‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 2)Chapitre 106 sur 175 · Lefebvre de Béhaine à Drouyn de Lhuys, 29 septembre · texte numérisé non relu

Lefebvre de Béhaine à Drouyn de Lhuys, 29 septembre

A sa traversée de Paris, Bismarck ^ visita Routier et Drouyn de Lluiys. Routier et son parti, par cela que Drouyn de Ltiuys pencliait vers l'Autriclie, favorisaient la Prusse. D'ailleurs tout partisan de l'Italie (et le ministre d'État en était alors un des plus prononcés) était prussien depuis que les intérêts de la Prusse et ceux de l'Italie tendaient à s'identifier. 11 reçut donc Bismarck de son mieux et se montra très favorable à ses intérêts. Drouyn de Lhuys ne fut qu'aimable, et il ne lui parla pas plus que ne l'avait fait Béhaine de la concession des territoires de langue française ^

Quel serait l'accueil du maître, abandonné à ses réflexions sur la plage de l'Océan? Cet accueil ne fut ni désobligeant, ni d'un empressement extraordinaire, mais simplement cordial et distingué de la part de l'Empereur, gracieux sans rien de plus de la part de l'Impératrice : autant Cavour lui avait inspiré d'attrait, autant elle en ressentait peu pour Bismarck .

Que de récits fantaisistes n'a-t-on pas faits de cette entrevue de Biarritz ! Ainsi on a représenté l'Empereur Napoléon se promenant lentement au bras de Prosper Mérimée; à une distance respectueuse le président du Conseil de Prusse,

4. Il était parti de Berlin le 30 septembre. 2. La réponse au rapport de Lefebvre de Béhaine en est une preuve matérielle.

Bismarck, suivait, pérorant, gesticulant et ne recevant d'ordinaire pour toute réponse qu'un regard terne et légèrement incrédule; de temps en temps. Napoléon III faisait sentir à l'auteur de Colomba, par une furtive pression du bras, combien il trouvait plaisant ce diplomate à l'imagination fertile qui dépeçait si lestement l'Europe ; il est fou ! aurait-il même chuchoté à l'oreille de son compagnon de promenade. — Il ne serait pas nécessaire d'avoir recours aux témoignages pour détruire cette invention impertinente : l'Empereur n'a jamais eu envers personne de telles manières. Mais Mérimée a parlé de cette entrevue et voici tout ce qu'il en a écrit à son ami Panizzi : « Il y a eu entre l'Empereur et M. de Bismarck une grande conversation, mais dont ni l'un ni l'autre ne m ont rien dit. Mon impression a été qu'il avait été poliment, mais assez froidement reçu. Il m'a paru un homme comme il faut, plus spirituel qu'il n'appartient k un Allemand, quelque chose comme un Humboldt diplomatique'. ))

Le récit fait par Sybel de ces conversations, dès qu'il sort des banalités, abonde en inexactitudes. Ainsi quand on a pratiqué l'Empereur et connu son calme, d'autant plus imperturbable qu'il était intérieurement plus agité, on ne le voit pas dans la pose mélodramatique que lui donne Sybel, demandant avec solennité et accueillant avec émotion une réponse sur la garantie de la

Page 1