‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 2)Chapitre 36 sur 175 · au 31 octobre I8G · texte numérisé non relu

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jets le bon sens le plus droit, le plus parfait, enfin quand on l'a vu, comme je l'ai vu, dans le péril, le plus intrépide des hommes, il est impossible de n'être pas séduit, charmé, et l'on comprend aisément les grandeurs de son règne. Mais si l'on pénètre plus avant dans son cœur, si l'on vient assister aux luttes de sa raison contre sa bonté, luttes qui ne sont souvent que des défaites et souvent des déroutes, on plaint ce prince si bon, si généreux, si indulgent de ne pouvoir punir et frapper ceux qui devraient être punis et frappés, on devine avec quelle facilité ce noble esprit peut être la victime de l'intrigue, et l'on connaît, au dehors comme au dedans, le secret des fautes, des faiblesses et des échecs de sa politique. »

L'Empereur perdit Mocquart (9 décembre 1864). La perte était irréparable : c'était plus qu'un serviteur, un ami éprouvé, un témoin des jeunes années, un conseiller expérimenté, discret, sagace, de toute confiance. 11 ne pouvait avoir de remplaçant. Son successeur, le conseiller d'État Conti, galant homme, fut aussi dévoué, aussi discret, aussi éclairé, mais il n'avait pas la même étendue d'esprit, de connaissances, d'expérience et surtout la même autorité d'afPection et d'habitude.

On croyait que tout était provisoirement pacifié à Home, lorsqu'en arriva, pour l'Empereur,

une surprise égale à celle qu'il y avait causée lui-même par sa Conveulion avec l'Italie. Le Pape publia, le 8 décembre 1864, sans crier gare, une Encyclique concédant un jubilé auquel était joint un Syllabus, catalogue ou résumé des principales erreurs de notre temps signalées dans les allocutions consistoriales, dans les Encycliques et autres lettres apostoliques du Saint-Père. Le document, quoique non signé, avait été rédigé par son ordre, envoyé aussi par son ordre à tous les évêqiies du monde catholique, afin qu'ils eussent sous les yeux toutes les doctrines pernicieuses qui ont été réprouvées et condamnées. Parmi les propositions déclarées erronées, erroncas, celles contre le panthéisme, le naturalisme, le rationalisme, Finditîérentisme, appartenaient à l'ordre philosophique. D'autres se rattachaient aux relations de l'Eglise et de l'État et à la constitution de l'État lui-même. Voici les principales : « Libre à chaque homme d'embrasser et de professer la religion qu'il aura jugée vraie d'après les lumières de sa raison. Il n'est plus utile que la religion catholique soit considérée comme Tunique religion de l'État, à l'exclusion de tous les autres cultes. Il appartient au pouvoir civil de définir quels sont les droits de l'Église et les limites dans lesquelles elle peut les exercer. L'Église n'a pas le droit d'employer la force et elle n'a aucun pouvoir temporel direct ou indirect. Elle n'a pas le droit légitime d'acquérir et de posséder. Les ministres sacrés de l'Église et le pontife romain

doivent être exclus de toute gestion et autorité sur les choses temporelles. Il n'est pas licite aux évêques de publier, même les lettres apostoliques, sans la permission du gouvernement et de se mettre en communication avec le Pontife romain. La puissance civile, même quand elle est exercée par un infidèle, possède un pouvoir indirect, négatif sur les choses sacrées, elle a par conséquent non seulement le droit qu'on appelle Xexequatur^ mais encore le droit qu'on appelle X appel comme d'abus. La puissance civile peut donner son appui à tous ceux qui voudraient quitter l'état religieux qu'ils avaient embrassé et enfreindre leurs vœux solennels. Elle peut supprimer, même entièrement, les communautés religieuses. Les causes matrimoniales et les fiançailles, par leur nature propre, appartiennent à la juridiction civile. L'Église doit être séparée de l'État. L'autorité n'est autre chose que la somme du nombre et des forces matérielles. On doit proclamer et observer le principe de nonintervention. Il est faux que la liberté civile de tous les cultes et que le plein pouvoir laissé à tous de manifester ouvertement et publiquement toutes leurs pensées et toutes leurs opinions, jettent plus facilement les peuples dans la corruption des mœurs et de l'esprit et propagent le fléau de l'indifTérentisme. Le Pontite romain peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme et la civihsation moderne. >)

LE SYLLABIJS. 201

lit

Le Sylhibus est le résumé Ihéoiogique ei doctrinal du système qui, jusqu'en 1789, avait réglé les relations entre Thiglise et TÉtat et qui consistait dans l'union légale et politique des deux pouvoirs. Entre le roi et le pontife régnaient un conseil de paix et une intime alliance. Les deux sociétés en restant distinctes n'étaient ])oint séparées. La religion catholique était religion d'État, religion dominante. Ce qui était mal dans rÉglise l'était dans l'Etat; l'honneur et l'autorité de Dieu étaient aussi protégés que ceux du prince; le crime de l'hérésie existait à côté de celui de lèse-majesté; le livre condamné à Rome était brûlé à Paris par la main du bourreau; la résistance à une bulle du pontife était punie comme la révolte contre les lois fondamentales de l'État; le clergé était un ordre politique appelé aux États généraux, chargé des actes de l'état civil, du jugement des causes matrimoniales ; les vœux solennels étaient valables même au for extérieur; la succession du moine s'ouvrait; s'il fuyait le cloître, il y était ramené manu militari.

Le roi, étant ainsi le bras séculier de l'Église,

\. Voir le texte complet, latin et français du Syllabus, le commentaire de ses principales dispositions et la définition de son caractère dans l'É^/ise et l'État au concile du Vatican, tome P% page 342; tome II, page 613.

faisait examiner par son parlement les bulles dont on lui demandait Tintroduction obligatoire dans ses États, et il ne les revêtait de son exequatur que si elles n'étaient pas jugées contraires à la tranquillité publique. De là naissaient les conflits entre les deux pouvoirs unis et alliés. Les théologiens ultramontains voulaient réduire au moins possible le contrôle royal; les parlementaires n'y admettaient pas de limites; les évêques tiraillés entre les deux s'efforçaient d'obtenir pour le Pape plus que ne lui accordaient les parlementaires, pour le Roi plus que ne lui concédaient les théologiens romains.

La Révolution française avait détruit cet ordre de choses, elle n'avait pas anéanti le pouvoir spirituel, comme on l'a dit alors ', mais elle avaitfait plus que s'en distinguer, elle s'en était séparée; elle avait dépossédé l'Église de sa primauté de domination, laïcisé l'État, établi l'inexistence des vœux au point de vue légal, reconnu la liberté de conscience, des cultes, l'égalité de toutes les confessions, supprimé le crime d'hérésie, donné l'état civil aux officiers municipaux, établi des institutions condamnées par l'Église, comme le divorce, etc.

Le nouveau régime avait encouru la réprobation solennelle de Pie VI. 11 le condamna pour avoir admis les non-catholiques aux emplois publics, appréhendé les biens du clergé et surtout pour avoir étabh la liberté drs cultes, et enlevé à la

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