Maxiniilien à l'Empereur, li novembre
considérées comme des troupes de bamiils, et tom- Jjer en conséquence sous la sévérité inflexible et inexorable de la loi, c'est-à-dire sous le décret de Forey,du 20 juin 1863, établissant des cours martiales contre les troupes de malfaiteurs armés. »
Enfin le Nonce, M^'' Meglia, arriva (9 décembre 1864J. Pendant toute sa route il avait été reçu, par les Indiens surtout, avec une véritable exaltation. C'était le Syllabus fait homme qui entrait en maître. On connaissait à Rome les sentiments fanatiquement catholiques du peuple mexicain; on y crut l'occasion bonne de démontrer aux libéraux que l'absolu de la thèse orthodoxe n'était pas une relique scolastique à l'usage des séminaires, mais une réalité qu'on incarnerait dans les faits partout où l'on se sentirait de force... M8^ Meglia communiqua à Maximilien une lettre de Pie IX, explicative de sa mission, contenant un ultimatum sans réplique.
Il demande « que la loi inique de la Réforme soit révoquée, que la religion catholique, à l'exclusion de tout autre culte dissident, continue à être la gloire et le soutien de la nation mexicaine ; que les évêques soient entièrement libres dans l'exercice de leur ministère pastoral ; que les ordres religieux soient rétablis et réorganisés, le patrimoine de l'Église sauvegardé et protégé ; que personne n'obtienne la faculté d'enseigner et de
publier des maximes fausses et subversives; que renseignement, public ou privé, soit surveillé par l'autorité ecclésiastique; qu'enfin soient brisées les chaînes qui jusqu'à présent ont retenul'Église sous la dépendance et l'arbitraire du gouvernement civil » (8 octobre 1864).
Le gouvernement mexicain proposa en réponse un concordat à peu près calqué sur le nôtre, avec cette difîérence que, tout en admettant la liberté des cultes, la religion catholique serait, comme dans la Charte de 1814, déclarée religion d'État. L'aliénation des biens du clergé était ratifiée, moyennant l'obligation du pouvoir public de pourvoir aux frais de culte et aux salaires de ses ministres au même titre que les autres services civils de l'Etat. D'accord avec le Saint-Siège on déterminerait le nombre des ordres religieux à maintenir et les conditions de leur existence. Les prêtres pourraient continuer à tenir les registres de l'État civil, mais comme fonctionnaires de l'ordre civil.
A la lecture du pronier article, le Nonce se récria : Il n'avaitpas d'instructions pour négocier un concordai ; ces affaires d'ailleurs ne se traitaient qu'à Rome ; sa mission était d'obtenir l'abolition des lois de réforme, la restitution au clergé de ses biens aliénés et des indemnités pour ceux qui seraient perdus; sur tout autre sujet il ne pouvait en référer qu'à Rome. — L'Impératrice Charlotte essaya de le faire revenir sur ses refus, elle n'y réussit pas. Maximilien fit alors demander au Nonce de vouloir bien, dans
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une note écrite, constater son refus qui devait entraîner des mesures ultérieures (24 décembre). Le Nonce rédigea la note qu'on lui demandait : « Le Saint-Siège, disait-il, a d'autant moins pu me donner des instructions sur les points proposés qu'il ne pouvait supposer que le gouvernement impérial les proposerait et consommerait ainsi l'œuvre commencée par Juarez. » (25 décembre.)
Les négociations confidentielles ne produisant aucun résultat, Maximilien inséra le 27, dans son Journal officiel, une lettre au ministre de la Justice; il le chargeait, puisque le Nonce se refusait à négocier faute d'instructions, de proposer un plan de désamortisation des biens ecclésiastiques dont le point de départ serait la ratification des ventes légitimes exécutées sans fraude et conformément aux lois qui ont décrété l'abolition de la mainmorte et fait passer ses biens dans le domaine de la nation. Il devait ensuite préparer l'abolition des privilèges ecclésiastiques, la gratuité des sacrements, selon les principes les plus larges de la tolérance, sans perdre de vue toutefois que la religion catholique est la religion de l'État.
Le Nonce répliqua violemment : « Il était, dit-il, dans la triste nécessité de protester contre des expressions injustes et injurieuses sur le Souverain Pontife et son gouvernement. Il n'avait pas reçu d'instructions parce que l'on ne pouvait supposer qu'un pareil projet serait proposé par le gouvernement impérial, parce
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que celui-ci n'en avait jamais fait mention au Saint-Siège, ni à l'excellentissime clergé mexicain, qui avait, au contraire, d'autres espérances et promesses. Si le gouvernement a tenu secret jusqu'au dernier moment ce projet déplorable, comment peut-il être surpris que le Nonce n'eût ])as d'instruction? Je proteste donc contre toute manifestation tendant à faire retomber sur le Souverain Pontife la plus légère responsabilité de tout ce qui pourra se faire ici de contraire aux droits de l'Eglise. J'affirme que ni le Saint- Siège, ni le Nonce n'ont jamais eu connaissance des projets et résolutions qui, au lieu de calmer les consciences timorées et de rendre la paix aux esprits, n'ont fait que les jeter dans des perturbations et angoisses plus grandes encore. » (29 décembre.)
Le ministre Ramirez ne fut pas plus endurant : (( Placé entre la dure alternative ou de vous renvoyer votre note ou de ne pas répondre, j'assume la responsabilité personnelle de donner à Votre Excellence, non une réponse, mais des explications nécessaires pour rectifier des idées erronées et repousser l'offense faite au gouvernenement de Sa Majesté. Il n'y a pas d'exactitude dans vos objections, et même en les admettant exactes, elles ont été faites dans des termes peu convenables, propres à compromettre les relations amicales et empêcher toute négociation d'arriver à un résultat. Déjà, en s'adressant au ministre de la Justice, Votre Excellence a dit que l'intention du gouvernement est de consommer
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l'œuvre commencée par Juarez. Si Votre Excel lence a pu recouvrer le calme d'esprit requis aux affaires graves, elle comprendra que pa)-eils procédés ne sont pas de nature à gagner, ou à convaincre, et que leur forme trop peu convenable ne permettait pas d'en donner connaissance à l'Empereur. Je leur fais grâce cependant et leur prête un instant mon attention. Il est inutile de revenir sur des points discutés depuis des siècles — mais, dites-vous, Juarez a dépouillé l'Église, il l'a réduite à la mendicité, il a banni la religion de l'État, l'a faite esclave au nom de la liberté ! L'Empereur prend le chemin contraire, agissant comme il en a le droit et le pouvoir, il indemnise l'Église de ses pertes, rend à ses membres les droits reconnus à tous les citoyens, s'adresse au Père des fidèles et implore son concours à l'effet d'aplanir les difficultés et consolider les liens qui doivent unir l'État et FÉglise. Est-ce là continuer l'œuvre commencée par Juarez? Quant aux propositions déclarées déplorables, aujourd'hui pomme de discorde entre nous, elles forment la Constitution civile et religieuse d'une des nations les plus civilisées du monde, où le catholicisme brille de la plus éclatante splendeur : Grâce à elles son clergé est proposé en modèle à tous les peuples chrétiens. Ce qui en France est légitime de la part de l'État peut-il être réprouvé au Mexique comme contraire aux canons? Il ne peut y avoir deux mesures, la vérité est une partout. » (10 janvier 1865.)
Maximilien, de plus en plus décidé, publia, le 7 janvier, un décret soumettant les bulles, dépêches, rescrits de la cour de Rome à rexequatur. En réponse, le Prélat-Syllabus dégaina la thèse €n toute son âpreté : « Les bulles, les brefs, les rescrits pontificaux sont des actes de la juridiction exercée par le Suprême Pontife dans toute l'Église. Ce droit est reconnu par tous, de même que l'Église est reconnue comme une société parfaite, indépendante et souveraine. Tous les fidèles qui la composent sont sujets en conscience aux décisions de leur pontife, soit qu'elles regardent le dogme, soit qu'elles aient pour objet la morale ou la discipline. Que deviendrait en réalité ce droit du Pontife? qu'en resterait-il si un acte de ses sujets, fût-il empereur ou roi, suffisait à empêcher la promulgation de ses décrets et en arrêter les effets? » (19 janvier 1865.)
Ramirez répondit du ton qu'aurait pris Lerda, le ministre de Juarez, et termina une longue dissertation gallicane par ces paroles altières : « En vérité il est douloureux et à jamais déplorable qu'à cette heure et dans notre époque, de telles controverses puissent surgir dans les formes les plus antipathiques à la concorde, et qu'elles puissent encore agiter les peuples en menaçant l'indépendance et la souveraineté des nations. Je regrette infiniment de me voir forcé de dire que tous les défauts se trouvent réunis dans le ton et les pensées de la note qui m'occupe. Maximilien, citoyen et membre de la communion
chrétienne, s'incline avec respect et soumissiorï devant l'autorité spirituelle du Père des fidèles, mais Maximilien, empereur et représentant de la souveraineté mexicaine, ne reconnaît pas sur la terre de pouvoir supérieur au sien. En conséquence, je n'accepte pas cette pensée échappée peut-être à Votre Excellence, exaltant la souveraineté du Pontife Romain, que l'Empereur doit lui obéir comme son sujet. Qu'elle me permette de lui faire observer que cette parole est des plus impropres. Ceux qui, se laissant emporter par un zèle démesuré, poussent la Papauté hor& de ses limites et la dépouillent de son caractère, oublient les sévères leçons de l'Histoire, perdent le bénéfice d'une prudence plus puissante que toute présomption, agrandissent en apparence et affaiblissent en réalité la suprématie du Saint- Siège, et loin de faire respecter sa véritable autorité, la rendent odieuse. Je répète l'opinion du grand Bossuet. » (29 janvier.)
Le gouvernement ne s'en tint pas aux paroles : par deux décrets du 26 février, il déclara la religion catholique religion d'État et assura la plus ample tolérance de tous les cultes qui ne sont pas contraires à la civilisation et aux bonnes mœurs. Le second décret chargea le Conseil d'Etat de reviser tous les actes de désamortisalion et de nationalisation des biens ecclésiastiques et de valider ceux qui ne seraient pas frauduleux.
Toutefois MaximiHen, dans un dernier espoir de rapprochement, envoya une délégation à
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Rome en priant le gouvernement français d'appuyer ses démarches. Il espérait ainsi effacer la mauvaise impression de ce qui s'était passé entre son gouvernement et le Nonce. Mais le cardinal Antonelli fit connaître confidentiellement à Asfuilar, le ministre mexicain, le mauvais effet de nos bons offices : « Je crois, ajoutait ce diplomate, que la pire de toutes les recommandations auprès du gouvernement pontifical est celle du gouvernement français. » Le cardinal Antonelli approuva la conduite du Nonce (25 avril) et au Mexique le Syllabus resta inflexible.
Maintenant la rupture avec les promoteurs de l'intervention est consommée. Jusque-là l'hostilité des cléricaux ne s'était déchaînée que contre l'intervention française, désormais c'est à Maximilien seul qu'elle s'adressera. Elle sera implacable, sans scrupule, et le règne de Maximilien €st condamné à n'être plus que le Juarisme sans Juarez. Mais comme Juarez persiste inébranlablement à revendiquer le droit de la nation mexicaine, Maximilien par son Juarisme, ne fait que s'affaiblir. Au milieu de serviteurs équivoques, qui attendent le signal du sauve-qui-peut pour l'abandonner ou le livrer, il demeure seul, sans autre appui que l'armée française.
Bazaine lança le général Lhérillier sur Du rango, le général Castagny sur Saltillo et Mon
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terey, le général Mexicain Meja sur Matamoros. Tous ces points furent successivement occupés; l'armée de Juarez, composée d'environ 12000 à 13 000 hommes, n'opposa presque aucune résistance, et lui-même avec une escorte de quelques centaines de cavaliers transporta à Chihuahua, le siège de son gouvernement. (Juin à septembre 1864.) A Durango, Lhérillier trouva toute facilité pour organiser l'administration; à Saltillo et Mon terey, Gastagny fut obligé d'employer la force pour obtenir des concours. D'autres pointes furent également poussées dans diverses directions. Vers l'océan Pacifique, Douay s'avança jusqu'à Colima,Mazatlan fut occupé, mais moyennant l'abandon de Manzanillo et Acapulco, plus tard on s'avança jusqu'à Guaymas dans la Sonora. En récompense de ces succès, et pour accroître son autorité, l'Empereur envoya à Bazaine sa nomination de maréchal de France (30 août 1864). Le Nord paraissant soumis, le nouveau maréchal porta son effort principal sur Oajaca. Dès juillet 1864 le général Brincourt s'était avancé, rejoint par le colonel Giraud, jusqu'à Nochistlan, à vingt heures de Oajaca. La ville n'était pas en état de défense; par un vigoureux coup de main on l'eût enlevée. Bazaine envoya Tordre de s'arrêter, sous prétexe qu'il avait fort peu de monde à sa disposition et qu'en cas d'insuccès, il n'aurait pu soutenir Brincourt. Dans l'armée on crut qu'il voulait se préparer une affaire à l'africaine, à grands fracas, Il fit ouvrir une route de 400 kilomètres à travers un pays montagneux.
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il fît transporter au prix d'immenses fatigues et d'énormes dépenses tout un matériel de siège et arriva lui-même devant la place avec 5500 combattants. (15 janvier 1865.)
Cependant Porfîrio Diaz utilisait le temps qu'on lui avait laissé. Il réquisitionnait jusqu'aux vases saints et aux cloches pour fondre des canons, et la ville fut mise en état de défense dans les mêmes conditions que Puebla. Les hauteurs qui couvrent le Cerro délia Soledad, la protégeaient au Nord. Aux quatre points cardinaux quatre immenses couvents dont les murs massifs, les terrasses blindées défiaient la pioche, le boulet et la bombe, et dont les cours étaient hérissées de pièges et d'obstacles de toute nature, formaient les bastions d'un vaste réduit carré. Ces ouvrages et le fort de la Soledad se rehaient par des communications couvertes, offrant toutes les facilités possibles pour envelopper l'assaillant, opérer des retours offensifs ou battre en retraite en toute sécurité ^ La garnison était d'environ 7 000 hommes.
Bazaine ordonna l'investissement qui ne tarda pas à devenir hermétique. La tranchée fut ouverte le 1'' février; l'ennemi la couvrit inutilement d'obus, de mitraille et de balles. Mais le roc affleurant presque partout, il devint vite difficile de pousser les cheminements. Bazaine, quoique les ouvrages ennemis n'eussent pas été suffisamment battus par l'artillerie, ordonna