‹ L'empire libéralChapitre 78 sur 99 · octobre · texte numérisé non relu

octobre

présentent au secrétariat du ministère et y déposent un mémoire avec leur démission (i"" février). « Je ne puis vous le dissimuler^ écrivit Segris à Le Verrier en lui annonçant cette nouvelle; je suis péniblemeiil ailecté de voir un établissement aussi important que l'Observatoire dans un tel état de désorganisation; je suis en même temps très préoccupé de rimpérieuse nécessité d'y apporter un prompt remède. Vous m^avez exprimé le désir d'être reçu par moi, samedi prochain S février; vous serez assuré de me trouver à mon cabinet à huit heures et demie du malin. »

A la lin de la séance du 2 féviier, jour où Le Verrier était averti du rendez-vous que lui donnait Segris, Guyot-Montpayroux demandait à interpeller le gouvernement sur la situation actuelle de rObservatoire. Segris répondit en termes mesurés que, le matin même, il avait nommé une commission composée de deux officiers supérieurs de la marine^ membres du conseil d amirauté, quatre savants et un inspecteur des linances, afin de recheixher les causes de la démission du personnel et d'examiner la comptabilité et les inventaires. En rentrant au ministère, Segris apprend que, sans attendre le rendez-vous du 5 au matin, Le Verrier, abusant de sa position de sénateur, venait, dans la séance de ce jour^ de déposer une interpellation par laquelle, en vertu du sénatus-consulte du 8 septembre 1869, il demamlMit à interpeller le gouvernement a sur les incidents relatifs à

radministration de TObservatoire impérial ». Le ministre était ainsi appelé par son subordonné à la barre du Sénat et sommé de fournir des explications^ lui qui avail droit d'en demander. U ressentit Timpertinence et châtia la ré- \'olte. 11 avertit le soir même Le Verrier de ne point venir au rendez-vous fixé et fit approuver par le Conseil et l'Empereur un arrêté de destituiion^

En frappant ainsi un personnage haut placé, réputé dans la faveur impériale, nous faisions savoir à tons que nous ne tolérerions nulle part un manquement aux règles de Tordre et de la hiérarchie. Le Verrier essaya vainement de jusliiier sa conduite au Sénat. Les explications

i. ce Considérant que la direction de l'Observatoire impérial est confiée à an directeur nommé par Nous et placé sous l'autorité de notre ministre-secrétaire d'État au département de rinstruction publique ; considérant que tous les chefs de service de cet établissement ont donné leur démission motivée sur des faits imputés par eux au directeur et que les services de l'Observatoire impérial se trouvent ainsi compromis et désorganisés ; que sans attendre les résultats de Teiiquéte demandée par lui à notre ministre de rinstruction publique par sa lettre du 29 janvier dernier et au moment où après nomination d'une commission il allait y être procédé, M. Le Verrier, directeur de l'Observatoire, a cru devoir, eu sa qualité de sénateur, porter devant le Sénat une demande d'interpellation adressée par lui au gouvernement sur les incidents relatifs à l'administration de l'Observatoire impérial; considérant qu'une telle interversion des situations et des rôles serait de nature à porter atteinte à toutes les règles hiérarchiques et à la discipline, si la qualité de directeur de TObservatoire, avec les obligations qu'eUe lui impose, était, en l'état, maintenue à M. Le Verrier, Décrète; — M. Le Verrier est relevé de ses fonctions (5 février). »

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loyales de Segris, écoutées avec une faveur marquée, furent confirmées par un ordre du jour pur et simple, voté à une immense majorité. Celt(î mesure reçut une approbation presque générale; Tinsupportable caractère de Le Verrier faisait oublier sa grande valeur scientifique

Nous eûmes à résoudre une autre question scientifique relative à Renan. Duruy n'ayant pas

cru qu'il fût possible de lui permettre de remonter dans la chaire d'hébreu dont il avait été écarté par une suspension, à la suite de sa leçon d'ouverture (26 février 1862), Tavait uonimé à la Bibliothèque impériale. Renan, ayant refusé, fut révoqué et remplacé dans sa chaire d'hébreu

1. « Monsieur le Ministre, Votre Ministère vient de rendre le pluséminent service à la science. En relevant M. Le Verrier de ses fonctions de directeur de l'Observatoire, on permet enfin à l'astronomie française de se constituer sur la base solide qui lui convient et de s'élever dans une atmosphère désormais pure et paisible. Permettez -moi de vous adresser les f<^licitations sincères et les remerciements profonds d'un ami de la science pour cet a -te de courageuse justice. Quatre années passées sous cette prcss^ion ombrageuse m'en avaient assez fait sentir la fatale influence. Depuis plusieurs années j'avais déclaré la guerre à l'égoîsme dictatorial; ce que nous n'avions entièrem^^nt obtenu du sage et laborieux Duruy, vous venez de le donner libéralement à la France. Soyez assuré, Monsieur le Ministre, que Facte qui vient d'être accompli aura un rentissement glorieux dans l'Europe entière et une page de reconnaissance dans l'histoire de l'astronomie. Et souvenez-vous que je suis cordialement dévoué au grand Ministre qui sait mettre les intérêts généraux de la « République » au-dessus de toutes les mesi|uioes querelles de parti. J'ai l'honneur d'être, etc. — Camille Flamiiariox. »

(EUVRË ADMINISTRATIVE DU MINISTÈRE. S3l

le il juin 1864. Le titulaire de la chaire étant

décédé, Renan fît instance auprès de nous pour qu'il fût pourvu à la vacance de la chaire suivant le mode ordinaire , sur la présentation d'une liste de candidats faite par le Collège de France et l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Benan, ayant été placé le premier sur la liste par les deux corps; s;i nomination ne paraissait plus qu'une question de forme. 11 s'efforça encore de la faciliter par l'engagement de se renfermer dans Tctude exégétique des textes. Il était parfaitement sincère, car tout en sauvegardant l'indépendance personnelle de sa propre pensée il ne s'est jamais montré agressif contre le catholicisme, et il a maintes fois professé « qu'un immense abaissement moral et peut-être intellectuel, suivrait le jour où la religion disparaîtrait du monde »^ que « nous ne pouvons nous passer de religion que parce que d'autres en ont pour nous; et que riioninie vaut en proportion du sentiment religieux qu'il emporte avec lui de sa première éducation et qui parfume toute sa vie* ». Segris cont luait donc à ce que la présentation des deux corps savants fut homologuée par le Conseil. L'Empereur et moi nous appuyâmes sa proposition, mais nos autres collègues, sans s'opposer formellement, témoignèrent tant de répugnance à nous suivre, que, ne voulant ni les brusquer ni nous exposer à nous trouver en minorité, nous fîmes ajourner la

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