‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 2)Chapitre 147 sur 175 · mars 186G · texte numérisé non relu

mars 186G

trice de Jérôme David, il y eut d'intéressant l'aveu, que notre amendement lui paraissait plus, dangereux que celui de la Gauche. C'était aussi notre avis. La seule conclusion de ce dernier était une émeute impossible ; le nôtre conduisait à un mouvement légal tôt ou tard irrésistible.

Martel était en train de prononcer un excellent discours lorsqu'il fut désarçonné par une de ces gamineries paniques, dont les Assemblées françaises ne savent pas se défendre. Une chanteuse de café-concert, nommée Thérésa, chantait alors avec un immense succès une chanson dont le refrain était : Bien nest sacré pour un sapeur. En parlant des petits journaux littéraires autorisés en grand nombre, l'orateur s'écria avec une solennité indignée : « Ces journaux, de quoi s'occupent-ils pour la plupart? de désordres de mœurs!.. Pour eux rien n'est sacré... » — Hilarité générale et prolongée, dit le compte-rendu. L'historien futur serait bien embarrassé d'expliquer cette hilarité, en effet générale et prolongée comme je n'en ai jamais entendu dans une Assemblée, si on ne lui apprenait qu'après les paroles (( rien n'est sacré» s'éleva comme un grondement sourd : pour un sapeur. Et ce qui augmenta et prolongea ce fou rire, est que le vertueux orateur, avec ses yeux de lapin effaré et ses larges oreilles plus grandes ouvertes que de coutume, ne comprenait pas pourquoi l'on riait de ses paroles solennelles ^

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