Séance du 2 mars 186G
exprimés. Selon le second, il fallait revendiquer le droit des populations des Duchés d'être consultées sur le règlement de leurs destinées. Rouher demanda le rejet des deux propositions; j'opinai de même. « En réalité, dis-je, il n'y a qu'une question de forme entre la rédaction de la Commission et celle de M. Jules Favre. Toutes les deux se résument en ceci : nous n'entendons prononcer aucun blâme dans le passé contre la conduite du gouvernement; nous lui demandons seulement qu'il persévère dans les principes qu'il a lui-même posés. En adoptant la rédaction de la Commission nous lui donnons un caractère imposant d'unanimité, et personne en Allemagne, dans les États secondaires comme en Prusse et en Autriche, n'ignorera que la France, persévérant dans les principes de la circulaire de iM. Drouyn de Lhuys sur la Convention de Gastein, ne favorise, ni d'une manière directe, ni d'une manière indirecte les prétentions et les espérances de M. de Bismarck. » — « Je n'ai qu'un mot à dire, ajouta Thiers : si le gouvernement entend la rédaction proposée par la Commission comme l'entend l'honorable M. Ollivier, je la voterai sans hésitation ».
Le gouvernement n'en était plus aux principes de la Convention de Gastein. Rouher nous le laissa entendre : « Les observations de M. Ollivier lui sont entièrement personnelles; on n'a qu'à s'en rapporter aux explications si claires données sur la politique du gouvernement, qui se résume en celte formule : l'entière liberté d'ac-
tien vis-à-vis de toutes les puissances. » — Thiers vota alors pour la rédaction de Jules Favr e qui réunit 21 suffrages contre 218^
Il n'en reste pas moins acquis que la quasiunanimité du Corps législatif était contraire à toute connivence avec l'entreprise ambitieuse que Bismarck poursuivait dans les Duchés, malgré l'opposition de la Diète, de l'opinion publique allemande et des Sleswig-Holstinois. S'il en avait eu le moyen constitutionnel, il aurait imposé au gouvernement cette politique nette et déclarée, à la place de la politique ambiguë, souterraine, suivie par l'Empereur et ses ministres, qu'il subissait sans l'approuver.
La discussion de l'amendement de la Gauche sur les libertés politiques « sans lesquelles il n'y a pas de véritable grandeur, ni de prospérité durable » était ordinairement le morceau capital de l'Adresse ; elle fut, cette année, un simple prologue à la véritable discussion, bien qu'elle eût été signalée par les discours remarquables de Jules Favre, Ernest Picard, Jules Simon, Granier de Cassagnac. Nous ne croyons pas utile d'analyser les arguments, si souvent développés déjà, pour ou contre la liberté de la presse, pour ou contre les candidatures officielles. Notons seule-