‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 2)Chapitre 132 sur 175 · décembre · texte numérisé non relu

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Seward coupa court à cette justification d'une manière presque brutale : a Les États-Unis n'ont TU aucune preuve satisfaisante que le peuple mexicain ait parlé et établi ou accepté le prétendu Empire qu on soutient avoir été fondé dans sa capitale. Un pareil assentiment ne pouvait être ni librement obtenu ni accueilli à aucune époque en présence de V armée française dyinvasion. L'Union ne reconnaît donc et ne doit reconnaître au Mexique que l'ancienne République. Elle ne peut en aucun cas consentir à s'engager dans ce qui impliquerait, soit directement, soit indirectement, des relations avec le prince Maximilien ou une reconnaissance de ce prince. J'ajouterai : nous regardons l'Empereur comme nous ayant annoncé l'intention immédiate de faire cesser le service de ses armées au Mexique, de les rappeler en France et de s'en tenir fidèlement, sans stipulation ni condition de notre part, au principe de non-intervention sur lequel il est désormais d'accord avec nous. Dans l'opinion du Président, la France na que faire de retarder d'un instant ht retiYiite promise des forces militaires du Mexique, dans la crainte que les États-Unis se montrent infidèles au principe politique qu'il a été de mon devoir de soutenir en leur nom. C'est de Washington que nous avons reçu notre règle de -conduite. Nous nous y sommes sévèrement conformés dans tout le cours de notre histoire. Un traité formel soulèverait des objections comme n étant pas nécessaire et le Président n'a pas le droit d'engager la nation par une note diploma-

tique ressemblant à un traité qui exigerait Tassentiment des deux tiers du Sénat. Nous serons donc charmés lorsque l'Empereur nous donnera ravis définitif de F époque à laquelle on pourra compter que finiront les opérations de la Fiance au Mexique » (12 février 1866). Ainsi les États-Unis refusaient toute espèce d'engagement, celui de la neutralité aussi bien que celui de la reconnaissance. C'était un nouvel échec à ajouter à la liste déjà si longue des échecs de notre diplomatie.

Vin

Sans même attendre le résultat de la dernière demande faite pour couvrir son humiliation, l'Empereur décida la retraite de ses troupes. Drouyn de Lhuys en instruisit le ministre successeur de Montholon (14 janvier 1866) : a Le gouvernement mexicain est impuissant à fournir les ressources financières indispensables à l'entretien de notre état militaire, et il nous a même demandé de prendre en outre à notre charge la plupart des dépenses de son administration intérieure. Ses embarras ne sont pas nouveaux et à ditférentes reprises nous avons essayé d'y remédier, en facilitant des emprunts qui ont mis à sa disposition des sommes importantes; aujourd'hui tout nouveau recours au crédit est reconnu impossible. Que nous reste-t-il à faire en présence du vide constaté au Trésor mexicain et des charges que sa pénurie rejette sur nous? Les prévisions

de notre budget ne nous fournissent aucun moyen de suppléer à ce déficit; le Mexique ne pouvant pas payer les troupes que nous entretenons sur son territoire, il nous devient impossible de les maintenir. Quant à demander à notre pays de nouveaux crédits , l'opinion a prononcé avec une irrécusable autorité que la limite de& sacrifices était atteinte ; la France refuserait d'y rien ajouter et le gouvernement de l'Empereur ne le lui demandera pas. »

11 ajoutait une autre considération, vraiment cruelle, dont il aurait du s'aviser beaucoup plu& tôt : « L'intérêt bien entendu de l'empereur Maximilien ne se trouvait-il pas d'accord avec les nécessités auxquelles nous sommes tenus d'obéir? De tous les reproches que font entendre les dissidents à l'intérieur et les adversaires au dehors, le plus dangereux pour un gouvernement qui se fonde est certainement celui de n'être soutenu que par des forces étrangères. Sans doute le suffrage des Mexicains a répondu à cette imputation ; elle subsiste pourtant et l'on comprend combien il serait utile à la cause de l'Empereur de retirer cette arme à ses adversaires. » Cette dépêche de Drouyn de Lhuys est la seule, de toutes celles qu'il adressa au Mexique, qu'il ait écrite avec conviction.

Le lendemain, 15janvier, l'Empereurlui-même annone à Bazaine sa résolution : « Les difficultés que suscite sans cesse l'expédition me forcent de fixer définitivement l'époque du rappel de nos troupes. Le plus long terme que je puisse accor-

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der pour le rapatriement du corps d'armée, qui ne doit se faire que successivement, est l'année prochaine. Je vous envoie le baron Saillard pour qu'il s'entende avec vous et l'empereur Maximilien relativement à l'exécution de cette mesure, Je voudrais que l'évacuation ne compromît pas le pouvoir de l'empereur Maximilien. Avisez donc aux moyens d'organiser solidement la légion étrangère et l'armée mexicaine. Il faut que l'Empereur montre une grande énergie et trouve dans son pays les ressources nécessaires pour subvenir à ses dépenses. »

Saillard vint donc apporter à Maximilien la nouvelle de l'abandon résolu. Il était porteur d'une nouvelle lettre de l'Empereur à Bazaine plus explicite que la précédente : « Des circonstances plus fortes que ma volonté m'obligent à évacuer le Mexique ; mais je ne veux le faire qu'en laissant derrière moi à l'empereur Maximilien toutes les chances de se maintenir avec ses propres forces et la légion étrangère. Il faut donc que vous mettiez tout votre zèle et toute votre intelligence à organiser quelque chose de durable dans le pays, afin que nos efforts n'ai3nt pas été en pure perte. Vous avez, pour accomplir cette difficile tâche, un an ou dix-huit mois. Si, par hasard , l'empereur Maximilien n'a pas l'énergie voulue pour rester au Mexique après le départ de nos troupes, il faudrait convoquer une junte et organiser un gouvernement, et amener par votre infiuence le choix d'un président de répubhque dont les pouvoirs devraient durer de six

L'ABANDON DE MAXIMILIEN. ool

à dix ans. Ce gouvernement devrait nalurellemenl s'engager à payer la plupart de nos créanciers au Mexique. Il est clair qu'il ne faudra recourir à cette combinaison qu'à la dernière extrémité. Mon plus vif désir est que l'empereur Maximilien puisse se soutenir (15 janvier 1866). »

L'Empereur avait bien compris qu'on ne pouvait honorablement abandonner Maximilien qu'après lui avoir constitué une armée. Or, quel était l'état de cette armée à la réorganisation de laquelle on travaillait depuis trois ans? Ecoutons les témoins oculaires.

Le lieutenant-colonel Van der Smissen écrivait à son ministre en Belgique : « On ne peut pas se faire, en Belgique, une idée de l'armée mexicaine, c'est-à-dire des cinq à six mille bandits qui la composent, conducteurs de mulets, garçons boulangers, passés d'emblée au grade de colonel. Mendez lui-même, un des meilleurs, était, il y a douze ans, garçon tailleur poursuivi pour vol de mouchoirs à Mexico. Pour avoir des hommes, on les prenaitde force et on les conduisait au quartier entre deux rangs de baïonnettes. Dès qu'on leur faisait traverser un champ de cannes à sucre où ils pouvaient se cacher, ils désertaient. » Aussi l'officier belge concluait sa peinture par cette prédiction : k Le jour où

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l'armée française s'embarquera, l'empire mexicain s'écroulera avec fracas. »

Bazaine ne pensait pas autrement : « Relativement à l'armée mexicaine, la situation ci-jointe indiquera à Votre Majesté que son effectif est déjà d'une certaine importance ; mais elle a besoin de se moraliser, de s'attacher à la cause qu'elle sert, et ça nest pas l'œuvre d'une année. Il faut aussi que les cadres soient alimentés par toutes les races et classes de la société mexicaine, ce qui n'a pas eu lieu jusqu'à présent pour l'ensemble général. La loi de recrutement qui vient d'être promulguée doit amener à ce résultat si elle est justement appliquée, mais il est à craindre que les fils de famille continuent à se tenir en dehors des rangs de l'armée qui se trouve ainsi Hvrée aux intrigues ambitieuses des gens de bas étage. Quant à l'élément soldat, représenté en général par l'Indien pur, il obéit sans dévouementparce qu'il croit toujours servir des étrangers hostiles à sa race; c'est ce qui explique les nombreuses désertions, et il paraît indifférent à toute entreprise militaire. C'est le mauvais côté de ce caractère d'une docilité extrême, mais qui servira aussi bien une mauvaise cause qu'unebonne, carilservirales plus entreprenantes. Il faut donc arriver, par de bonnes \o\^q{ avec le temps , à l'homogénéité nationale etau développement de l'organisation communale, pour avoir des citoyens mexicains solidaires les uns des autres : nous nen sommes pas encore là malheureusement. — L'introduction del'élément

européen dans l'armée mexicaine, avec la prétention de conserver leur nationalité et de commander les officiers mexicains, quel que soit leur grado antérieur, est une nouvelle cause de perturbation dans la hiérarchie de celte nouvelle armée, où brillent par moment les étincelles de fierté et de^loiredela tradition castillane'. »

Évidemment la conclusion de Bazaine est au fond la même que celle du Belge : rendre cette armée capable d'une assistance quelconque ne peut être l'œuvre d'une année; il faut du temps. Le Maréchal le pense, l'insinue : mais comme il ne sait si sa franchise plaira ou déplaira, il ne le dit pas. Ses rapports ne regardent jamais en face.

Jugeant ainsi l'armée mexicaine, un homme de coup d'œil, de décision et de cœur eût répondu aux deux lettres de l'Empereur : — a Sire, aucune des deux taches que vous m'imposez n'est acceptable ; consolider Maximilien en quelques mois, lui constituer une armée et des finances est audessus des forces humaines. J'ai déjà dit ce que valait son armée ; ses finances sont tellement inarrangeables que M. Langlais, auquel l'empereur Maximilien avait donné tous pouvoirs, vient de mourir à la tâche, désespérant de l'accomplir l »

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