Il y était rentré le 7 septembre
LA CO>sVENTION DE GASTEIN. 459
Il s'étendit sur la Convention, en triomphateur, ne s'attachant ni à amoindrir ses résultats, ni à dissimuler ses espérances prochaines : elle n'était qu'un premier pas dans la voie qui conduira la Prusse, non seulement à l'annexion complète des Duchés, mais enfin à l'accomplissement de ses projets d'hégémonie; il ne permettrait pas que Kiel devienne un port fédéral.
Il se plut à étaler sa tactique. Il avait par calcul introduit des dispositions ambiguës sur les postes et les télégraphes; il avait évité de faire décider lequel des deux co-contractants serait admis à exercer le droit de recruter et de former un corps d'armée, de convoquer les États. Il s'était ménagé ainsi le moyen de soulever une nouvelle querelle et de compléter sa conquête, dès que les circonstances générales en fourniraient l'occasion. Provisoirement, il allait s'occuper de modifier le régime intérieur des Duchés. Par exemple, les habitants des villes étaient exemptés du service militaire et de l'impôt dont tous le poids retombait sur les campagnes : il allai t les soumettre . 11 gagnerait ainsi les sympathies du plus grand nombre et renverserait les derniers obstacles à l'annexion. Il s'attacha surtout à nous bien faire savoir que sa confiance était entière: « Une redoutait ni les associations libérales, ni les attaques de la presse, ni l'opposition parlementaire, ni les mécontentements apparents de l'opinion publique : les forces de la Confédération sont purement négatives; ce sont des zéros placés avant l'unité : les manœuvres des États secondaires ne l'inquié-
taient pas davantage. Le temps est passé où ils avaient une politique vraiment personnelle et indépendante. <• En dehors des représentations solennelles et vaines, qu'ils sont tenus de donner à Francfort, il n'y a dans leurs attitudes rien qui indique une opposition efficace et sérieuse à la Prusse. Les offenser publiquement le moins possible, leur épargner l'obligation de se mettre trop souvent en scène, à Francfort, tel est le moyen d'en avoir facilement raison. Ils sont comme ces chiens qui, laissés en liberté, sont doux et inoffensifs, attachés à leur niche, près de la maison de leur maître et mis pour ainsi dire en faction officielle, ils aboient au contraire d'une manière furieuse. Le gouvernement prussien entend débuter par des procédés conciliants envers eux dans sa voie nouvelle ^ »
La certitude de l'existence officielle de la circulaire de Drouyn de Lhuys,qu'ilacquit au lendemain de ses effusions, le surprit et le troubla, car il était convaincu que les explications transmises de Gastein par Gôltz avaient préparé le gouvernement français à cet acte. 11 craignit un abandon de l'Empereur qui le placerait dans une situation fausse, vis-à-vis de son roi, si difficile à convertir à FalHance française et à l'hostilité contre l'Autriche !
En effet, le Roi fut douloureusement affecté de cette circulaire : il la considéra comme une manière d'outrage, et prescrivit à Bismarck de
d. Lefebvre de Behaine à Drouyn de Lhuys (9 à 12 septembre d865).
renoncer à un voyage à Biarritz préparé et déjà annoncé.
Pendant que l'on était dans ces contrariétés à Berlin, le mécontentement de l'Empereur s'était dissipé. Il avait acquis la certitude qu'aucune alliance n'avait été conclue contre lui, ni aucune garantie accordée à l'Autriche contre l'Italie.
— Comment voulez-vous, s'était écrié Mensdorff, que nous demandions à la Prusse de nous garantir ou de nous faire garantir nos possessions non allemandes? M. de Bismarck en prendrait l'engagement que nous savons qu'il ne le tiendrait pas. — Jamais, disait Bismarck à son tour avec une énergie et une hauteur ironiques, jamais, tant que je serai au pouvoir, je ne contracterai des engagements de ce genre*. Il acheva de nous rassurer par la lecture àLefebvre de Behaine des instructions, dont Goltz n'avait pas fait usage, l'autorisant d'en transmettre l'anal>jse à Paris. Ces certitudes acquises, les relations intimes avec Goltz avaient été non seulement reprises, mais resserrées ; on le convia à Biarritz', en compagnie de l'attaché de son ambassade, et on l'admit dans les réunions les plus
1. Mosbourg à Drouyii de Lhuys (5 septembre 1865), Lefebvre de Behaine à Drouyn de Lhuys (2 septembre 1865).