Falloux, Correspondant du 25 octobre
ayant demandé s'il devait présenter des observations, on lui répondit: « Ne vous en occupez pas. » Mais les manifestations officielles ne parurent pas devoir être négligées et Drouyn de Lhuys manda Nigra. Il se plaignit que sa dépêche, interprétée dans un même sens par les passions des différents partis, fut devenue le texte de félicitations et de reproches que les deux gouvernements devaient avoir également à cœur de repousser. «L'ambiguïté de quelques expressions était la cause de ce malentendu. Dans ces mots Droits de la nation. Aspirations nationales, malgré les précautions de langage qui les entourent, chacun lit ce qu'il désire. La Convention, à son avis, se réduisait aux sept propositions suivantes : l*" parmi les moyens violents dont Tltalie s'est interdit l'emploi, on doit compter les manœuvres d'agents révokitionnaires sur le territoire pontifical, ainsi que toute excitation tendant à produire des mouvements insurrectionnels; 2^ quant aux moyens moraux dont on s'est réservé l'usage, ils consistent uniquement dans les forces de la civilisation et duprogrès; 3"les seules aspirations que la cour de Turin considère comme légitimes sont celles qui ont pour objet la réconciliation de l'Italie avec la Papauté ; 4 " la translation de la capitale est un gage sérieux donné à la France : ce n'est ni un expédient provisoire, ni une étape vers Rome.; supprimer le gage, ce serait détruire le contrat; 5^ les propositions de M. de Cavour en 1861 ne contenaient point cette clause relative à la capitale; en outre, elles limitaient à un
chiffre déterminé l'armée du Saint-Père et assignaient pour le départ de nos troupes un délai de quinze jours : on ne saurait méconnaître les différences considérables entre ces propositions et les arrangements de septembre; 6** le cas d'une révolution qui éclaterait spontanément à Rome n'est point prévu par la Convention : la France pour cette éventualité réserve sa liberté d'action; 7^ le cabinet de Turin maintient la politique de M. de Cavour : or, cet homme illustre a déclaré que Rome ne pouvait être unie à l'Italie et en devenir la capitale qu'avec le consentement de la France. »
Nigra, appelé à une explication contradictoire devant l'Empereur, ne contesta aucun des sept articles. Dès que la liberté d'action de son gouvernement était réservée au cas d'une révolution spontanée à Rome, et qu'on lui reconnaissait le droit de poursuivre l'accomplissement du programme national par les moyens moraux, il se montrait coulant, se contentant défaire observer que sa dépêche ne contenait aucune expression de nature à justifier l'espèce de reproche sousentendu dans les sept points de Drouyn de Lhuys. L'Empereur approuva ses exphcations.
Sur quoi Drouyn de Lhuys résuma dans une dépêche à la date du 30 octobre 1864, insérée au Journal officiel du 5 novembre, les sept points sans faire mention des réponses presque toujours décisives de Nigra. La dépêche parut ainsi, non le témoignage d'exphcations mutuelles sur lesquelles on s'était trouvé d'accord, mais un re-
proche adressé au gom ernement italien de s'être écarté du véritable sens de la Convention.
La Marmora ne pouvait rester sous le coup de cette espèce d'admonestation; il la releva. Dans une dépêche insérée au Journal officiel, avant même qu'elle fut parvenue à son adresse, il reproduisit les explications de rsigra omises par Drouyn de Lhuys : « J'ai vu avec peine qu'un ministre de TEmpereur nous soupçonnât de recourir à ces voies souterraines dont nous repoussons jusqu'à la pensée. 11 n'en est pas moins vrai que l'Italie a une foi entière dans Faction de la civilisation et du progrès dont la seule puissance suffira pour réaliser nos aspirations. Quelles sont ces aspirations? M. Drouyn de Lhuys a entendu les définir et les préciser; le Gouvernement du Roi se voit avec regret dans l'impossibilité de le suivre sur ce terrain. Les aspirations d'un pays sont un fait qui appartient à la conscience nationale et qui ne peut devenir le sujet d'un débat entre deux gouvernements, quels que soit les liens qui les unissent (7 novembre 1864). »
Malgré cette fière réponse qu'accueillit un applaudissement universel en Italie, La Marmora ne se crut pas obligé de méconnaître ce qu'il devait à l'Empereur: il le rappela dans la discussion en termes affectueux : « J'étais contraire à cette Convention avant qu'elle fût faite. Je me disais : Ce sera une pomme de discorde; ou nous ne maintiendrons pas rigoureusement le pacte, supposition inadmissible, ou nous le maintien-
drons et renouvellerons Aspromonte. [Sensation.) La translation delà capitale pour moi, Turinois, est difficile, mais militairement Turin ne peut être capitale. Je regrette seulement qu'on n'ait pas préparé les esprits à cette résolution ; le tort en est à tout le monde. On avait acheté ici trop d'édifices publics ; on s'était installé avec des dispositions définitives et du consentement même du Parlement. Je dirai encore que je regrette les soupçons jetés sur les vues de la France. On a parlé de nouveaux changements de frontières possibles, de réserves pour la Fédération, Peu de personnes ont plus d'occasion que moi d'approcher l'Empereur et peuvent mieux affirmer le mal fondé de ces soupçons. Pourquoi donc ces défiances? [Bravo!) S'il avait eu des pensées contraires à l'Italie, il n'avait qu'à rester témoin des événements après la mort de Cavour. Au contraire, il reconnut généreusement ITtalie et par là il ouvrit la porte aux reconnaissances des autres pays. Je ne dis pas que l'Empereur n'ait pas eu d'abord des doutes, comme beaucoup d'Italiens bons patriotes, sur la grande œuvre de l'Unité; mais j'ai l'intime conviction qu'aujourd'hui l'Empereur est persuadé, comme nous le sommes tous, que l'Unité est irrévocable. Nous ne ferons pas un pas en arrière, nous irons en avant avec lenteur et prudence, mais sans retour possible. [Applaudissements .) Je n'entrerai pas dans le fond de la question de Rome. En pratique j'ai des doutes, moi aussi, sur la manière d'effectuer la réunion du Pape et du Roi à Rome.
Mieux vaut avoir du temps devant nous. J'ai grande confiance dans Taide de TEmpereur, riiomme du monde qui connaît le mieux la question. Je crois aussi qu'il nous aidera pour Venise. Je voudrais pouvoir me dépouiller de mon caractère officiel et c'est comme député que je vous dis : Nous avons vu l'archiduc Maximilien devenir empereur du Mexique, les îles Ioniennes données à la Grèce; quelque chose d'inattendu peut se passer aussi à l'égard de Venise. Il me semble que l'esprit de l'Empereur d'Autriche pourrait être amené à concevoir l'opportunité d'une grande décision à cet égard. Je finis comme l'honorable Buoncompagni a parlé : autant j'étais contraire au traité auparavant, autant aujourd'hui je désire que tous vous V^^])rou\iez.)>( Applaudissements. ){ 12 noyemhre.)
Le reste de la discussion ne fut que le commentaire du thème de Mordini : « Nous voyons écrit sous ce transfert de la capitale : Route pour aller à Rome. » Le rapporteur Mosca résuma la discussion avec une rigoureuse précision : « L'Ualie peut aller à Rome par trois moyens, par le fait de l'Italie contre le Pape sans tenir compte des Romains; par le fait des Romains contre le Pape; par une conciliation entre le Pape et l'Italie. La Convention ne clôt qu'une de ces routes, celle de la violence; les autres restent ouvertes. »
La cause de Turin fut surtout défendue par Coppino dans un discours d'une forte et pénétrante éloquence. Rattazzi, d'abord contraire,
vint en aide, avec son habileté persuasive, à La Marmora et, après treize jours de débats, qu'aucune émotion extérieure ne troubla, le transfert de la capitale fut voté à une immense majorité, 305 contre 68 (19 novembre 1864).
Au Sénat la discussion prit le caractère stratégique. Cialdini présenta la décapitation de Turin comme une nécessité de la défense nationale. Il eût été facile de répondre qu'on aurait beau fortifier les défilés des Apennins, ce serait dans les plaines de la Lombardie, dans la vallée du Pô que se joueraient les destinées de l'Italie, d'autant plus que les Apennins pourraient toujours être tournés par la mer et Livourne. La Marmora, sans contredire directement Cialdini, fit cependant entendre qu'il n'était pas éloigné de cette manière de voir, et il ne considéra pas qu'il fut urgent de transporter derrière l'Apennin les arsenaux, les dépôts et toutes les ressources militaires. « Ces établissements ne sont pas en péril dans la vallée du Pô, au contraire, ils y sont très bien situés pour la défense autant que pour l'attaque ; au lieu de les en retirer, il y a lieu de les augmentera »
Un seul Italien, Massimo d'Azeglio, approuva la Convention en protestant contre Rome capitale. Trop fatigué pour se faire entendre il fit lire son discours : « Rome italienne, oui; inais non Rome capitale. Je serais curieux de savoir si le ministre le plus voltairien de la Sublime Porte
i. Chiala, Preliminari délia guerra di ^866^ t. I, p. 441.
aurait jamais la pensée de mettre à sac La Mecque. J'ai delà peine à me persuader que le catholicisme puisse jamais concevoir le Pape au Vatican et le roi d'Italie au Capitole. Je ne me fais pas une idée claire du moyen que prendra le progrès pour persuader au Pape d'abdiquer un jour spontanément sa souveraineté. D'autre part, s'il n'est pas persuadé, ce sera comme aujourd'hui une question de force matérielle. » 11 eut contre les ministres auteurs de la Convention des paroles cruelles qui touchèrent Minghetti au vif : (( Soyons persuadés que les nations se gouvernent en prospérant quand elles sont conduites par des hommes honnêtes, d'un caractère ferme et prudent, qui respectent leur propre dignité, intègres et dévoués. Si elles sont conduites au contraire par des hommes faibles, de peu de caractère et de peu de jugement, mettez le gouvernement à Turin, à Rome, ou à Ploience, uù vous voudrez, ce sera toujours la môme chose, etl'onira toujours de mal en pis. [Bravo! bravo!) On nous a dit : Donnez une garantie, et la garantie a été accordée. Qu'il me soit permis de rappelerun tempsoùnous donnionsaussi unegarantie : c'était notre signature, et elle était tenue pour bonne. » (5;Y//.v>//^r<:a'o.'j 11 protesta indirectement contre les invectives grossières de Garibaldi : (( Etranger, en Italie c'est un mot sinistre. Qui a lu notre histoire depuis Odoacre jusqu'à nos jours en sait la raison. Voilà pourquoi je n'aime pas appliquer ce mot au corps d'occupation français. C'est qu'il est une partie de cette armée à
laquelle l'Italie doit une reconnaissance éternelle ainsi qu'à son chef l'empereur Napoléon, notre meilleurami. )) Il conclut mélancoliquement : «Oui, cet ancien État doit disparaître, comme le germe du froment lorsque l'épi est formé; mais on ne renonce pas à tant de faits, de traditions et de mémoires honorées sans que le cœur se brise. Quand l'épouse sort de la maison où elle naquit, les parents y consentent; mais si leur cœur se brise qui les voudra condamner? » (Applaudissements prolongés.)
Le 11 décembre 18G4 un décret de Victor- Emmanuel ordonna que la capitale serait transférée à Florence dans le délai de six mois. Turin morne, triste, silencieux, avait assisté à ces débats sans donner .de signe extérieur des sentiments qui l'oppressaient; mais lorsqu'il apprit qu'au commencement de l'année 1865, le Hoi donnerait un bal de cour, selon l'usage, les colères se réveillèrent. Une immense foule se répandit dans les rues et sur les places à l'heure où arrivaient les invités, les hua, cassa les vitres de leurs voitures, et ne fut dispersée qu'avec peine par la garde nationale. Le Hoi, frappé dans son orgueil et dans son cœur, attendit trois jours des excuses de la municipalité qui n'arrivèrent pas. Le 4 février au matin, il sortit par la porte des Écuries, accompagné par ses officiers et il partit pour Florence. Passant par la rue du Fô, il rencontra un prêtre qui portait le viatique à un mourant. Selon les traditions de sa Maison, il fît arrêter sa voiture, descendit, s'agenouilla, et
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reçut la bénédicLioii du prêtre qui représentait ce Pape qu'il travaillait à dépouiller. Les Toscans le reçurent avec des applaudissements polis, et il alla chasser à San-Rossore. La municipalité turinaise se décida alors à envoyer une députation pour exprimer ses regrets et assurer de sa fidélité. Victor-Emmanuel reçut ces députés avec une politesse mêlée de tant de coups de boutoir, que, déconcertés, ils n'osèrent lui demander de revenir à Turin, et il fallut une longue négociation pour l'y décider.
Il rentra le 23 février, et fut reçu par des vivats qui cependant n'avaient plus la chaleur de ceux d'autrefois.
Avoir voté le transfert n'était pas tout : restait à trouver l'argent pour l'opérer. Minghetti n'avait pas laissé seulement à ses successeurs du sang à verser, il leur léguait une situation financière qui, à la moindre défaillance, se fût convertie en banqueroute. De toutes les ressources annoncées avec tant de confiance, l'emprunt seul n'avait pas fait défaut, il avait rendu 100 millions; les nouvelles taxes n'en avaient produit que 50 et la vente des biens domaniaux que 40. Le déficit de l'année s'annonçait de 316 millions au moins. L'argent disponible du Trésor en tout n'était que de 36 millions, et la somme à payer n'était pas inférieure à 100 millions pour les intérêts de la rente, auxquels s'ajoutaient JOO autres millions pour les diverses charges de l'Etat. Sella se rendit près du Roi et lui dit : « Majesté, il faut donner l'exemple du sacrifice. — Que voulez-
VOUS? fit le Roi. — Je demande à Votre Majesté une réduction de trois millions sur la liste civile. — Je ne suis pas trop bien en argent, répondit Victor-Emmanuel, mais pour tirer la nation d'embarras, réduisez tout ce que vous voudrez. » Les ministres diminuèrent chacun de cinq mille lires leurs traitements, puis Sella proposa en conseil de demander au pays de solder en décembre par anticipation l'intégralité des taxes directes à percevoir en 1865. La plupart de se récrier. « Si la chose est faisable, dit Lanza, décidons-la. — Si vous, qui vous y entendez mieux que moi, dit La iMarmora, croyez cet acte d'énergie nécessaire, faisons-le. » La proposition fut présentée au Parlement; elle fut votée, et le pays entier, avec une abnégation digne des plus glorieux jours du Risorglmento, accepta sans murmure ce fardeau écrasant. Le municipe de Brescia avança à ses administrés, (jui ne pouvaient les payer tout de suite, le montant des taxes. Beaucoup l'imitèrent. La banqueroute fut évitée; on se donna le temps d'établir de nouveaux impôts, de contracter un nouvel emprunt et de se procurer l'argent nécessaire pour le déménagement à Florence.
La Convention considérée en elle-même ne contenait ni ambiguïté, ni sous-entendu : elle exprimait clairement tout ce qu'elle avait voulu
exprimer, et de manière à ne laisser aucune équivoque. D'abord elle consacrait définitivement l'Unité italienne ; les réserves qui avaient accompagné sa reconnaissance étaient efl'acées, l'acquisition des Légations, des iMarclies et de l'Ombrie, était considérée comme un fait irrévocable, et désormais ce qu'on appelle la question romaine se limitera à savoir ce que deviendraient Rome et le patrimoine qui l'entoure. Dans le débat ainsi limité, la Convention introduisait des éléments nouveaux qui changent son aspect. Le parti unitaire italien disait : Rome appartient à ritalje. Dans tous les pays où l'on parle la langue italienne, où le Si siiona, le droit de nationalité préexiste et, sans qu'il soit nécessaire de les consulter, que les habitants le veuillent ou qu'ils s'y opposent, tout pays de langue italienne est italien.
Le parti modéré groupé autour de Cavour arrivait aux mêmes conclusions, par des chemins et des arguments ditTérents : il affirmait que Rome était nécessaire àl'Ualie, que, sans Rome, l'Unité italienne, corps sans tète, ne pourrait, au grand détriment de la sécurité européenne, se réaliser. Il réclamait donc Rome, comme le parti d'action ,^ mais seulement en vertu d'une prétendue nécessité politique, tandis que les unitaires purs la réclamaient au nom du droit de la race et de la langue.
En face des uns et des autres, les catholiques soutenaient que le territoire pontifical, nécessaire à l'indépendance spirituelle du Saint-Siège,
constituait une domination d'une nature particulière, œcuménique, appartenant à la catholicité tout entière. La nationalité italienne veut Rome, disaient-ils, tant pis pour elle, la catholicité ne peut s'en passer, et l'intérêt des catholiques, ne serait-ce que par le nombre de ses adhérents, doit l'emporter sur celui de l'Italie.
La Convention rejette cette double prétention contradictoire : Rome n'appartient ni aux catholiques, ni aux Italiens; pas plus la catholicité que les Italiens n'ont un droit reconnu sur elle. Rome est une souveraineté indépendante ordinaire, soumise aux règles de toutes les souverainetés. La Convention lui assurait la protection extérieure du principe de non-intervention : la France le pratiquerait en retirant ses troupes; l'Italie en n'y faisant pas entrer les siennes, en ne considérant pas comme dirigée contre elle la formalioQ par le Pape d'une armée de catholiques étrangers; elle s'engageait en outre à faire la pohce à sa frontière et à y empêcher toute attaque par des bandes formées sur son territoire, et, à plus forte raison, à s'interdire elle-même toute manœuvre pour susciter une révolution à Rome. Il n'y avait d'incertitude et d'obscurité que sur une éventualité laissée en dehors de la Convention, celle d'une révolution à Rome après le départ des troupes françaises. La Convention ne réglait pas cette hypothèse, et chacune des deux parties réservait à cet égard leur liberté ultérieure de prévision et d'action. Évidemment leurs vues dittéraient : les Italiens ne doutaient
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pas que nos troupes parties, le Pape serait hors d'état de maintenir son gouvernement, qu'une révolution éclaterait dans le patrimoine de Saint- Pierre, que les Garibaldiens y feraient irruption, mettant le Pape en fuite. Les troupes de Victor- Emmanuel accourraient alors sous prétexte de rétablir l'ordre et de déposséder la révolution, et une fois entrées, elles ne sortiraient plus. Sans doute l'Empereur se croirait tenu à protester, mais il n'irait pas jusqu'à s'opposer par la force, il ne s'exposerait pas à entreprendre un second siège de Rome, et celui-là contre une armée sérieuse. C'est ainsi qu'ils considéraient comme une étape vers Rome la Convention qui écartait de leurs pas le seul obstacle insurmontable, la présence d'une armée française qui n'eût permis ni aux Garibaldiens de soulever le désordre, ni aux Italiens de venir le réprimer.
♦ L'Empereur envisageait l'avenir tout autrement. Se rappelant que, malgré les manœuvres de Cavour, Villamarina, Persano et la trahison de Liborio Romano, Naples n'eût pas chassé son roi, si Garibaldi n'était pas intervenu, il espérait que, pourvu qu'on ne l'assaillît pas du dehors, le Pape aurait la force de contenir une population dont l'immense majorité, ayant un intérêt matériel à sa durée, n'entreprendrait aucune révolte contre lui. Les deux adversaires réduits à l'immobilité, à la réflexion, les antipathies et les exigences s'apaiseraient; le Pape finirait par se résigner à ne posséder que Rome, et les Italiens à ne plus la convoiter. Il était d'ailleurs
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fermement résolu à en exiger, même par la force, le respect des engagements. Ils s'établiraient à Florence, s'y trouveraient bien, reculeraient devant les tracas d'un nouveau déménagement, et peu à peu arriveraient à la seule solution qui, en dehors de la violence, put clore la querelle, celle récemment exposée au Sénat par Massimo d'Azeglio, celle de l'Empereur et de la force des choses : Home ville libre, gardée au dehors et si cela devenait nécessaire au dedans, par une armée italienne ^ C'est pourquoi, contrairement au dire de Italiens, l'Empereur affirmait en toute bonne foi que la Convention, quoi qu'elle ne l'indiquât pas, conduisait à la renonciation des Italiens à Uome-capitale et que la Papauté et les catholiques devaient l'accueilbr comme un gage de sécurité.
Il se trompa en croyant que le transfert de la capitale serait une garantie : ce fut une excita4 lion. On ne pouvait commettre une erreur plus lourde que d oter la conduite de l'Italie aux Piémontais, u les Anglo-Saxons de l'Italie, a dit Mazzini, pratiques, tenaces, capables de discipline ». Eux seuls étaient de taille à retenir, sinon à détourner, la poussée révolutionnaire vers Rome. La véritable solution eût été dans Turin restant capitale et non dans sa dépossession. De Turin on se serait opposé à Rome capitale, bien plus sûrement que de Florence. On s'en aperçut vite. Dès que Turin eut été sacrifiée, les Piémon-
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tais se réunirent en un groupe, la Permanente, c'est-à-dire l'opposition qui ne désarme pas; ils devinrent les fauteurs les plus intraitables de Rome-capitale, et ne se considérèrent à Florence que comme dans une hôtellerie forcée, d'où ilsavaient hâte de sortir.
Ils ne dissimulèrent pas l'évolution accomplie dans leur pensée : « Les chefs du parti libéral piémontais n'auraient jamais fait obstacle au transport de la capitale à Home, mais convaincus de ne pas compromettre le but, ils avaient accepté l'impopularité qui accompagne momentanément les procédés lents d'une politique prudente et préparatoire. xMais maintenant les choses sont entièrement changées. Il serait périlleux pour la nationalité italienne, maintenant qu'on est à Florence, que l'entrée àRome ne s'effectuât promptenient (/)'« brève), c'est ï)Ourquoi, changeant de méthode avec les circonstances, ils adojîteront tels moyens qui dans un autre temps leur avaient |)aru moins prudents et plus risqués ^ )>^ Qu'il est dangereux de se mêler des affaires d'autrui 1
Ajoutons cependant à la décharge de Napoléon lit que sa méprise ne fut pas uniquement la sienne. Palmerston et Russell la partagèrent. Pidmerston dit à notre ambassadeur : u Qu'il voyait dans l'acte du 15 septembre une nouvelle preuve des dispositions amicales de l'Empereur envers F Italie en même temps que le désir sin-
1. Manifeste de V AssociazioJie libérale permanente aux élections générales d'octobre 1865.
(ère de Sa Majesté d'aider à la consolidation de l'état de choses actuellement existant dans la Péninsule. » Il donna son entière approbation au transfert à Florence. — <( Cette ville lui paraît, comme capitale, préférable à Rome sous beaucoup de rapports, notamment au ])oint de vue de la salubrité. J'espère que les Italiens renonceront à l'idée d'aller à Rome. » La coexistence dans la même ville du Pape et du roi d'Italie était considérée par lui comme peu praticable. Russell s'exprima à peu près dans les mêmes termes, sans formuler toutefois aussi nettement son approbation ^
Le 21 septembre 1864, notre ambassadeur à RoiîK^ reçut, de Drouyn de Lhuys,le télégramme suivant : « Le gouvernement italien nous a notifié sa résolution de transférer sa capitale dans une autre ville que Turin. Ce fait nous a déterminés à conclure avec cette cour, ])Our le rappel successif de nos troupes, une Convention qui contient les garanties indiquées dans ma dépêche du 12 septembre. Veuillez l'annoncer au cardinal Antonelli. » Jusque-là aucune communication n'avait été faite à Rome et Ton ne s'y doutait pas du tout de ce qui se préparait.
Le cardinal, après avoir lu la dépêche stipulant les garanties, dit : « Il est impossible au