Bazaine à Napoléon III, 10 mai
%. A l'Empereur, 28 juin 18G4. Je rappelle que je cite toutes ces lettres de Bazaine d'après les originaux que j'ai sous les yeux. J'emprunte celles de l'Empereur à Bazaine aux ouvrages de M. Gaulot qui a eu sous les yeux les originaux de ces lettres, trouvées dans les papiers du payeur général de l'armée. ■'
MAXIMILIEX AU MEXIQUE. 22t>
organisés, l'un à Monterey, dans le Nord, autour de Juarez ; l'autre dans la région des Terres cliaudes, à Oajaca, autour d'un général doué à la fois du bon sens et du coup d'œil du politique, de Tactivité, de la vigueur du soldat et de l'humanité de l'homme d'honneur, Porfirio Diaz.
Maximilien pensait que le terrain administratif et législatif était déblayé, que les réformes étaient décrétées, qu'il n'avait plus qu'à prononcer; et il trouvait tout en suspens et dans le chaos. 11 avait un moyen facile de gouverner : créature du parti clérical, il devait se livrer à lui, servir ses idées, adopter ses hommes, sauf en quelques tempéraments redresser ses griefs, enfin donner à ce parti la domination qu'il avait espérée des armes françaises et qu'elles lui avaient refusée jusque-là. Toutes les cloches des églises auraient sonné en sa faveur ; les Te Deum auraient retenti partout; un nonce serait venu lui apporter la bénédiction pontificale; il aurait sans peine recruté un personnel honorable, intelligent, dévoué, dont le général Almonte eût été le chef et Guttierez de Estrada, rappelé avec honneur, l'ornement et le conseil. Cette conduite eût certainement encouru le mécontentement de Napoléon III, qui répétait au Mexique ce qu'il avait fait à Rome et désavouait, après meilleures informations, les idées et les hommes au profit desquels il était intervenu. Mais Maximilien, ayant acquis dans le pays une force propre, eût pu supporter ce mécontentement. Cependant il n'adopta pas cette pohtique facile et qui paraissait obligée parce
qu'elle ne répondait pas à ses sentiments personnels et que, sincèrement libéral lui-même, il appartenait d'esprit à la réforme opérée par Juarez. Il écarta donc résolument les cléricaux, fauteurs de l'intervention. Almonte, le chef de la régence, malgré sa capacité et les services rendus, fut relégué dans la charge de grand maréchal de la Cour; un peu plus tard, Marquez et Miramon, sous des couleurs de mission à l'étranger, furent éloignés, et Guttierez de Estrada si peu convié à revenir, qu'il ne revint pas. Le Père Miranda mourut à Puebla, faisant les plus tristes pronostics.
Les cléricaux congédiés, force était de s'adresser aux libéraux qui n'avaient pas levé l'étendard de la révolte et n'avaient pas suivi Juarez, bien que partageant ses passions et ses idées ; ce qui les rendait ennemis de l'intervention et hostiles plus ou moins à la France, de telle sorte qu'en les choisissant comme auxiliaires, Maximilien s'exposait à un déplaisir de Napoléon III, non moins que s'il s'était livré aux cléricaux. Mais nécessité n'a pas de loi : le parti de l'intervention n'existait que dans les dépêches de Bazaine; on n'avait affaire qu'à des conservateurs ou des libéraux, tous contraires à la France, les uns parce qu'elle avait déçu leurs espérances, les autres parce qu'elle avait détruit leur domination. C'est entre ces deux hostilités qu'il fallait choisir, et il est souverainement injuste d'imputer à tel ou tel conseiller intime une fatalité inhérente à la nature des choses. Maximilien choisit
pour ministre d'État Velasquez de Léon, adversaire notoire de l'intervention; pour ministre des Affaires étrangères, Ramirez, homme capable, mais juariste avéré, qui avait refusé de faire partie de l'Assemblée des notables et donl la maison était restée fermée et sombre le jour de l'entrée de l'Archiduc. Tous les fonctionnaires envoyés dans les provinces furent à l'avenant. Les paroles et les actes marquèrent aussi qu'on n'entendait pas être un simple pantin dans les mains d'un général français. Une amnistie plénière, à l'exception des crimes de droit commun, fut proclamée (6 juillet 1864) ; le blocus fut levé dans tous les ports de l'Empire (31 juillet) ; un arc de triomphe qu'on projetait d'élever au nouvel empereur devint, par sa volonté, un monument en l'honneur des héros de l'indépendance mexicaine.
Un Américain, Gwin, qui se disait favorable au Mexique, avait soumis à Napoléon III un vaste projet de colonisation de la Sonora, pays réputé par la richesse de ses gisements minéraux. L'Empereur séduit ht demander à MaximiHen', non une aliénation quelconque de territoire, mais le droit d'exploitation des mines non encore exploitées : une part des bénéfices serait attribuée au Trésor mexicain; notre armée assurerait la tranquillité du pays, et Gwin constituerait des centres peuplés d'Américains. Bazaine recommanda chaudement ce projet. Montholon se joi-