‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 2)Chapitre 23 sur 175 · LA QUESTION ROMAINE A ROME SOUS LE MINISTÈRE DROUYN DE LHUYS · texte numérisé non relu

LA QUESTION ROMAINE A ROME SOUS LE MINISTÈRE DROUYN DE LHUYS

Sauf le cardinal Antonelli', toute la cour de Rome éprouva une joie immense du renversement de Thouvenel et crut qu'avec Drouyn de Lhuys allait s'opérer un changement radical dans la politique romaine de l'Empereur. Il y avait alors à Rome un chargé d'affaires très distingué, le comte Lallemand, qui expliqua la situation mieux que n'avait fait aucun de ses prédécesseurs et ne permit pas au nouveau ministre de se méprendre sur la réalité : a Tant que la séduction qu'exerce depuis deux ans sur les têtes italiennes l'idée de l'Unité avec Rome pour capitale ne sera pas dissipée, il ne faut pas espérer que les réformes faites par le Pape, quelles qu'elles soient,

satisfassent et réconcilient les mécontents. Si ces réformes sont de médiocre apparence alors même qu'elles seraient d'un effet réel, on affectera de les dédaigner, ou on s'en moquera. Si elles sont larges et ouvrent généreusement la porte aux manifestations de l'esprit public, les mécontents aviseront sans retard au parti qu'on en pourrait tirer contre le Pape lui-même et contre sa domination temporelle. C'est dans son principe, bien plus que dans ses effets, que le gouvernement pontifical est attaqué. Un pape réformateur serait aussi menacé qu'un pape conservateur et n'aurait pas moins besoin que lui d'une protection puissante, ce qui exclut la possibilité de l'évacuation «n tant que conséquence immédiate des réformes. Mais quoi? Faut-il se désintéresser des réformes? •A Dieu ne plaise! il faut, au contraire les entreprendre avec courage, mais sans illusion. C'est un acte d'honnêteté et de prudence trop longtemps différé qui préparera les voies peut-être à un avenir meilleur; mais ce n'est pas, selon le mot consacré, une solution. Le principal intérêt des réformes est de fournir au gouvernement de l'Empereur un prétexte honorable de continuer l'occupation et d'apaiser une certaine opinion. Mais moins que jamais le Pape est disposé à opérer ces réformes. Son gouvernement, de plus en plus absolu dans l'ordre spirituel, devient de plus en plus personnel dans l'ordre temporel. Les cardinaux avaient le privilège d'être introduits auprès de Sa Sainteté à toute heure du jour, sur leur simple demande et sans avis préalable : ils

sont obligés, pour avoir une audience, d'en faire une demande écrite. Il en résulte que si le Sacré- Collège sait encore élire des papes, il n'est plus €n mesure de les conseiller. Ce ne sont plus que des clercs trempés dans la pourpre, puis confinés dans des fonctions purement ecclésiastiques ou dans des fonctions civiles qui ne supposent ni initiative, ni indépendance, instruits et laborieux d'ailleurs, graves dans leurs mœurs plutôt qu'austères, solides dans leur doctrine plus que fervents dans leur foi, ayant du discernement et de la finesse, mais non pas peut-être cette ampleur de vues qu'on aimerait à rencontrer dans les princes de l'Église'. » Lallemand ne juge pas le peuple romain d'un coup d'œil moins sûr. Tandis que La Valette le dépeignait comme un volcan toujours à la veille d'une éruption, il le voit tel qu'il est : « C'est un trait distinctif de ce peuple que la faculté de murmurer, d'être mécontent sans la faculté d'agir. » Il eût fallu laisser comme ambassadeur un diplomate aussi clairvoyant. Je ne sais pourquoi on l'écarta, et on le remplaça d'abord par La Tour d'Auvergne puis par Sartiges.

* Pendant quelque temps on s'observa, et l'on s'en tint aux compliments. Antonelli défendit le Pape d'avoir (ce que les papiers anglais venaient de révéler) réclamé en juin l'assistance de l'Angleterre, par l'intermédiaire d'Odo Russell : cette prétendue démarche n'était pas vraie-; Odo Rus-

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