‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 2)Chapitre 42 sur 175 · Ibidem, p · texte numérisé non relu

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toute civilisation, tout progrès, toute liberté, M^"" Ginoulhiac accomplit cette tâche avec beaucoup de solidité, M^' Darboy avec beaucoup de lumière, et M^' Dupanloup avec beaucoup de bruit. Ce dernier, espérant plaire à Home, donna pour préambule à son étude du Syllabus une violente diatribe contre la Convention du 15 septembre, sans souci de démentir l'affirmation du cardinal Antonelli, qu'on ne devait établir aucune corrélation entre les deux actes.

En dépit de ces commentaires, explications, adoucissements, subsistait une opposition radicale entre l'enseignement du Syllabus et les principes sur lesquels s'élevaient les institutions modernes. Les évêques se tirèrent de difficulté en se retranchant dans l'hypothèse que le Syllabus ne contestait, ni ne retirait. Et de ce point de départ inexpugnable ils proclamèrent que le Syllabus ne leur interdisait nulle part d'avoir confiance dans les libertés civiles et politiques et d'en espérer le progrès pacifique. Les commentaires de l'Archevêque de Paris, M^'' Darboy,, furent des plus larges : « Ce que demandent et cherchent les peuples dans leurs aspirations inquiètes vers le progrès, la liberté et la civilisation, Pie IX ne le maudit pas; il déclare seulement ne s'être donné aucun tort à l'égard de ces choses quand on les comprend bien et ne pouvoir pactiser avec elles quand on les comprend mal. 11 ne prétend pas qu'on doive agir contre sa propre conscience et rendre à Dieu un hommage contraint ; mais il nie qu'on ait le droit de n'avoir

aucune religion, ou d'en avoir une fausse. Il ne condamne pas l'emploi du suffrage universel, dans les affaires politiques; il laisse entendre que le nombre n'est pas la seule force du monde et que la multitude elle-même a besoin d'avoir raison pour valider ses actes. 11 ne ratifie pas tous les faits accomplis; mais il n'ignore pas que les faits accomplis par tout un peuple traînent derrière eux des intérêts considérables qui, quand ils ont duré quelque temps, se nomment droits. En un mot, et pour vous rassurer, l'Encyclique ne vous interdit pas d'être de votre temp& qui en vaut bien un autre et ne fait pas trop médiocre figure dans l'histoire de l'Église et du monde. »

Le Pape ne contredit pas ces explications. 11 félicita M^' Dupanloup « d'avoir relevé et voué à un juste mépris les calomnies et les erreurs des journaux qui avaient si indignement faussé le sens de la doctrine professée par nous^ ». En son nom le cardinal Antonelli approuva le cardinal Donnet « d'avoir saisi la différence entre les erreurs proscrites par l'acte pontifical et le fait particulier de la France et d'autres États. L'encyclique ne frappe que les doctrines absolues et naturalistes des libres penseurs avancés; elle ne proscrit que ceux qui appliquent le rationalisme à la société civile : c'est dit en propres termes. Elle n'interdit donc pas de soutenir certaines libertés entrées dans le droit public; on ne tombe

SOUS sa condamnation qu'en faisant dériver ces libertés de la négation de l'ordre surnaturel et de l'Église en tant que société qui a ses droits propres indépendants de toute origine humaine'. ^) Le Cardinal prouva même par un acte significatif que le Syllabus n'était pas un brûlot incendiaire jeté au milieu de nos institutions. Le Nonce avait adressé des lettres publiques de remerciement aux évêques de Poitiers et d'Orléans; Antonelli, sur les ordres du Saint-Père', lui écrivit pour le blâmer et lui enjoindre de s'abstenir, en pareils cas, d'actes de cette nature, la cour de Rome n'approuvant pas en principe que les nonces s'immiscent dans les affaires de politique intérieure des États auprès desquels ils sont accrédités. En conséquence M^^'" Chigi vint exprimer à l'Empereur ses regrets de la publicité de ses lettres particulières aux évêques d'Orléans et de Poitiers et donna l'assurance que, pénétré des devoirs de son caractère diplomatique, il n'avait jamais eu l'intention de s'écarter du respect des règles du droit diplomatique ^

Les catholiques de la trempe de Saint-Simon, Aguesseau, Chateaubriand, ne s'étaient pas réduits en servitude à l'égard de Rome : ils accep-

i. Séance du Sénat, du 10 mars 1865.

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