‹ L'empire libéralChapitre 86 sur 99 · XI. Èmile OUivierà Girardin (octobre · texte numérisé non relu

XI. Èmile OUivierà Girardin (octobre

— Je ne vous suivrai pas dans votre retour sur le passé ; je m'attaclierai à préciser ma pensée sur la situation actuelle. Vous considérez la politique comme un jeu, dans lequel vous comprenez qu'on

engage toutes les parties, pourvu qu'on les joue bien. Je cuiihidèrc la politique comme une science fondée sur rexpérience, et je crois, dût-on demeurer éternellement vaincu, q[u'on ne doit engager que la bonne partie. Le gouvernement parlemeiil iire a ses imperfections; mais contenu, pratiqué avec modération, il me parait lu forme la moins imparfaite des gouvernements, surtout lorsque le pivot autour duquel il se meut est un niuîiLiri|ue. J'aurais beaucoup à dire sur ce que vous appelez la logique. Logica me perdid't, a écrit Abailard. Proudhon eut pu dire de même, et vous aussi, peut-être. La logique est un appareil accommodé pour le faux aussi bien que pour le vrai. L'humaniln ne se guide point par des syllogismes, Miai> par des intuitions, et les grands hommes comme Lamartine ont été conduits surtout par l'esprit de (inesse si admirablement décrit par Pascal. Ce que les logiciens qualifient d'inconséquence, n L.>t souvent que combinaison, compréhension des vanctés; ils placent le vrai dans le prolongement inflexible d un rayon, tandis qu'il est au centre où tous les rayons se rencontrent et se contiennent. Erasme a écrit un charmant volume sur rinconséquenco. La conclusion serait que ce que les raisonneurs appellent de rinconséquence est la vraie conséquence. Mais tout ceci n'est qu'indiqué et nécessiterait des explications et des coiumentaiies. J arrive à la situation présente.

Sans doute, depuis juillet, l'Empereur a commis les fautes qui tiennent à Tindécision de son caractère. Après lïnterpellation, il eût dû remettre Il l un des 116 lo soin de constituer un cabinet. Quant au retard de la convocation, je persiste à considérer que cela a été une mesure sage. La con-

ÉCLAIRCISSEMENTS

vocaition précipitée n'eût rien apaisé et elle nous

eût privés du spectacle de la belle déroute des irréconciliables. EsL-ce que vous croyez que le superbe Gambetta^ signant le manifeste de reculade de la Gauche après son « Il faut en finir », ce ne soit pas un beau résultat de ridicale? Est-ce que vous croyez que le pays n'ait rien appris, à voir avec quelle facilité nos héros passent des audacieuses fanfaronnades aux prudentes retraites et qu'il ne tire pas de salutaires enseignements de la diffé* renée de langage entre le candidat avide de succès et le député avide de Iranquillifé?

Alors même que le gouvernement eût convoqué le 26, rien n'eût été apaisé, car la crise tient à une cause qu'aucune bonne conduite ne peut détruire avant qu'une réaction de bon sens ne se soit produite à Pjiris; elle tient à la création récente du parti qui déclare tout haut son intention de renverser le gouvernement actuel et de provoquer au plus tôt une révolution nouvelle. — Qu'a-t-on fait de plus complet que la loi des coalitions? A-t-elle arrêté un seul instant dans leurs votes les ouvriers qui s'en servent chaque- jour? Ne m'avez-vous pas vous-même raconté ce propos de Nefftzer : « Si Ollivier obtient seulement le retrait de Tautorisation préalable, je serai de sa politique. » J ai obtenu plus, et vous savez comment Nefftzer m'a porté le coup décisif. — Quoi que le gouvernement lasse, le parti révolutioniuiire le trouvera mauvais et il demandera immédiatement une autre réforme pour se dispenser de savoir gré de celle qui a été opérée. Avant rétablissement de la responsabilité ministérielle, tout était ramené à ce seul point; la responsabilité ministérielle obtenue, les voilà au droit de paix et de guerre, — Hr/iu, toutes les

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L^MPIRB LIBÉRAL.

Atutes eussent-elles été comi Hiises» elles seraient rachetées par la longanimité avec laquelle les ministres respectent la liberté de la presse. Je ne puis m'expiiquer que vous ne leur pardonniez pas tout par la grâce d'un tel mérite. Ne me dites pas que c'est un état de tolérance et non un fait légal. Vous savez mieux ([ue moi qu'en France la loi ne donne aucune garantie durable : ce qu'une loi a établi, une autre loi le détruit avec autant de facilité qu'un ministre change les pratiques de son prédécesseur. Il n*y a de durable que ce qui, étant introduit par les mœws, est devenu une habitude nationale, d'autant plus indestructible qu'elle est écrite ès-cœurs, comme disait Bignon de la loi saliqne. Néanmoins vous vous êtes montré aussi amer, aussi emporté, aussi révolutionnaire que i ennemi le plus déchaîné.

Je ne nie pas que vous n'ayez ainsi correspondu aux passions de cette ville à la fois la plus intelligente et, au dire de Voltaire, la plus extravagante, mieux <[uc vous nV eussiez répondu par une attitude équitable et modérée. Moi aussi, j'aurais eu plus de chances d'être renommé si je m'étais fait irréconciliable. Mais est-on un homme libre si on ne sait pas résister aux erreurs et aux égarements du souverain collectif aussi bien qu aux caprices et aux volontés du souverain individuel?

Vous avez raison de le remarquer : ma lettre était triste. Ce qui causait ma tristesse, c'est de vous voir redevenu l'instrument de la Révolution, vous qui, mieux que personne, pouvez mesurer les immenses désastres sociaux qu'elle amènerait. J'ai éprouvé de cette déviation autant de chagrin que j'en ai ressenti lorsque j'ai lu vos articles conseillant la guerre. Ne prenez pas toutefois cette tris*

ÉCLAXRCl8SEMENTî>.

lessepour de la dé fa il lance. Je suis plus que jamais afferim dans mes idées, dans mes résolutions^ et plus que janiaiâ. Je suis prêt de corps et d'esprit à poursuiTre un combat contre la Révolution par la paix et la liberté. Je suis bien loin de croire la partie perdue. Après tout, on a beau eiiilaouiller les chiilres, les irréconciliables n'ont obtenu eu France que 200000 voix. Ne m'abandonnez pas dans la route où vous m'avez vous-même appelé dès mes jeunes années; revenez à la doctrine qui a fait votre originalité. Alors vous mériterez du prendre rang au milieu de TéterneUe Constituante qui siège dans l'histoire , à côté des véritables initiateurs politiques; sans cela, vous ne serez qu'une brillante individualité sur laquelle se posera un éternel point d interrogation. Quant à moi, vous vous trompez lorsque vous me faites dans la main de l'Empereur tantôt un atouts tantôt une simple figure : je ne suis qu'un houinie de bonne volonté et d'idéal, égaré dans ce uiuade de la fraude, de la mauvaise foi et de la haine, et qui essaie de se tirer d'afl'aire le moins mal possible, jusqu'à ce que tous les partis, indignés de sa bonne foi obstinée, se soient accordés pour le renvoyer aux douceurs de l'étude libre et désintéressée, au repos de la vie intérieure, aux joies de la famille et de l'amitié.

XI!. — Êmile Ollivier à Duvernois (24 octobre iiSol),. — Arexhh-ieur, je crois (pie la guerre, loin do rien résoudre, embrouillera tout et compromettra tout. Si les commerçants ne la craignaient pas, les esprits seraient beaucoup plus calmes. Le moment d ai rèlt r ial*russe est passé, irrévociihlcment passé, et le salut et la grandeur de rEnipix ne peuvent plus être cherchés que dans le respect du principe

des nationalités. L'Empereur Ta inauguré; s'il le

combat, il sera vaincu par lui ; par conséquent, j admets qu on examine s'il y a lieu de s opposer à l'annexion des Etats du Sud à la Confédération du Nord, si la Prusse veut l'opérer par la force ; je n^admets pas qu'on s'y oppose sous aucun prétexte si cette annexion s'opère par la voioalé des populations.

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