‹ L'empire libéralChapitre 85 sur 99 · V. — Le même au même, Paris, 1*^ septembre · texte numérisé non relu

V. — Le même au même, Paris, 1*^ septembre

1869). — MoncherOIlivier. Oni, je vousenvie d'être si confiant, je fais ce que je puis pour cela sans y parvenir 1 C'est que je suis encore plus intéressé que vous h ce qui se passe, que je sens le poids de mon nom et que je connais Texil! Je pense que les eircoiislances sont grandes et les hommes petits; ce qui m'ellraie ce n est pas la situation, c est Tinsuffisance des hommes. Je ne suis pas tout à fait de votre avis sur l'amendement Bonjean, l'hérédité on l'élection sont nécessaires à une deuxicme Chambre; l'hérédité n'est pas possible; reste 1 élection. Quant à une Chambre nommée^ elle n'a aucune influence sur lopinion, et ce n'est pas une deuxième Chambre que je crois indispensable. Je ne sais si je parlerai, je ne me sens p;ï> en train; dans tous les cas ce sera avec modération et pour approuver en faisant des réserves. J'espère que vous partagerez les idées que je développerai si je parle. L'Empereur \a mieux, rien de grave, mais il soutire, l'opinion est inquiète. On dit que vous serez, réunis en septembre; je ne le sais que par les journaux. Dès le Sénat terminé, j'irai à Prangins. Mille amitiés, dites l)ien à votre père la part que j'ai prise à sa santé; j'espère qu'il est rétabli. Votre alTectionné, Napoléon (Jérôme).

Votre discours est élevé, vrai, il m'a fait grand plaisir quoique vous savez que j'aurais préféré ne pas vous voir président par décret, c'était trop tôt.

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L'EMPUifc: LIBÉRAL.

VI. — Le même au même, ((le vendredi 3 septembre 1869.) — Mua cher OiUvier. J'ai reçu hier votre lettre du 30 me recommandant M. Bernhard Lasq, je le fais prier de me venir voir demain. J'ai prononcé avant-hier un discours au Sénat, j allais à la tribune conuno à une bataille. Jp suis désireux de savoir votre opinion sur ce que j'ai dit, je la recevrai comme celle d'un excellent ami dont j'aime à écouter les avis. Ce qui m'a fait plaisir c'est que, saut des abstentions naturelles, il na pas été mal pris à Saint-Cloud. On m'a fait prier d'y passer et j'ai vu l'Empereur qui a été bienveillant. Il est encore souffrant, se lève peu. La santé n'est pas remise quoi(ju'elle ne soit pas inquiétante.

M. Pinard a été très mauvais; il paraît que le gouvernement ne parlera plus; c'est pitoyable, il me paraît difficile que le ministère actuel dure et se présente devant la Chambre tel qu'il est.

Je vais faire une petite absi iice, et puis m'en aller à Praugius pour mes vendanges. Ma famille vient aujourd'hui à Meudon. Je vous dis mes projets, pensant qu'il me sera peut-être utile de vous revoir bientôt. Mille ainiliés. Votre affectionné Napoléon (Jérôme),

VIL — Le même au même, (Paris, 21 septembre 1869.) — Mon cher Ollivier. J'ai tardé à répondre à NOS deux lettres du 10 et du 15 parce que je pense que vous devez être très occupé par votre mariage ; je veux pourtant que vous sachiez toute la part que je prends à ce grave événement de votre vie et que vous et votre femme vous receviez tous les vœux que je forme pour votre bonheur. J'ai été absent, un peu souffrant et dans quelques jours je vais à Frangins faire mes vendanges. Merci de la

ÉCLAIRCISSEMENTS

lettre de M. Masset, il n y a pas à s Vu occuper, je ne suis pas un coureur de trône ; faire ce que Ton doit dans la position où le hasard vous a placé,

aimer et sorvir los (Opinions de son pays, voilà mon devoir; toute autre conduite serait courir des aventures avec peu de chances de réussite et sans gran* deur ni honnêteté, aussi je n'y pense pas. J'ai vu iiiuii cousin depuis mon retour, il va beaucoup mieux; moralement il n'est pas changé, il cherche, il est indécis y il ne se modifie pas; par-dessus tout il a le mépris des hommes, il croit tout pouvoir faire avec les instruments les plus incomplets. Dans cette dispu>ition d'esprit voici ce que je crois le plus probable. Le Corps législatif ne se réunira pas avant la fin de novembre, le ministère ne sera pas modifié; on dira que Ton prépare de grandes lois qui se réduisent à fort peu de chose. Les ministres (M. Magne, M. Chasseloup), encore absents, feront quelques tentatives auprès de vous en leur nom, mais sans rien de bien sérieux de la part de l'Empereur, et les événemenls dirigeront le gouvernement à la rentrée du Corps législatif. C'est un peu de hardiesse de ma part de prévoir ainsi les événements, mais c'est mon opinion sur les probabilités que j'ai voulu vous donner. Du reste, l'imagination du gouvernement domine tout, il ne sait rien faire*; voyez pour une petite modification à la Guerre, la suppression de régiments fort inutiles de gendarmerie de la garde demandée depuis fort longtemps ; ils Fout faile mais se sont arrangés de façon que ce ne soit pas une économie. L Empereur voit assez volontiers et cause avec ceux qui ne sont pas de son avis, nullement pour les écouter et employer, mais uniquement pour voir s'il y a dans leurs idées quelque chose qu il puisse prendre et faire appli-

VBMPIRË LIBERAL.

quer par ses serviteurs. La lettre du Phve Hyacinthe fait du bruit, en voilà un qui a secoué le* Joug ! Que comptez-vous faire? Ne viendrez-vous pas à Passy pour y arrangeur V4)lro maison? Je resterai un mois à Prangins et ferai une course dans mes chères montagnes des Alpes. Mes amitiés à votre père. Je vous serre la main. Votre affectionné Napoléon (Jérôme).

VUI. — Prince Napoléon à Émile OUivier. (17 octobre 1869.) — Mon cher 011ivier,je réponds à votre

lettre du 10. Je vois îivec joie et sans étonnement ffue vous jugez la situation avec cahue et, à mon a\ is, très justement, tandis que les lettres que je reçois de Paris me font croire qu'ils y ont perdu la tête ! C'est un triste pays que le nôtre où les soi-disant hommes politi(|ue- 11 ont pas le sens commun. Lu situation ne m eilraie pas, mais les hommes, grand Dieu î On dirait que les gouvernants et les irréconciliables jouent à qui fera le plus de fautes, actuellement Ce sont les irréconcili ables qui font le plus de hetises, grâce à Dieu. Ils sont mauvais et stupides. Vous avez bien répondu à Tofire d'entrer nu pouvoir : si l'Empereur vous croît utile, qu'il s'adresse directement à vous, vous discuterez avec lui les prograiiiTuos et les lioinmes ; sans cela que ferîezvous dans un ministère sans programme bien connu, avec des collègues qui ne peuvent rester? Je suis certain que la session sera rude, qu'il y aura de l'imprévu, mais je ne crois pas que le ministère tel qu il esi puisse vivre devant la Chambre. On m écrit que M. Kouher intrigue beaucoup pour rentrer. Je ne regrette pas d'être éloigné de tout cela, je ne compte revenir à Paris qu'au commencement de Tiovembre ; dïci là je vais faire un petit voyage en

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Tyrol et dans le nord do l'Italie. Nous mous serrerons la main à la fin de novembre, d'après ce que vous m'écrirez; j'ai hâte de connaître votre femme; présentez-lui mes amitiés. Rappelez-moi au souvenir de votre père, il y a longtemps cpie j'ai grande sympathie pour lui ; embrassez votre lils, les joies intimes valent mieux que la triste politique, et cependant il faut y vivre et y revenir quand le sort en a décidé ainî^i par notre position! La mort de Sainte-Beuve m n fort atlecté, je l'avais vu quelques semaines avant mon départ. La liste des amis et même des bonnes connaissances se restreint, et à notre âge, dans ma position surtout, on ne les remplace pas. C ( sl un charmant esprit de moins ! Adieu. Je vous serre la main. Votre ami. Napoléon.

IX. — Lettre d'Èmile Ollivier à Émile de Gfrardia. — Je vous trouve plus sévère pour le gouvernement que pour l'opposition et ce n'est pas juste. Je sens très bien de mon coin que le flot monte, mais ce n'est pas à cause de la manière dont a été exécuté le sénatus-consulte ; c'est parce que Ton veut une révolution, les uns en s'en rendant compte, les autres à leur insu. Eût-on fait tout ce que vous avez conseillé et autre chose encore, la situation ne serait pas changée, l^^lle no peut plus être détendue ; elle doit aboutir à un choc. En vérité, je ne sais pas si ce gouvernement a une autre conduite à tenir que de s'entourer de ses fidèles, d armer ses camm.^ et attendre. Dans une telle situation, il n'y a rien pour moi. Les conservateurs me trouvent trop téméraire ; les démocrates trop conciliant : les libéraux â la rigueur pourraient s'accommoilerde moi, mais où sont-ils ? Le jacobinisme nous a infectés jusqu'à la moelle des os, et il vit et

agit en nous, comme Tinspiraloiir souvera in. Aa^si suis-je, en elTet, résolu à demeurer ici le plus longtemps possible et à ne me prêter à aucune combinaison ministérielle tant que TEmpereur n^exigera pas de moi que je marche à mes conditions. Alors j'irai au pouvoir comme on va an sacnlice, n'ayant d'autre visée que d'en sortir la tête haute et frappé par devant. Ce n'est que lorsque ce peuple léger en sera à la question sociale et qu'il tombera aux mains des liquidateurs, qu'il se réveillera. Jusque-là. tout ce qu'on dit sera inutile. Et comment en serait-il autrement, puisque vous, l'ennemi théorique et pratique des révolutions, vous vous faites Fartisîin le [*Uis terrible, le plus eflicace, le plus persévérant de la révolution, dans des articles plus vé- ' héments que ceux du Réveil^ et cela parce que vous n'êtes pas d'accord avec le ministère sur l'infini lési ma h' question de savoir si un de ces Parlements que vous méprisez sera réuni pour pérorer, un mois plus tôt ou plus tard ! Ah ! cher ami ! si le gouvernail obéit à la vague, lorsque c'est vous qui le tenez, entre les mains de qui sera-t-il inébranlable ! Vous aviez un si beau rob^ à jouer en fombaut sur ces révolutionnaires fîuifarons et incapables i Et qu'importe Paris? C'est beaucoup, mais ce n'est pas tout. La France est derrière, ne pensant pas de même. Je suis triste de voir tant d'injustice et je me reproche d'avoir dans le passé trop fait d'opposition en présence de l'aveuglement de cette nation, qui va affirmer une fois de plus son incapacité d'être libre. (S octobre 1869.)

X. — Hépome de Gii^ardin à Emile Ollivier, — Le reproche que vous m'adressez est d'être trop sévère pour l'Empire converti au programme des 116;

ÉCLAIRCiiSSEMENTS.

ce serait peut-être le reproche que je m'ailresserais à moi-même, si, comme vous, j'étais loin du volcan et près de mes vignes, présidant à mes vendanges et me mirant dans les ondes bleues de la Méditerranée, à lomliro des chênes verts; mais il, n'en est pas ainsi, c'est sous mes yeux que se commettent les fautes qui se succèdent sans nombre comme une tache sans fin, — J'admets que je me fusse fait attacher un bandeau sur les yeux et que je fusse devenu l'expression de votre pensée, que serais-je? Je serais ce qu'est Clément Duvernois, et je pèserais ce qu'il pèse dans les balances de l'opinion. — Kn 1848, sur la foi d'un de mes amis, le comte d'Orsay, j ai concouru de toute la puissance de la publicité dont je disposais à l'élection du prince L. N. et si une révolution le renversait de son trône, ce qu'elle aurait de plus pressé, ce serait de nie faire expier ce concours, qui cependant ne m'a valu que Thonneur de l'ostracisme en 1851. Donc, d'une révolution je n'ai rien à espérer et j'ai tout à redouter, mais je ne suis pas de ceux à qui le péril fait fermer les yeux; au contraire, je suis de ceux à qui il les fait ouvrir plus grands. — Jamais je n'ai rien demandé à mon candidat de 1848, pour lequel, vous le savez, j'ai conservé une inépuisable sympathie, je ne lui ai demandé que d'être conséquent avec ce qu'il a décidé, que de faire ce qu'il est dans la logique des choses qu'il fasse et ce (ju'il serait dangereux qu'il ne fit pas, — Lorsqu'il était président de la République, je n'ai épargné aucune instance pour qu'il restât fidèle à son maailestc de novembre 1848 et à son serment. Après le coup d'Etat et avant l'Empire, je lui ai donné, sous toutes les formes, le conseil de ne pas glisser sur la pente dangereuse de l'hérédité monarchique aux

prises avec le sucrage universel : après le rétablissement de l'Empire, quoique je l'eusse combattu «t que j'eusse voté contre, j'ai souvent très souvent pressé l'Empereur de légitimer par de grandes (euvres, le pouvoir illiiuité qu'il s'était attribué, mais je lie 1 ai jamais exhorté à croiser le gouvernement personnel avec la forme constitutionnelle^ de façon à procréer un gouvernement neutre, condamné à l'impuissance. La brusque conversion de reiHpire plébiscitaire en empire parlementaire ne ma donc pas compté, le 12 juillet dernier, parmi ses victorieux, mais dès que l'Empereur est entré dans cette voie, il ne peut plus reculer sous peine de précipiter sa chute. Le 12 juillet, qu'avait-il à faire ? Charger sans hésitation, soit M, Magne, soit vous de former un Cabinet qui prît son point d'appui sur les 116. Est-ce là ce qu'il a fait? Non, il a changé un ministère personnel contre un autre ministère luut aussi personnel, mais incomparablement plus faible, sans toutefois discontinuer ses rapports de confiance et d'intimité avec M. Rouher, — C'est en faussant tour à tour le mécanisme répul)licain par le mécanisme monarchique, le mécanisme du gouvernement personnel par le mécanisme constitutionnel, c'est en unissant les uns aux autres les principes les plus opposés, que l'Empire s'est jeté dans des complications d'où il est très douteux qu'il parvienne à se tirer. 11 ne lui reste plus qu'une chance de salut, c'est qu'il trouve un Cabinet qui ait la volonté de n'entrer qu'après lui avoir fait préalablement admettre \m programme franchement formulé. Si rEmpereur ne comprend pas qu'il doit en être ainsi désormais et s il ne se résigne pas à la condition qu'il s'est faite lui-même de son plein gré, c'en est fait de lui. Le compren-

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dra-t-il?le voudra-t-il? J'en doute. Alors, le révolutionnaire ce ne sera pas moi, ce sera lui. Vous m'accusez dêtre trop sévère pour le gouvernement; vous avez tort. La logique ne saurait transiger avec Tinconséquence, et la logique transigeàt-eUe, que 1 iiiconsrquence n'en serait pas amoindrie. — La preuve que j'ai raison et que vous avez tort, c est votre lettre môme qui exhaie à toutes les lignes la tristesse et le découragement. Si le gouvernement, depuis cinq mois, n'avait pas accumulé les fautes que j'ai dû relever sous peine de n'avoir plus de lecteurs, vous ne seriez pas découragé, car vous seriez dans toute Tardeur de Tœuvre à accomplir,. Encore quelques fautes, et le verre qui est plein débordera. Alors tout changement de ministère sera tardif et vain ; il n'y aura plus pour répondre aux exigences impérieuses de la situation qu'un changement de gouvernement. ~ Il n'y a plus une année, que dis-je? il n'y a plus un iiiois à perdre. 11 y a deux ans, le 19 janvier 1867, vous avez été un atout décisif dans le jeu de l'Ëmpe* reur. Qu'a-t-il fait de vous? 11 a attendu que la couleur de la retourne eût changé. Vous êtes encore une figure, mais vous n'êtes plus un atout. Redites pas que la galerie qui assiste à la partie qui se joue entre le gouvernement et l'opposition est injuste. Non, ce n^est pas être injuste, quand on voit un coup mal joué, que de le constater et de le condamner.

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