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bilité de ce qui tournait mal. L'initiative libérale prise par Morny s'appuyant sur le Corps législatif, l'offusquait un peu : il craignait de paraître traîné à la remorque. La mort avait détruit cette cause inavouée d'hésitation. Le discours d'Ajaccio la raviva en l'aggravant : il ne s'agissait plus d'insinuations discrètes, respectueuses, confidentielles; l'ultimatum était violent et public; y obéir lui eût paru une déchéance. Ce malheureux discours, qui visait à servir la cause libérale, devint une des raisons principales qui amenèrent l'Empereur à se raidir dans l'immobilité. Il le déclara au Prince lui-même lorsqu'à son retour de Prangins il le vint voir : <( Je ne veux pas, parce que je suis Empereur, me gêner de te dire ce que je pense. Ce que je blâme dans ton discours, ce ne sont pas les opinions qui y sont énoncées; je les connaissais, je les trouve inopportunes; mais je n'ai pas voulu que de dedans mon gouvernement on soutînt une politique autre que la mienne. Quand on pense autrement, qu'on reste en dehors. »
Cependant les conséquences funestes de ce malencontreux incident eussent été conjurées, et l'Empereur serait probablement revenu à son inclination naturelle siRouher fût demeuré fidèle à l'accord conclu avec Morny. Au contraire il le déserta, le désavoua, finit par s'en déclarer ouvertement l'adversaire, et, grâce à lui, le Conseil privé et le Conseil des ministres repoussèrent à l'unanimité les modestes réformes qui consistaient à remplacer l'Adresse par le droit d'inter-
pellation et à accorder quelques facilités au droit d'amendement \
Cette volte-face de Rouher provenait surtoutde l'influence de La Valette. Égoïste, indifférent, sceptique, Rouher était un avocat merveilleux, toujours prêt à plaider en maître tous les dossiers; du reste incapable de s'élever au-dessus des considérations de l'heure présente, de prévoir ou de diriger les mouvements d'opinion d'un grand peuple, de former un dessein bien concerté et de le poursuivre persévéramment : il fallait que quelqu'un l'inspirât. Morny disparu, La Valette devint son inspirateur. La Valette, d'une portée d'esprit médiocre, ignorant, paresseux, homme de plaisir, certainement spirituel mais surtout fin, ne sachant ni écrire ni parler, avait la séduction de manières de ceux qui, selon le langage vulgaire, ont été des hommes à femmes. Courtisan supérieur, très habile à évoluer au milieu des cabales de cour, à flatter, et à obéir à n'importe quoi pourvu que cela lui profitât, il eût été libéral à la suite de Morny; il devint anti-libéral dès qu'il s'aperçut que l'Empereur penchait à la résistance. Et pour plaire et se consolider il renseignait l'Empereur sur la situation intérieure à peu près à la façon dont Bazaine l'informait de l'état du Mexique : il rejetait dans l'ombre les incidents désagréables des élections municipales: les élections hostiles n'étaient que des accidents sans importance, le candidat avait été mal choisi,