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Sur l'injonction formelle de la Reine, Russell envoya une protestation non naoins inspirée que celle de Drouyn de Lhuys par le respect du principe des nationalités : « Tous les droits, ^/ieux ou neufs, fondés sur les pactes des souverains ou sur la claire expression de la volonté populaire, ont été mis à néant par la Convention de Gastein. La domination de la force est la seule reconnue et respectée ; la violence et la conquête sont la seule base sur laquelle les puissances partageuses fondent leur accord. Le gouvernement de Sa Majesté déplore profondément cette absence de respect à l'égard des principes du droit public, et du droit légitime que peut réclamer un peuple d'être entendu alors quon dispose de sa destinée (14 septembre 1865). »
Sybel a dit de la circulaire de Drouyn de Lhuys qu'elle constituait une grossièreté massive : il me semble que celle de Russell la dépasse en rudesse. Il l'aggrava par ses lettres privées à
Lowther, son chargé d'affaires. Il qualifiait la Convention d'acte « infamous, sur lequel il est inutile pour le gouvernement de la Reine de faire entendre au cabinet de Berlin des arguments qu'il ne comprendrait pas et auxquels il répondrait par des raisons qui ne pourraient être comprises à Londres. »
Les membres des États des Duchés « proclamèrent solennellement qu'ils ne reconnaissaient comme souverain légitime que le duc Frédéric et demandèrent à la Diète de faire en sorte que le droit du pays fût reconnu sans délai » (6 septembre). Ils ajoutaient tristement: « Tandis que, sous la domination danoise, les États pouvaient au moins se réunir régulièrement, se plaindre des avanies qu'on leur infligeait, et protester contre les injustices qu'ils subissaient, le pays n'a pas été entendu depuis qu'il est passé en des mains allemandes. On a changé ses frontières, on lui a donné des gouvernements divers, on a opéré des modifications graves dans son administration et son ordre intérieur, on a disposé de ses moyens financiers sans croire nécessaire d'entendre sa voix par l'organe de ses représentants. » Les États secondaires furent profondément découragés; ils n'avaient pas supposé l'Autriche capable d'un tel abandon. L'opinion démocratique et libérale la flétrit comme traître envers la patrie allemande.
L'émotion politique ne fut pas moins vive à Vienne. La presse fut presque unanime à attaquer la Convention comme funeste aux intérêts
de l'Autriche et contraire à sa dignité. La cession, moyennant une somme d'argent, des droits acquis sur le Lauenbourg excita une réprobation particulière. Un tel trafic, disait-on, crée un précédent, et peut entraîner, non seulement le marché du Sleswig-Holstein . mais aussi le marché de la Vénétie. On se plaignait que la Prusse fût laissée maîtresse absolue dans son lot, tandis que l'Autriche subissait dans le sien des servitudes onéreuses; le condominium aboli dans le Sleswig subsistait donc dans le Holstein, et quelle compensation accordait-on à TAutriche en dehors d'une aussi importante concession et de tous ses sacrifices pendant la guerre? On frappait d'un coup mortel son influence sur les Etats moyens, le principal de sa force en Allemagne.
En Prusse la satisfaction fut presque générale, malgré l'impopularité du ministère. A la suite de Treitschke, les Prussiens étaient de plus en plus conquis à l'idée de l'annexion pure et simple, et les journaux qui la combattaient perdirent de leurs abonnés.
Le mécontentement que l'Empereur avait manifesté ne troubla guère Bismarck. ïl répondit philosophiquement à son ambassadeur : « La pénible impression de Napoléon a étonné le Roi. Quel peut en être le motif? Désirait-il notre rupture
4oS . : L'EMPIRE LIBÉRAL.
avec l'Autriche? Cela devrait nous rendre double-r ment défiants (l^":' septembre 1865). »
Dans ses premières conversations avec Lefeb-r vre de Bebaine (9 à 12 septembre 1865), après son retour à Berlin \ ignorant encore la circulaire deDrouyn de Lhuys, ne connaissant que les articles de journaux hostiles, il s'expliqua familièrement et librement comme on fait avec un ami : a 11 regrettait que la Convention eût donné matière en France à des interprétations sévères. 11 ne retirait aucune des déclarations qu'il avait faites plusieurs fois sur les Danois du Sleswig. Il désirait être le plus tôt possible en mesure de satisfaire à nos demandes en leur faveur. La Prusse n'a nul besoin des districts purement danois du Sleswig du Nord. Une fois que nous aurons trouvé et fixé une bonne ligne de défense, rien ne nous serait plus agréable que de pouvoir, en nous entamant un bout de l'orteil, nous débarrasser, en les restituant au Danemark, des populations hostiles à l'Allemagne, et qui nous attireraient des difficultés que ne balancerait aucun avantage sérieux. » — Seulement, pour en arriver là, il a besoin d'être secondé par les circonstances propices. Il espérait qu'à l'aide d'une crise survenant dans la situation générale de l'Europe, le roi Guillaume pourrait, sur ce point en même temps que sur plusieurs autres, adhérer à des combinaisons que l'esprit public en Alle-r magne ne saurait accepter en l'état présent.