Maximilien à Napoléon IIÏ, 27 décembre I86y
La direction militaire, c'était toujours à quoi revenait Maximilien. Il en reçut au lendemain même de sa lettre une impertinence qui augmenta son déplaisir. Il avait demandé qu'on débarrassât le Mexique du chef de la guérilla, le colonel Dupin, dont les sévérités avaient provoqué partout des soulèvements; on le lui renvoya. Dans une réunion du corps diplomatique, il aborda Dano et lui dit : « Pourquoi Dupin est-il ici? J'avais écrit pour qu'il ne vint pas; c'est la première fois qu'on me désobéit; dites-le de ma part au maréchal Bazaine. »
Dano se plaignit et obtint réparation de cette algarade. Bazaine le prit de plus haut. Il écrivit à Maximilien :
(( Sire, Son Excellence le ministre de France m'a fait part des expressions de mécontentement et de blâme que Votre Majesté Ta chargé de me transmettre, sur une décision prise par notre ministre de la guerre, et qui est complètement du domaine de la discipline de l'armée française, qui m'est confiée. Leur publicité me fait un devoir de protester, car un maréchal de France ne relève que de son souverain, et comme je considère ce blâme infligé devant tout le corps diplomatique comme immérité et pouvant, en outre, porter atteinte à la considération qui m'est due de la part de l'armée, et aussi pour la mission que jr remplis auprès do Votre Majesté, j'ai l'honneur d'informer l'Empereur que lesdites expressions seront transmises à qui de droit, en manifestant la pénible impression qu'elles ont
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produites sur celui qui a toujours servi Votre- Majesté avec zèle et loyauté (19 janvier 1866). »
Quand les plaintes de Maximilien arrivèrent à Paris , elles trouvèrent l'Empereur aux prises avec un acteur qui venait d'entrer en scène, avec lequel on était obligé de compter sérieusement.
Dèsle premier jour de notre expédition, le peuple américain n'avait cessé de témoigner sa sympathie aux républicains du Mexique. La lettre de l'Empereur à Forey, donnant à la guerre pour but d'arrêter l'expansion américaine dans le Nouveau Monde, avait fait de l'expédition mexicaine une affaire propre aux États-Unis. Ces sentiments contenus pendant la lutte civile éclatèrent dès qu'elle fut terminée par la victoire du bon droit. Le parti victorieux exprima violemment sa volonté de relever le défi jeté au peuple américain par la lettre impériale. Son héros, le général Grant, excitait ses compatriotes à maintenir, fûtce par la guerre, le principe de Monroë et de renvoyer ces Latins dans leur monde épuisé. De l'argent, des volontaires étaient expédiés au Mexique. Le général Johnson , qui avait pris la présidence après l'assassinat de Lincoln, et son illustre secrétaire d'État Seward, modéraient ces sentiments tout en leur donnant certaines satisfactions. Ainsi a le soi-disant Empereur du Me-
xique, » comme ils appelaient Maximilien, leur avant adressé une lettre, ils refusèrent de la recevoir il7 juillet 1865). Ils protestèrent auprès de Drouyn de Lhuys contre le décret sanguinaire du 3 octobre 1865. Celui-ci leur ayant répondu : « Pourquoi ne vous adressez -vous pas à Maximilien? » Seward lui expliqua pourquoi dans une note dont l'ambassadeur à Paris, Bigelow, donna lecture : a La présence et les opérations d'une armée française au Mexique, l'autorité qu'elle continue d'exercer /)rtr la force, et non par le consentement du peuple niexïcciïn^ sont une cause de profond regret pour les États-Unis; ils considèrent toujours la tentative faite pour établir d'une manière permanente un gouvernement étranger au Mexique comme condcunnable et impraticable. Ils ne sont pas disposés à reconnaître ou à s'engager à reconnaître plus tard des institutions politiques opposées au gouvernement républicaia avec lequel ils ont pendant si longtemps entretenu des relations amicales. Je n'ai pas besoin de vous répéter ce que je vous ai dit sur notre désir de conserver nos vieilles relations d'amitié avec la France. Ce désir augmente d'autant plus nos regrets de n'avoir reçu du gouvernement français aucune communication officielle ou officieuse, qui nous mit à même de nou-^ attendre à ce que la France soit bientôt prête, autant quil dépend d'elle, à éloigner les causes de notre profonde inquiétude de l'harmonie des deux nations. » (6 novembre 1865. j
Drouyn de Lhuys répondit par des sophismes
sur r intérêt et la dignité qui nous avaient contraints de recourir à la voie des armes : « Qu'estce que ce gouvernement de Juarez auquel vous vous intéressez? Il n'a ni armée, ni lînances, ni administration, ni capital. Qui sait le nom de ses fonctionnaires et de ses officiers? son pouvoir n'est qu'une fiction. » Cependant, malgré son assurance apparente, les observations pérempptoires des États-Unis donnaient à réfléchir au gouvernement français. Il essaya d'établir une entente sur les bases suivantes : a Le gouvernement des États-Unis donnerait une garantie de sa volonté de ne pas nuire à la consolidation du nouvel état de choses fondé au Mexique en reconnaissant l'empereur Maximilien, et alors nous ne ferions pas difficulté de prendre des arrangements pour retirer nos troupes dans un délai raisonnable dont nous pourrions fixer le terme. » (30 novembre 1865). Cette proposition inconsidérée reçut la réponse suivante : « Le Président est heureux des assurances que vous lui donnez des bonnes dispositions du gouvernement français. Je regrette de vous dire toutefois que la condition mise en avant est une de celles qui nous semblent absolument impraticables . La cause réelle de notre mécontentement national est que la présence actuelle d'une armée française au Mexique est une atteinte à l'existence d'un gouvernement indigène républicain qui a été fondé par le peuple et pour lequel les États-Unis n'ont cessé d'avoir les sympathies les plus vives, et que cette armée y est allée dans le but avoué de détruire ce gouver-
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nement répvMxcoÀn et d établir sur ses ruines un goumrnenient monarchique étranger dont l'existence au Mexique, aussi longtemps qu'elle y sera tolérée, ne saurait être regardée par le peuple américain que comme préjudiciable et menaçante pour le^ institutions républicaines quil s'est données et auxquelles il reste sincèrement attaché. Nous souhaitons sincèrement que cette grande nation, la France, puisse trouver qu'il est incompatible avec ses véritables intérêts, de même qu'avec son honneur si haut placé, d'abandonner l'attitude agressive qu'elle a prise au Mexique, en se retirant en temps raisonnable et convenable, de manière à laisser au peuple mexicain la libre jouissance du système de gouvernement qu'il s'est choisi et auquel il a donné des preuves d'attachement qui ont paru aussi décisives et concluantes que touchantes. Ils conservent d'autant plus l'espoir d'arriver à une telle solution de la difficulté qu'en tout iQïa^?>y jusqu'aux quatre dernières cmnéeSy lorsqu'on demandait à un homme d'État ou à un citoyen américain quel était le pays d'Europe qui avait le moins de chance de ne jamais s'aliéner l'afîection des États-Unis, la réponse était aussitôt : la France. » (6 décembre 1865.J
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Jusque-là l'Empereur, absorbé par les épreuves de son Jnles César et endormi dans une sécurité confiante parles rapports optimistes de Bazaine,
ne s'était pas rendu compte de la véritable situation. Ces dépêches de Seward Téclairèrent tout à coup. Il vit nettement que le maintien de nos troupes amènerait sans nul doute la guerre avec les États-Unis. Le Congrès, de qui dépendait la direction de la politique extérieure, était beaucoup plus animé que le Président et son ministre, et le Président en expectative, Grant, le serait encore plus. Or la guerre avec les États-Unis, en admettant que la France la permît, c'étaient des milliards d'argent et des centaines de mille hommes dépensés sans aucune espérance d^un succès définitif. L'Empereur ne s'obstinait pas contre l'évidence : placé entre une catastrophe s'il persistait et une humiliation s'il se retirait, il se résigna à l'humiliation ; il résolut l'abandon du Mexique. Drouyn de Lhuys n'insista plus auprès des États-Unis sur la reconnaissance de Maximilien; il se contenta de leur demander de ne pas aller le renverser après notre retraite : <( Confiant dans Fesprit d'équité du cabinet de Washington, nous attendons de lui l'assurance que le peuple américain se conformera à la loi qu'il invoque, en maintenant à l'égard du Mexique une stricte neutrahté. Lorsque vous nous aurez informés de la résolution du gouvernement fédéral à ce sujet, je serai en mesure de vous indiquer le résultat de nos négociations avec l'Empereur pour le retrait de nos troupes. » Il joignait à cette proposition une ionguejustification de l'intervention au Mexique ^