LA MORT DE PALMERSTON
offensé le divin auteur de la constitution de l'Eglise lui-même en employant les moyens assurément séditieux proposés par Febronius contre le Saint-Siège apostolique.
Rarement un évêque a reçu une aussi rude admonestation ; elle le mettait en quelque sorte hors de l'orthodoxie. M^' Darboyne se soumit pas, comme on l'a dit, à cette censure injuste, mais il garda le silence et ne se défendit pas. Cela même augmenta la colère qui aurait cédé s'il était venu s'expliquer à Rome, car le Pape, très sévère quand il jugeait de loin, s'adoucissait quand il avait en présence celui qu'il avait maltraité. 11 y avait en lui un certain laisser aller indulgent; il permettait beaucoup dès qu'on ne lui contestait par son droit d'empêcher.
Cependant la lettre confidentielle, on ne sait comment et par qui, circula dans beaucoup de nos diocèses. Le gouvernement jusque-là, n'avait pas cru devoir intervenir, alors il manifesta diplomatiquement, mais de sa propre initiative, sans y avoir été sollicité par l'Archevêque, son déplaisir de la publication de la mercuriale du Saint-Père. Pie IX fit aussitôt exprimer par son secrétaire d'Etat son regret de l'indiscrétion qui avait divulgué un document destiné à rester secret. Plus tard, M^'' Darboy lui-même, se trouvant en sa présence, loin de demander grâce, se plaignit de la lettre et de sa divulgation : (( Cette publicité, dit-il, a été d'autant plus odieuse que ce document renfermait des inexactitudes ou des erreurs, blâmait
DÛO L'EMPIRE LIBERAL.
des faits imaginaires ou exagérés, et lui attribuait des paroles qui n'avaient été ni écrites ni prononcées. Il n'avait pas voulu se défendre publiquement, d'abord parce qu'il aurait dû redresser les assertions de son chef hiérarchique qui est son souverain et le vicaire de Jésus-Christ ; ensuite parce que, dans les circonstances où il était placé, cette défense n'eût pas paru suffisamment désintéressée.» Le Saint-Père répondit par des paroles bienveillantes, ajoutant qu'il ne croirait plus désormais ce qu'on lui dirait contre l'Archevêque. (( Il aurait dû s'y prendre plus tôt », écrivait M^' Darboy à l'Empereur en lui racontant cette visite ^
1. Je possède roiiginal de la lettre de M^i' Darboy qui contient ce récit. J'ai donné le texte complet de celle de Pie IX dans l'appendice de mon livre sur le 19 Janvier.