CHAPITRE VU
Ce traité opère un changement à vue non moins surprenant que ceux de la Conférence de Londres. D'après la Prusse et l'Autriche, Christian IX avait perdu tout droit sur le Sleswig, par l'établissement de la Constitution du 18 novembre 1863; d'après la Diète, il n'en avait jamais possédé aucun. Par ce double motif on lui avait fait la guerre : on terminait cette guerre en se faisant céder par lui les droits qu'il n'avait plus ou n'avait jamais eus. On lui avait dénié tout titre à posséder les Duchés et on les acceptait de sa main. On était parti en guerre au nom du principe des nationalités, et on terminait l'expédition par la plus cynique pratique du droit de conquête.
Le principe des nationalités, mal sauvegardé par l'Empereur, ne fut pas le seul qui sortit blessé de ce traité. La Diète eut à ajouter une avanie de plus à celles dont Bismarck ne se fatiguait pas de l'abreuver. Depuis le commencement de la querelle, elle avait vociféré que le conflit était
purement allemand et qu'il y avait trahison à le déférer à un tribunal international, et néanmoins elle avait consenti, non seulement à saisir un tribunal international, mais à eu faire partie. Bismarck la récompensa en ne la faisant pas intervenir dans le traité. Rechberg souhaitait qu'on lui communiquât au moins les préliminaires, et même il s'y était engagé envers les États moyens. Bismarck refusa parce que les débats qui s'en seraient suivis auraient entravé la prompte conclusion de la paix. Beust eut beau accourir à Vienne pour se mêler de ce qui se passait, on réconduisit. De toutes parts en Allemagne éclatèrent des protestations. Le Natioyialverein, le Congrès de l'Union nationale présidé par Bennigsen déclara qu'il repoussait énergiquement l'annexion des Duchés à la Prusse comme un grave péril pour YU?i2té fëdércUive de la nation (31 octobre 1864). Le Comité des Trente-six formé à Francfort par le Congrès des députés allemands dit : « On met de côté le droit du pays du Sleswig-Holstein de disposer de lui-même... De tels procédés qui ne paraissent avoir écarté la violence et l'arbitraire du Danemark que pour y substituer la violence et l'arbitraire des grandes puissances ne sauraient être acceptés en silence par un peuple qui aime l'honneur. » — a Laissons aboyer la meute, dit Bismarck, et avançons toujours. » Il avait chassé la Diète du traité, il la chassa des Duchés : il lui demanda d'en retirer ses troupes envoyées pour l'exécution fédérale. Le Hanovre consentit, mais la Saxe et la Bavière résistèrent, Bis-
il8 L'EMPIRE LIBERAL.
mark menaça d'occuper la Saxe : sur quoi la Diète assagie ordonna l'évacuation.
Palmerston jugea sévèrement cette paix : « Cette conduite est honteusement mauvaise et les détails de cette guerre danoise laisseront dans l'histoire de l'Allemagne une page sur laquelle aucun Allemand honorable ou généreux ne pourra plus tard jeter les yeux sans rougir ^ — S'il venait à l'esprit de notre excellent ami et voisin de Paris de priver la Prusse de ses provinces rhénanes, pas un doigt ne se lèverait, pas une voix ne se ferait entendre, pas un homme ni un shilling ne serait votépours'opposer à cette juste punition infligée au monarque prussien; de même lorsque le moment sera venu où la France et l'Italie seront prêtes pour délivrer la Vénétie du joug autrichien, la joie avec laquelle le succès de cette entreprise sera acclamé dans toute l'Angleterre, sera doublée par le souvenir du Sleswig- Holstein-Lauenbourg-. »
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L'histoire n'aura pas assez d'étonnements de la conduite de l'Autriche dans celte querelle des Duchés. De la part de la Prusse, la nation de Frédéric, aucun procédé risqué ne surprenait. On ne pensait pas l'Autriche au-dessus des ten-