Maximilien à Napoléon III, 18 février
part avec une franchise qui ne peut que lui faire honneur. Je suis trop votre ami pour vouloir, directement ou indirectement, être la cause d'un péril pour Votre Majesté ou sa dynastie. Je vous propose donc, avec une cordialité égale à la vôtre, de retirer immédiatement vos troupes du continent américain. De mon côté, guidé par l'honneur, je chercherai à m'arranger avec mes compatriotes d'une manière loyale digne d'un Habsbourg, et je mets mon âme et ma vie au service de ma nouvelle patrie. Je suis profondément reconnaissant à Votre Majesté de la douloureuse sympathie qu'elle a bien voulu m'ex- |)rimer à l'occasion de la mort du roi mon beau-père, et je la prie d'accepter l'assurance des sentiments de haute estime et de sincère amitié avec lesquels je suis, etc. »
Saillard partit sans avoir pu négocier avec Maximilien, portant une lettre de Bazaine qui conseillait de régler l'évacuation sans se soucier de Maximilien et sans nulle entente avec lui:
u Je crois qu'il faut agir sans le consentement de la cour de Maximilien dont le mauvais vouloir, basé sur des récriminations injustes, n'est pas loin de Tingratitude. En conséquence, je crois qu'en sauvegardant tous les engagements, l'évacuation du corps d'armée peut s'opérer en trois échelons à peu près égaux, le premier en novembre 1866, le second en mars 1867, le troisième en décembre 1867. Le premier, qui sera d'environ 6000 hommes, arriverait en France fin décembre ou dans les premiers jours de jan-
-ooS L'EMPIRE LIBÉRAL.
vier, avant l'ouverture du Corps législatif. Sous le rapport militaire, le pays est aussi pacifié qu'il ra été jamais; c'est donc au gouvernement à achever l'œuvre par une meilleure politique et surtout une plus sévère administration de ses ressources. L'empereur Maximilien paraît du reste croire qu'après le départ des troupes françaises toute la nation mexicaine se groupera plus compacte autour de son trône (!), la présence d'une armée étrangère ne servant plus de prétexte aux vrais patriotes pour se tenir éloignés de lui (!). Plus nous resterons, moins le gouvernement mexicain fera d'efforts pour se consolider, et il est d'ailleurs tout disposé à user tant qu'il le pourra des ressources que S. M. laissera à sa disposition comme d'une dette obligée, contractée par la France envers le Mexique. Aujourd'hui que la question américaine est écartée, il n'y a plus à hésiter, car la reconnaissance, en prolongeant davantage notre situation ici, ne serait plus en rapport avec les bienfaits de Votre Majesté'. »
L'état de situation annexé à cette dépêche était une pure fantasmagorie. Sur les 43 259 hommes et 12 568 chevaux auxquels il portait l'effectif de l'armée mexicaine, il y avait à déduire, comme n'ayant aucune espèce de valeur, les troupes rurales mobiles, recrues prêtes pour l'armée de Juarez, soit 15515 hommes et 5 980 chevaux; il ne fallait compter que pour fort peu les troupes