez le contraire! On croyait l'Empire blessé à mort, la balle d'Auteuil fut comme un fait providentiel démontrant que, sous le régime libéral, il élaît plus vivant que jamais. La véritable agonie qui commença le 12 janvier fut celle du parti révolutionnaire, dont le plébiscite allait bientôt sonner la dernière heure.
Après les événements viennent les comptes. Flourens irrité se retira de la Marseiilaise, et Delescluze écarta les reproches qu'on lui adressait, en gourmandant la Gauche. « Quand Paris envoie deux cent mille hommes au convoi de Victor Noir» assassiné par Pierre Bonaparte, il y avait un devoir à remplir, et notamment pour les élus de Paris, c'était de se mêler à leurs électeurs,
L'AFFAIRE VICTOR NOIH.
de les précéder, de les conduire. Ce devoir, la
Gauche y a manqué. » Delescluze et Rochefort s'excusaient de leur prudence eu alléguant qu ils avaient préservé le peuple d'un guet-apens de la réaction.
En eiïet c'était la réaction qui avait rédigé le manifeste provocateur de Rochefort, elle qui avait dénoncé les Bonaparte comme assassins et appelé le peuple à la vengeance! M"^<^ de Tencin disait : « Les hommes d'esprit se trompent toujours, en ce qu'ils ne supposent pas les hommes aussi bètes qu'ils sont. » Ou ne pourra pas adresser ce reproche à MM. Delescluze et Rochefort.
Vaincre ne suilil pas ; il faut savoir user de 6a victoire. Beaucoup de libéraux, plus ou moins
nos amis, nous cons(Mllrrent de la sceller en retirant noire demande de poursuites contre Rochefort. Dans une réunion du Centre gauche, Thiers, tout en déclarant qu'il appuyait le ministère, dit (c qu'aujourd'hui il vaudrait peutêtre mieux que la demande en autorisation de poursuites n'eût pas été déposée ». Des hommes éminents étrangers à la poli tique, tels que Octave Feuillet, Alexandre Dumas fils, me faisaient par* venir leurs plus chaleureuses instances : « Mon cher Colbert, m'écrivait Dumas, si j'avais le talent, la responsabilité et la position de ministre de la Justice, je monterais aujourd'hui à la tri-
L EMFliiiu LIBERAL.
buue et je dirais tout simplement : « Nous reti— « rons notre proposition de poursuites contre Ro- « chefort. » Aujourd'hui Rochefort n'est plus à blâmer, il n'est qu'a plaindre. Et c'est quelqu'un qui Yous aime depuis longtemps qui se permet de vous dire ça. »
Le plus pressant de tous fut Émile de Girardin. 11 ne comprenait pas que nous hésitions à renoncer à nos poursuites^ « Il a reculé. A quoi vous servira une poursuite? A prolonger Tagitation, à provoquer une nouvelle journée, à augmenter sa popularité par le prestige de la persécution. Il ne sera ilan tant que vous le laisserez dire; dès que vous l'aurez frappé, il sera quelque chose. Le dédain est la véritable manière de Tachever. » Je me roidis contre tous ces conseils, et lus inébranlable. Le dédain est en effet la meilleure réponse aux outrages personnels. J'en ai donné toute ma vie un long exemple. Mais il est coupable de croire que par le dédain on sauvegardera une société dont on a la charge, contre les entreprises de révolutionnaires organisés et dépourvus de scrupule moral ; contre eux il n'y a d'efficace que le châtiment, et malheur aux gouvernements qui le leur épargnent. De loiis temps, les observateurs perspicaces nous Tout enseigné. « Sans sévérité^ a dit Cicéron, on ne peut gouverner la cité^ » Mallet du Pan- : a II faut toujours obsei-ver