I . Maximilien à Napoléon III, 27 juillet I
trative est aussi justement jugée par celui-ci que la situation militaire par celui-là. Seulement, les causes véritables de la mauvaise situation constatée par Bazaine ne sont pas spécialement imputables à Maximilien. Le changement de politique qui avait substitué les libéraux aux cléricaux avait été opéré par Bazaine lui-même sur les instructions de l'Empereur; la faiblesse gouvernementale tenait à la révolte persistante du pays que Bazaine était chargé de réprimer; la recherche des fraudes dans les acquisitions des biens d'iL^glise avait été décrétée par le maréchal Forey et renouvelée par la Régence sur ses ordres,
La détresse financière, véritable obstacle à tout progrès et à toute administration sérieuse, tenait, selon le dire véridique de Maximilien, à l'exagération écrasante des dépenses milftaires, dues à la diminution prématurée de l'effectif français et au système militaire de Bazaine.
La fln de la guerre américaine (26 mai 1865) apporta un surcroît de dépenses. Craignant un envahissement par la frontière du nord, Bazaine prépara une concentration sur S. Luis de Potosi et Queretaro, et transforma la vallée de Mexico en un vaste camp retranché d'où 150 000 Américains n'auraient pu le chasser, en attendant l'arrivée des renforts d'Europe. Il fit élever des défenses, réparer du matériel, fondre du canon : tout cela écrasa encore les finances mexicaines au moment précis où l'on venait de leur arracher l'attribution de 40 millions pour
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les réclamations françaises (27 septembre 1865).
On était loin des 130 millions réclamés par Saligny, mais c'était encore trop. Le Mexique avait offert 25 millions. Quoi d'étonnant que le Trésor fût vide et qu'on ne pût, faute d'argent, ni organiser une armée, ni inaugurer un nouveau système d'impôt et d'administration?
Le nouveau plan de concentration n'eut pas seulement pour effet de mettre à sec le pauvre petit Trésor mexicain; il entraîna l'abandon de pays qui s'étaient fiés à notre protection et que notre retraite plongeait dans la désolation. Ce fut le cri général de l'armée et en vérité il ne tenait qu'à l'Empereur de l'entendre même des Tuileries. En juillet, une colonne avait été lancée, sous le commandemenl du général Brincourt, dans le Chihuahua pour en débusquer Juarez qui y avait transporté le siège de son gouvernement. On espérait le contraindre à fuir le territoire mexicain. 11 n'était pas en état de résister : il quitta Chihuahua (5 août 1865) avant notre arrivée, et transporta son gouvernement à Paso del Norte, petit bourg à quelques pas du territoire américain. Et avec l'inflexibilité tranquille d'un ancien Romain il notifia à son peuple « que de là comme de tout autre point de la République où les circonstances pourront rendre convenable que le siège du gouvernement soit établi, le citoyen président fera tout son devoir avec courage et confiance, et répondra aux vœux du peuple mexicain qui ne cessera jamais de lutter partout contre l'envahisseur et finira infailliblement par
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triompher dans la défense de son indépendance et de ses institutions républicaines >>.
Brincourt reçut l'ordre de ne pas poursuivre Juarez, de ne pas s'avancer à plus d'une journée de marche de Chihuahua, puis d'abandonner cette ville et de se replier sur Durango. Indigné, exaspéré, le général ne put s'y résoudre : « On me fait jouer le rôle d'un trompeur, puisque je dois abandonner aux excès et aux vengeances des libéraux des milliers de pauvres diables qui se sont tiés à ma parole et qui ont compté sur notre protection. Je donne ma démission s'il le faut; il ne sera pas dit que j'ai abandonné des malheureux après les avoir trompés. Et si, comme je le suppose, les populations se soulèvent derrière nous, il ne sera pas dit que j'ai perdu par faiblesse tous les fruits de l'intervention et précipité la retraite de l'armée française ^ (17 octobre 1865). On n'accepta point la démission du brave soldat et on le calma; mais la retraite s'exécuta, et le résultat de ces mouvements en avant et de ces reculs fut caractérisé par le général Douay : « La tranquillité qui règne dans certains départements n'est qu'apparente et due seulement à l'occupation française. Les partisans sincères du gouvernement sont en petit nombre. Dans l'état présent des esprits, on ne peut compter sur le concours de personne, à quelque parti qu'il appartienne. »
i. Lettre donné par M. Gaulot.
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Il va de soi que dans une situation si impossible, des froissements se produisaient quotidiennement entre le gouvernement mexicain de plus en plus aigri de l'abandon où il se sentait, et Bazaine qui l'épargnait de moins en moins dans ses propos. Ainsi Bazaine arrête des journalistes et les condamne: Maximilien les gracie. Certains de nos généraux frappent les populations d'amendes'.Maximilien en fait remise. Parfois on répondait impertinemment aux communications de Tétat-major et on faisait même attendre des audiences au maréchal. Maximilien aux abois finissait toujours par céder. On se plaignait de son secrétaire Eloin ; il l'envoya en mission et le remplaça par un Français, l'abbé Domenech; son ministre des affaires étrangères déplaisait, il le transporta au ministère d'État.
Il fit un jour une concession funeste et qu'il paya chèrement. On lui répétait à tout propos : « Assez de conciliation; montrez l'énergie d'un dictateur! » L'énergie signifiait frapper, fusiller. Maximilien à leur gré n'y était pas suffisamment disposé. Il avait trouvé en pleine activité le dé- €ret de Forey, du 20 juin 1863, organisant des cours martiales, jugeant sans appel les malfaiteurs armés. A la suite de son premier voyage, il avait étendu ce décret aux guérillas ; mais les sévérités étaient adoucies par de nombreuses
grâces. Les membres des cours martiales s'en étaient plaints, et l'Empereur avait décidé a que dorénavant on ne lui communiquerait plus les sentences et que la justice suivrait son cours sans qu'il intervînt » (24 juin 1865). Bazaine pensa que ce n'était pas assez. La nouvelle s'étant répandue que Juarez avait abandonné le territoire mexicain, l'occasion lui parut favorable de rajeunir les anciennes rigueurs et d'en éditer de nouvelles ^
Maximilien promulgua donc, le 3 octobre 1865, un décret « draconien », selon son expression, qu'il fit précéder d'un exposé de motifs dans lequel il rendait hommage à Juarez : « La cause soutenue avec tant de valeur et de constance par Benito Juarez a succombé non seulement devant la volonté nationale, mais devant la loi ellemême que ce chef invoquait à l'appui de ces titres ^ Aujourd'hui cette cause dégénérée en faction est restée abandonnée par le fait de la sortie de son clief du territoire de la patrie. — En conséquence , tous les individus faisant partie de bandes ou rassemblements armés agissant sans
1. Bazaine à l'Empereur, 19 octobre 1865 : « J'ai obtenu de l'empereur Maximilien des mesures énergiques contre le brigandage qui, par suite du départ de Juarez, ne peut plus s'appuyer sur un principe politique. » A Randon : « L'Empereur s'est enfin décidé, sur mes conseils, à donner une preuve de fermeté qui a fait un bon effet parmi les conservateurs.» — Dans les notes remises à son défenseur, jMaximilien dit : Bazaine dicto personalmente permoneres [delaute de testigos.
2. Les quatre années de la présidence de Juarez venaient d'expirer.
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autorisation légale, qu elles proclament ou 7ion un prétexte politique^ quel que soit d'ailleurs le nombre de ceux qui forment la bande, l'organisation, le caractère et la dénonciation de cette bande, seront jugés militairement par les cours martiales. — S'ils sont déclarés coupables, lors même que ce ne serait que du seul fait (T appartenir à une bande, ils seront jugés par des cours martiales, condamnés à la peine capitale et exécutés dans les vingt-quatre heures. — Si ceux qui faisaient partie des bandes étaient faits prisonniers dans une action de guerre, ils seront jugés par le commandant de la force aux mains duquel ils se trouveront. Seront traités de même ceux qui, volontairement, auront procuré aux guérilleros de l'argent ou toute espèce de secours ; ceux qui leur auront donné des avis, nouvelles ou conseils; ceux qui, volontairement et sans ignorer la qualité des guérilleros, leur vendront ou leur procureront des armes, des chevaux, des munitions, des vivres, et en général tout article de guerre. Le bénéfice du recours en grâce sera refusé au condamné ; mais on aura soin de lui procurer les soins spirituels^ » Des peines d'emprisonnement et d'amende étaient établies « contre ceux qui volontairement et en connaissance de cause avaient donné asile dans leur propriété; contre ceux qui répandent de vive voix ou par écrit des nouvelles alarmantes; contre les
1 . C'était une allusion à un acte du colonel Dupin qui avait fait pendre cinq hommes sans aucun procès ni permission de se confesser.
propriétaires ou gérants de propriétés rurales qui ne donneront pas avis immédiatement à l'autorité la plus rapprochée de la présence d'une bande sur leur propriété; contre tout habitant qui ne dénoncerait pas sa présence ou son approche dans le village; contre ceux qui, n'ayant pas d'empêchement physique, n'auront pas pris part à la défense des lieux menacés par les iDandes ; contre les autorités de l'ordre politique, militaire ou municipal qui n'agiront pas conformément aux dispositions de la présente loi. » Une amnistie était accordée à ceux qui^ n'ayant pas commis des délits de droits commun, se présenteraient à l'autorité avant le 15 novembre.
Bazaine recommanda la sévère exécution du décret. Dans une circulaire confidentielle qui ne fut pas copiée sur les livres d'ordre, mais communiquée seulement aux officiers, après avoir énuméré une série d'odieux assassinats il disait :
(( Les représailles deviennent une nécessité et un devoir. Tous ces bandits, y compris leurs chefs, ont été mis hors la loi par le décret impérial du 3 octobre 1865. Je vous invite à faire savoir aux troupes sous vos ordres que je n'admets pas qu'on fasse des prisonniers. Tout individu, quel qu'il soit, qui sera pris les armes à la main, sera mis à mort; aucun échange de prisonniers ne se fera à l'avenir. Il faut que nos soldats sachent bien qu'ils ne doivent pas rendre les armes à de pareils adversaires : c'est une guerre à mort, une lutte à outrance qui s'engage entre la barbarie
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et la civilisation. Des deux côtés il faut tuer ou se faire tuer. »
Les instructions ne tardèrent pas à être exécutées. Le 13 octobre, le colonel Ramon Mendez ayant surpris le brave Orteaga, avec son second, le général Salazar, appartenant à l'armée républicaine, les fît fusiller sans forme de procès avec les colonels Diaz et Villagomez et le commandant Gonzalez. Salazar, découvrant sa poitrine et montrant aux soldats son cœur, leur dit : « Ici, traîtres I » Son bourreau fut aussitôt promu au grade de général de brigade.
D'autres exécutions suivirent. Comment croire qu'un gouvernement obligé d'avoir recours à ces atroces mesures soit l'élu d'un pays? il n'en est que l'oppresseur.
Maximilien essayait de se faire pardonner ces rigueurs en professant une véritable indiomanie. Il suffisait qu'on fût Indien pour parvenir à tout. Dans un voyage il entendit parler de la fille d'un maître d'école indien qui tenait un cabaret de soldats et qui, d'après la légende, était une descendante de Montezuma; il en fit une femme de l'impératrice, à la grande indignation des dames d'honneur ^ Il voulut prendre à sa charge l'éducation du petit-fils d'Iturbide. La mère, qui y avait d'abord consenti, redemanda son enfant et alla se plaindre à Washington et à Paris qu'on ne le lui rendît pas. Il assista à l'inauguration solennelle d'une statue à Morelos,un des auteurs