T. IH, p. 81, S.i
Christian et sa descendance ; il avait, il est vrai, traité au nom de ses fils ; mais des connaisseurs y versés dam la connaissance du droit privé princier allemand^ estimaient qu'une promesse du père ne peut pas engager les fils majeurs sans leur culhésion expresse et cette adhésion n'a jamais eu lieu. Le père, se trouvant lié dans l'exercice de ses droits, les fils conservaient une liberté d'action complète aussitôt que, par la mort ou l'abdication du père, ils se trouveraient appelés à porter le titre d'Augustenbourg^ » A ce qu'on a raconté, le prétendant lui-même avait traduit cyniquement cette thèse juridique des connaisseurs en honnêteté princière : «Vos droits ne valent rien, lui disait-on. — La preuve que mes droits valent beaucoup, répondit-il, c'est que nous les avons déjà vendus trois fois. »
Cependant Fx^llemagne entière prit feu en faveur de ce fripon. Il devait être reconnu le seul souverain des Duchés en vertu du droit de la légitimité : la succession dans les duchés était mascuhne et le prince chef de la branche aînée collatérale royale, à défaut de tout héritier dans la ligne masculine de la maison d'Oldenbourg était le premier des agnats capables de succéder. Dans les Duchés devait se renouveler ce qui se passa dans le Hanovre à la mort de Guillaume IV, roi de Hollande et d'Angleterre : la loi salique excluant la nouvelle reine, Victoria, le Hanovre se détacha de la couronne d'Angleterre et eut un roi particulier. Le principe nouveau des nationalités était aussi invoqué à l'appui des pré-
CHRISTIAN IX. 3o
tentions du prince : le roi Cliristian n'était que le roi du Protocole , Augustenbourg était Télu des populations nullement liées parle protocole, auquel elles n'avaient pas souscrit. La conférence de Londres n'avait pas le droit de disposer d'un peuple comme on le fait d'un vil troupeau.
Les princes allemands pratiquèrent, à leur tour, une déloyauté princière digne de celle de leur candidat. Bade, qui avait réservé sa liberté d'action en 1852, proposa à la Diète, qui n'avait pas non plus adhéré au traité de Londres, de proclamer le droit légitime d'Augustenbourg, mais la Saxe et le ^^'urtemberg formellement associés à l'arrangement successoral de 18o2\ firent, au mépris de leur engagement, et avant le vote sur la motion, exclure l'envoyé du Danemark des délibérations de la Diète (28 novembre). Les journaux, les réunions populaires, le Nationalwere'in, les professeurs firent rage; Augustenbourg ne marchait plus qu'au milieu des ovations : on eût dit vraiment qu'il représentait la patrie allemande. La question danoise changea alors de caractère. Jusque-là elle se réduisait à savoir
1. Saxe. De Beust (9 décembre 1852) : « Sans prétendre anticiper sur les résolutions que la Confédération germanique, par l'organe de la Diète, pourrait être amenée à prendre dans cette question, le gouvernement du roi n'hésit^pas à déclarer son assentiment au traité signé à Londres et à slSifecier ainsi à une combinaison servant à maintenir l'intégri^ de la monarchie danoise. » (18 décembre 1852.) ScHELE : « S. M. le roi de Hanovre accède formellement par le présent acte au présent traité. » (22 novembre 1852.) Baron'i:% Neurath : « Le gouvernement du roi de Wurtemberg déclare son adhésion à ce traité. )>
si les arrangements constitutionnels du Danemark violaient ou ne violaient pas les engagements annexés en 1852 au traité de Londres. Pour l'opinion allemande, pour la Diète, cette question disparut et fut remplacée par une autre, celle de la succession : Le roi de Danemark doitil être, oui ou non, reconnu comme souverain des Duchés?
Ici commence à éclater le génie politique de Bismarck.