Mfc'i' Parisis, Cas de conscience, p. 3o
T. vu. 12
20G LEMPIRE LIBERAL.
Il n'y a donc aucune contradiction entre les paroles absolues des papes et leurs actes conciliants. Quand le Pape enseigne, il s'en tient à la rigueur inllexible des principes ; quand il agit, il s'adapte aux circonstances. Son enseignement indique le bien ; sa pratique se résigne au moindre mal.
La conduite des catholiques doit se modeler sur celle de leur pasteur suprême : ils peuvent et doivent s'adapter aux institutions de leur pays, les respecter, les servir, même quand elles s'éloignent de l'idéal chrétien, mais d'un cœur contrit, sans oublier dans Texil les lueurs célestes de Sion, et en faisant un effort constant par leur conduite, par leurs paroles, pour ramener les sociétés aux règles tutélaires dont elles se sont affranchies. Ils doivent subir l'abolition temporaire des prérogatives divines ; ils ne peuvent proclamer qu'ils en font l'abandon, ni rejeter comme mauvais ou superflu ce qui a été jugé par l'Église comme la condition de la moralité publique, ni convertir en idéal et en droit absolu des tolérances de fait, ni accepter comme définitive la rupture de la société civile avec la société de Jésus-Christ; ni admettre qu'un pouvoir non chrétien, n'eût-il aucune autre religion, soit autre chose que le mal, quele triomphe de Satan dont le règne est toujours éphémère.
LE S\LLABUS. 207
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Pendant longtemps les catholiques n'eurent qu'une opinion à cet égard; mais à mesure que les institutions modernes fonctionnaient et qu'ils y participaient, certains d'entre eux y prirent goût; non seulement ils s'habituèrent au moindre mal, mais le trouvèrent très acceptable et, en accordant à la Papauté la satisfaction platonique des réserves commandées, ils le célébrèrent, l'exaltèrent au point qu'on dut croire qu'il était devenu pour eux le véritable bien.
Une scission retentissante s'opéra alors : les purs, les fervents s'indignèrent qu'on considérât comme un bienfait ce qui n'était qu'une épreuve, qu'on parût canoniser en quelque sorte l'erreur, qu'on renon(;ât à défendre dans toute sa rigueur la vérité intégrale, qu'on abandonnât sans résistance les sociétés aux directions perverses, et qu'on ne travaillât pas sans relâche à arracher les âmes à cette liberté de perdition que les Etats modernes tolèrent ou favorisent. Quand on est catholique, disaient-ils, devenir libéral au sens des rationalistes modernes (et il n'y a pas d'autre manière de l'être) c'est presque une hérésie et, dans tous les cas, une aberration. Qu'importent les défaites provisoires? l'Église, qui a des promesses éternelles et qui repose sur la pierre indestructible, peut attendre que les sociétés en détresse viennent à ses pieds lui demander la
paix et le remède à leurs maux : fecit naimne^ sanabiles.
Ce dissentiment venait d'atteindre au paroxysme à propos de discours prononcés à Malines ^ par Monlalembert, dans lesquels avait éclaté toute la plénitude de son génie oratoire et de sa grande âme généreuse. Que ne puis-je tout citer de l'un des chefs-d'œuvre de l'éloquence au xix^ siècle : « L'Église ne peut plus être libre qu'au sein de la liberté générale, des droits et non des privilèges, des droits qui permettent de se passer de l'exercice ou de la protection du pouvoir. La vérité a besoin de la liberté et n'a plus besoin d'autre chose. Rêver ou réclamer pour elle une liberté privilégiée comme un patrimoine inviolable, au milieu de la servitude, ou simplement de la soumission générale, ce n'est pas seulement le comble de l'illusion, c'est le plus redoutable des dangers. Il faut nettement, publiquement protester, à tout propos, contre toute pensée de retour à ce qui irrite ou inquiète la société moderne. Les catholiques sont partout, excepté en Belgique, inférieurs à leurs adversaires dans la vie publique parce qu'ils n'ont pas pris leur parti de la grande Révolution qui a enfanté la société nouvelle, la vie moderne des peuples. Ils n'ont pas appris encore à la connaître, à la pratiquer, à l'aimer. Beaucoup d'entre eux sont encore par le cœur, par l'esprit, et sans trop s'en rendre compte, de