De Dano à Drouyn de Lhuys, 28 février 186G
L'ABANDON DE MAXIMILIEN. oocl
Bien différent est le langage de Bazaine; oubliant ce que, il y a quelques jours à peine, il vient d'écrire de l'armée mexicaine, il répond à Napoléon III : « Les instructions de Votre Majesté seront exécutées, puisque la situation est Mussi prospère que possible, du moment que les États-Unis semblent résolus à observer la neutralité. Par le rapport sur les forces qui seront laissées pour protéger le gouvernement impérial et que j'ai l'honneur de joindre à cette lettre, l'Empereur pourra juger de Yefficacité de cette protection armée qui, si elle est appuyée par une saine politique et une bonne administration, me paraît largement suffisante pour la consolidation du nouvel Empire. M. le ministre.de la guerre a un projet d'organisation de la légion étrangère qui sera laissée au service du Mexique, projet qui me semble offrir plus de solidité que celui que Votre Majesté ordonne d'appliquer à ce corps. Les nouvelles de la frontière du nord ainsi que celles de l'intérieur sont bonnes, et en mettant cette année à profit j'ai tout lieu de croire que la résistance armée naura pas la moindre importance en 1867 . Ce sera au gouvernement mexicain de faire le reste, et il sera seul responsable de ses fautes, car Votre Majesté a fait dans son intérêt tout ce qu'il était possible de faire. La nouvelle de la rentrée en France du corps expéditionnaire a inquiété les uns, contenté les autres ; mais les esprits se calmeront quand ils comprendront avec quelle sagesse Votre Majesté a traité la ligne de conduite à suivre pour que
Févacuation successive ne compromette pas l'œuvre de l'intervention française*. »
Maximilien était absent de Mexico à l'arrivée de Saillard, et c'est à la campagne qu'il reçut la lettre de l'Empereur Napoléon III. Le jour même de sa rentrée (24 février 1866), son ministre des affaires étrangères, de Castillo, envoie à Dano une note conçue dans une forme peu convenable, renfermant des personnalités et des allusions qu'il ne pouvait tolérer, et qui furent retirées. L'irritation de Maximilien était extrême ; il menaçait d'avoir recours aux moyens les plus désespérés. Il demandait, au moins, si on évacuait, que la situation fût réglée par une convention autre que celle de Miramar, qui lui imposait des engagements au-dessus des forces du Mexique. Enfin, il refusa d'entrer en négociation avec Saillard et il répondit avec une fierté frémissante au message de Napoléon 1II-:
« J'ai reçu par l'entremise de M. Saillard l'aimable lettre de Votre Majesté, datée du 15 janvier 1866, et je me permets de lui répondre avec une entière droiture. Votre Majesté se croit forcée, par une pression soudaine, de ne pouvoir observer les traités solennels qu'Elle a signés avec moi, il n'y a pas encore deux ans, et Elle m'en fait