‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 2)Chapitre 21 sur 175 · Lettre au roi Léopold du 28 août · texte numérisé non relu

Lettre au roi Léopold du 28 août

LES EFFETS DU TRAITÉ. lit)

talions, mais on la supposait avisée, et personne ne comprit qu'au lendemain de la perte de la Lombardie, alors qu'elle refusait chaque jour d'écouter le vœu des populations de la Vénétie, elle fût allée au Sleswig comme le champion de la révolte d'une nationalité contre un souverain. Eût-elle obtenu de la Prusse, avant de se mettre en route, la garantie de sa dernière possession italienne contre une agression de la France ou de l'Italie, la contradiction n'en subsistait pas moins.

On a dit qu'elle s'était unie à lu Prusse pour la contenir. Ainsi avait fait la bonne iMarie- Thérèse au partage de la Pologne : elle en avait gémi et, tout en gémissant, avait pris sa part. On a dit encore que Rechberg avait été décidé à ce pas scabreux par l'annonce du congrès de Napoléon III qui signifiait perte de la Vénétie : sur les conseils de l'Angleterre, il aurait ajourné sa querelle avec la Prusse et se serait rapproché d'elle pour parer au péril prochain ; le signe de la réconciliation avait été la campagne dans les Duchés.

Une certaine pari doit sans doute être faite à chacune de ces raisons, mais François-Joseph fut surtout déterminé par ses sentiments personnels à l'égard du roi de Prusse. La confiance et le respect s'y unissaient à TaPlection. François- Joseph, revenu de sa petite révolte du Congrès des princes, était alors convaincu d(i ne pouvoir mal faire en suivant cet oncle expérimenté et qu'on devait croire loyal, tant il parlait volon-

tiers de la Providence. Aucun sacrifice ne paraissait trop lourd au jeune souverain pour conserver à son État et à lui-même cette assistance précieuse. Dans la crainte que son ministre ne la compromît, il dirigea lui-même toute sa diplomatie et Rechberg ne fut qu'un instrument passif.

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On a reproché à l'Empereur de n'avoir pas apporté au Danemark le secours de ses armes, de concert avec l'Angleterre, a C'a été une lâcheté », a dit Michelet. L'Angleterre n'a à aucun moment proposé sérieusement une action contre le Danemark. Dans trois circonstances le cabinet anglais a interrogé l'Empereur sur ses intentions. Premièrement, avant l'ouverture des hostilités il lui a demandé quelle serait sa politique dans certaines éventualités; deuxièmement, à l'entrée des troupes prusso-autrichiennes dans le Sleswig il lui a proposé une démonstration navale; troisièmement, à la conférence, il a voulu que de concert avec lui il imposât aux belligérants comme ultimatum une ligue frontière dans le nord du Sleswig. Dans les trois circonstances l'Empereur lui a demandé : « Si je m'engage avec vous dans des démonstrations pouvant conduire à la guerre, me soutiendrez-vous d'une manière illimitée, comme en Crimée? » Dans ces trois circonstances le cabinet anglais n'a pas même répondu. Si la

France avait fait la guerre, elle aurait dû la soutenir seule, e( seule porter le poids delà Prusse, de TAutriche, de la Confédération. Aurait-elle été vaincue, ce qui était probable, pour ne pas dire certain, l'Angleterre ne serait pas venue la ramasser sur le champ de bataille. Aurait-elle été victorieuse, la Russie, à cause de la Pologne, n'eût pas permis qu'elle s'avançât en triomphatrice dans l'Allemagne. Et l'Angleterre, redoutant que l'Empereur ne se dédommageât sur le Rhin de ses sacrifices, n'aurait pas tardé à oublier le Danemark et à joindre son intervention diplomatique à l'intervention militaire des puissances : la plus formidable des coalitions se serait nouée contre nous. Voilà donc à quels effroyables hasards un souverain français aurait dû exposer son pays pour maintenir 25 ou 30 000 âmes de plus sous le joug d'un roi dont l'hostilité contre la France était notoire! Si l'Empereur eût joué les destinées de son pays pour un tel motif, il eût mérité une éternelle réprobation. Et qu'on ne parle pas de droit à sauvegarder! Le droit n'était pas du côté du Danemark. Il n'avait d'autre droit que sa faiblesse et le traité de Londres. Mais la faiblesse seule ne constitue pas un droit et ne dispense pas d'avoir raison, et le traité de Londres, simoniaque, illégitime, nul, parce qu'il avait disposé des Duchés sans leur consentement, constituait une violation du droit et ne méritait pas qu'on le défendît. D'ailleurs toutes les puissances d'Europe, et l'Angleterre autant que les autres, avaient établi que le Danemark l'avait lui-

même rompu en n'en remplissant pas les obligations essentielles.

On a démesurément grossi cette affaire du Danemark en la présentant comme la source d'où sont sortis tous nos maux. 11 n'y a aucun lien nécessaire entre 1864 et 1870, et en plus d'une occasion, la politique aurait pu réduire le démantèlement légitime d'un petit État oppresseur' à n'être qu'un accident sans conséquence dans le développement général des faits européens.

Le roi Guillaume resta trois jours (20-24 août) à Schœnbrunn. Les deux co-propriétaires nouveaux s'entretinrent de la situation qui résultait des événements et se pressentirent sur la conduite à suivre. Ils étaient surtout inspirés par leur défiance de Napoléon III dont ils avaient trouvé la conduite très équivoque dans toute cette affaire danoise. En vérité ils se montraient bien exigeants. Qu'auraient-ils fait sans la complicité amicale de Napoléon 111? Ils s'accordèrent néanmoins, en vue de ce péril imaginaire, créé par leuringratitude, sur la nécessité de fortifîerl'union qu'ils venaient de cimenter. Bismarck, net et décidé comme toujours, déclara qu'il n'était plus possible de recommencer l'ancien jeu de bascule

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